Un accouchement en temps de pandémie rime avec stress et inquiétude pour bien des familles.
Un accouchement en temps de pandémie rime avec stress et inquiétude pour bien des familles.

Donner la vie en pleine pandémie

Un accouchement en temps de pandémie rime avec stress et inquiétude pour bien des familles, qui doivent aussi conjuguer avec l’impossibilité de recevoir de la visite une fois bébé arrivé. Malgré les doutes, la résilience est de mise.

Annie Lefebvre et Benoit Barbe ont accueilli leur premier enfant, la petite Elena, le 18 mars dernier à l’Hôpital de Gatineau. «Si tu retournes au 18 mars, ce n’était pas la même chose», souligne Mme Lefebvre. Oui, il y avait des inquiétudes, mais cela faisait à peine quelques jours que l’état d’urgence sanitaire venait d’être déclaré sur le territoire québécois.

Une fois le travail enclenché, la nouvelle maman n’a pas eu trop le temps de s’inquiéter. «J’ai accouché en 45 minutes, raconte-t-elle. Honnêtement, on n’a pas eu le temps de se soucier de la COVID. La priorité, c’était vraiment d’accoucher.»

Le petite Elena a vu le jour le 18 mars dernier à l’Hôpital de Gatineau.

Au troisième étage de l’Hôpital de Gatineau, tout était «très calme», rapporte Mme Lefebvre. Les visites étaient déjà interdites.

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Même si les mesures visant à lutter contre la COVID-19 ont pris de l’ampleur dans les semaines qui ont suivi et que le nombre de cas confirmés s’est accru, Annie Lefebvre n’hésiterait pas à retourner à l’hôpital. «Le personnel prend ça au sérieux», souligne la mère, qui était tout de même satisfaite d’avoir une chambre privée.

Depuis le retour à la maison, les nouveaux parents s’assurent de respecter les consignes. Seul le papa sort pour aller à l’épicerie. «Ce n’est pas évident, c’est difficile au niveau émotionnel, confie Annie Lefebvre. Personne n’a rencontré notre fille encore.»


« J’ai accouché en 45 minutes, raconte-t-elle. Honnêtement, on n’a pas eu le temps de se soucier de la COVID. »
Annie Lefebvre

La petite famille se console en se disant que la technologie permet aux proches de voir la petite Elena s’épanouir, en attendant que ces contacts virtuels puissent se transformer en véritables câlins.

Annie Lefebvre et sa petite Elena

Césarienne imprévue

Josée, qui préfère taire son nom de famille, a aussi donné naissance à son premier enfant récemment. C’était le 20 mars, à l’Hôpital de Gatineau. L’accouchement devait au départ avoir lieu à la Maison de naissance, avec une doula et une sage-femme. Après 20 heures de travail, un transfert à l’Hôpital a été nécessaire. Le petit garçon de Josée a finalement vu le jour par césarienne, avec la présence de son papa au bloc opératoire. «C’était super stressant, parce que je savais que je n’avais pas le droit d’avoir ma doula ni ma sage-femme», raconte la mère. Dans le brouhaha, son téléphone cellulaire a été perdu. Elle a dû attendre de longues heures avant de pouvoir communiquer avec ses proches.

Malgré le séjour à l’hôpital qu’elle aurait préféré éviter, Josée rapporte que le personnel «était calme et rassurant». Elle devait toutefois utiliser une salle de bain servant à deux chambres doubles, ce qui signifie qu’il pouvait y avoir jusqu’à quatre couples utilisant la même toilette. «Ça me rendait un peu nerveuse, je m’assurais de bien me laver les mains avant de toucher mon nouveau-né», raconte la mère. En raison du contexte, la petite famille a pu retourner à la maison 36 heures après la césarienne.

«En sécurité»

Marie-Ève Nadon a elle aussi donné naissance à son petit Maxence à l’Hôpital de Gatineau. C’était le 19 mars dernier, alors que «tout avait commencé à fermer», rappelle-t-elle. «C’était un petit peu plus stressant» de savoir que l’accouchement se ferait en pleine pandémie, confie-t-elle. Son conjoint William a pu être à ses côtés, mais elle aurait aimé que sa mère puisse aussi être là.

