Depuis que l'état d'urgence sanitaire a été déclaré, de nombreuses ressources permettant d'accueillir ces jeunes ont dû restreindre ou fermer leurs activités.
Depuis que l'état d'urgence sanitaire a été déclaré, de nombreuses ressources permettant d'accueillir ces jeunes ont dû restreindre ou fermer leurs activités.

Des contraventions pour rassemblement données aux jeunes sans-abris

MONTRÉAL — En pleine crise sanitaire et économique de la COVID-19, où le gouvernement fédéral distribue des chèques de 2000 $ par mois aux personnes ayant perdu leur emploi, des contraventions de 1546 $ sont remises aux jeunes en situation d'itinérance parce qu'ils se regroupent alors qu'ils n'ont nulle part où aller.

Dans la seule journée de mercredi, le 8 avril, un petit groupe de cinq jeunes et un autre de trois jeunes ont fait l'objet d'une intervention policière à la station de métro Papineau. Selon les patrouilleurs, ces personnes en situation d'itinérance ne respectaient pas les règles de distanciation physique.

La facture, incluant les frais, s'élève à 1546 $.

«Ce sont des jeunes qui ont nulle part où aller», dénonce Caroline Dufour, directrice stratégie et impact social chez Dans la rue.

Depuis que l'état d'urgence sanitaire a été déclaré, de nombreuses ressources permettant d'accueillir ces jeunes ont dû restreindre ou fermer leurs activités. De plus, presque tous les lieux publics ou les commerces où ils pouvaient se poser quelques heures sont fermés.

«Ils vivent les contrecoups de la crise. Ce n'est vraiment pas évident au centre-ville en ce moment. Ils vivent beaucoup de stress, beaucoup de détresse. Recevoir une contravention ne les aide pas du tout», témoigne Mme Dufour qui parle de pratique contreproductive puisque ces constats ne pourront jamais être payés.

La directrice générale du Refuge des jeunes de Montréal, France Labelle, ne remet pas en question le travail essentiel des policiers. Elle insiste cependant sur le fait que ces jeunes de la rue n'ont pas de domicile. Ils ne peuvent pas s'isoler chez eux.

«C'est vrai qu'ils se regroupent, mais ils sont coincés dans l'espace public, fait-elle remarquer. Ils sont doublement exclus», ajoute-t-elle en décrivant la crise sanitaire et économique comme étant aussi une crise sociale.

Si la Ville de Montréal a déployé des mesures d'urgence comme des refuges temporaires ou des centres de jour dans les parcs, il reste que les jeunes de la rue sont refoulés à l'extérieur dès 8 h 00 chaque matin. Il s'agit d'un comportement tout naturel de se regrouper dans le métro qui reste l'une des seules infrastructures accessibles.

France Labelle encourage la Ville de Montréal à loger ces jeunes de la rue de manière temporaire pendant que l'état d'urgence sanitaire se prolonge. Montréal a notamment réquisitionné des chambres d'hôtel au centre-ville pour isoler des personnes en situation d'itinérance en attente d'un résultat de test à la COVID-19.

Le SPVM confirme

Au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), on confirme les deux événements ayant mené à la rédaction de huit constats d'infraction en lien avec le non-respect des consignes de la santé publique.

Selon le porte-parole du SPVM, Jean-Pierre Brabant, les patrouilleurs procèdent toujours par une approche non répressive, d'avertissement et de sensibilisation. Toutefois, un manque de collaboration aurait forcé les policiers à remettre des contraventions.

«Il faut être indulgent et avoir une approche préventive, mais si ça ne fonctionne pas, ça revient au jugement du policier», a-t-il mentionné.

De l'avis de France Labelle, du Refuge, ces constats d'infraction sont tout simplement contreproductifs.

«Ce n'est pas plus de judiciarisation qui va éloigner (les jeunes)», dénonce-t-elle.

Par ailleurs, Caroline Dufour de Dans la rue, souligne que ce sont encore une fois les organismes communautaires qui vont devoir prendre en charge ces dossiers pour contester les contraventions. Une pression supplémentaire dont le réseau n'a surtout pas besoin, tranche-telle.

On craint également qu'une accumulation de multiples constats puisse entraîner des jeunes de la rue dans un engrenage pénal qui n'aiderait en rien leur réinsertion sociale.

La direction régionale de la santé publique de Montréal n'a pas voulu commenter la situation, disant répondre uniquement aux questions liées à la santé. Même chose du côté du commissaire aux personnes en situation d'itinérance à la Ville de Montréal qui renvoie la balle dans le camp du SPVM.