La petite famille a pu obtenir une chambre privée. «Je me sentais en sécurité à 100 %, affirme Mme Nadon. Le personnel était super attentionné.»

Comme il s’agissait d’un premier bébé, la famille serait normalement restée 48 heures à l’hôpital après la naissance, indique Marie-Ève Nadon. Avec l’interdiction des visites et le contexte de la pandémie, «j’ai demandé de quitter après 24 heures», explique-t-elle.

Dans tous les cas, les nouveaux parents ont bien hâte au moment où le déconfinement leur permettra de présenter le nouveau membre de leur famille à leurs proches.

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IMPOSSIBLE D'ACCOUCHER À LA MAISON

« Si ça avait été mon premier, ça aurait été pire, confie Esther Caron. Là, je prends ça un jour à la fois. »

Déjà mère de quatre enfants âgés de trois à 12 ans, Esther Caron doit accoucher d’une petite fille vers la mi-juin. Trois de ses bébés ont vu le jour à l’hôpital, un autre à la maison. Une expérience qu’elle aurait souhaité revivre pour son cinquième accouchement.

La famille d’Esther Caron attend un septième membre pour la mi-juin.

La Maison de naissance de l’Outaouais lui a toutefois récemment confirmé que cela serait impossible en raison de la pandémie.

Mme Caron persiste tout de même à croire que l’endroit le plus sécuritaire est sa résidence. Cette approche est d’ailleurs favorisée dans différents pays, et même dans d’autres provinces canadiennes. « On est en isolement depuis le début de la crise », souligne-t-elle. Son conjoint est le seul qui sort pour faire l’épicerie.

Les parents se demandent aussi à qui ils pourront confier la garde des quatre enfants pendant l’accouchement. « Mes parents, ayant 70 ans, ne peuvent plus être en contact avec eux, explique Esther Caron. On espère trouver une bonne âme qui se sentira à l’aise de les prendre le temps de l’accouchement. »

Puisqu’il ne s’agit pas de sa première grossesse, Mme Caron affirme ne pas être stressée outre mesure pas l’idée d’accoucher en pleine pandémie. « La situation change chaque jour, donc on verra », philosophe-t-elle.

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LA SITUATION AU CISSSO

Tout en continuant d’avoir droit à la présence d’un accompagnateur, les mères qui accouchent en Outaouais doivent se plier à certaines consignes mises en place pour freiner la propagation de la COVID-19.

Le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) a indiqué que sur l’unité de maternité, au troisième étage de l’Hôpital de Gatineau, il est demandé aux parents de «limiter» leurs déplacements. Malgré la pandémie, il est encore possible que des familles soient placées dans des chambres doubles.

«Nous sommes à privilégier une maman par chambre, mais les chambres doubles sont utilisées lorsque nécessaire et que le taux d’activité est élevé, a expliqué le CISSSO au Droit. Nous utilisons les normes requises demandées par la santé publique dans les cas qui le requièrent. Les mères qui sont à deux dans les chambres sont des mères qui n’ont aucun symptôme.»

Du côté de la Maison de naissance de l’Outaouais, le CISSSO assure que «les sages-femmes suivent les directives de l’Ordre des sages-femmes du Québec dans le contexte de la Covid-19». Les accouchements sur place «sont privilégiés», note le CISSSO, en précisant que les accouchements à domicile sont possibles «dans des situations exceptionnelles», par exemple si «la maman demeure en périphérie» ou si «l’accouchement est imminent».

«De plus, la plupart des rendez-vous pré-accouchement et post-accouchement s’effectuent par téléphone ou par appel vidéo, a fait savoir le CISSSO. Lorsque c’est nécessaire, les futures mamans se présentent pour leur suivi à la Maison de naissance et les sages-femmes utilisent du matériel de protection individuel de façon systématique. Il en va de même lors des accouchements.»