Dépistage à l’UQTR: un nombre très faible de porteurs asymptomatiques

Trois-Rivières — Il y a un peu plus d’une semaine, un projet de recherche avait été lancé par des chercheurs de l’UQTR et du CIUSSS-MCQ afin d’évaluer s’il y avait un grand nombre de porteurs asymptomatiques de la COVID-19 dans une population sujette à la distanciation sociale.

Or, sur 330 volontaires de moins de 70 ans provenant de la communauté de l’UQTR résidant en Mauricie, seulement 1,82 % ont obtenu un résultat positif.

Cette découverte permettra d’orienter les mesures de santé publique à prendre, estime un des cochercheurs principaux, le professeur Hugo Germain du département de chimie, biochimie et physique.

«Il s’avère que le nombre de porteurs asymptomatiques est très faible, ce qui a de quoi rassurer la population et les autorités», estime de son côté le Dr Alexis Danylo, médecin infectiologue au CIUSSS-MCQ.

Mélissa Goyette a découvert, lors du test de dépistage de l’UQTR, qu’elle était porteuse asymptomatique.

Parmi les 1,82 % des volontaires qui ont reçu un résultat positif, une étudiante de 36 ans, Mélissa Goyette, a eu la surprise de sa vie en apprenant qu’elle était porteuse asymptomatique.

Elle croyait, au départ, que le test offert par DECOPA lui permettrait de savoir si elle avait développé des anticorps de la maladie. C’est qu’au début de mars, après un retour de voyage durant la semaine de relâche, «j’ai eu une bonne grippe qui m’a ramassée solide», raconte-t-elle. Or, la Santé publique lui a confirmé que cette grippe était autre chose que la COVID-19 à ce moment-là.

Le lendemain du test à l’UQTR, la semaine dernière, la jeune femme est estomaquée d’apprendre qu’elle est porteuse de la COVID-19. Elle ne sentait aucun symptôme, à ce moment-là. Depuis, des raideurs, un mal de gorge, une toux sèche et une grande fatigue se sont développés. «Je me lave les cheveux et mon sport est fait pour la journée», dit-elle.

Mme Goyette se repose et reste bien confinée, mais s’inquiète un peu de savoir quelle direction vont prendre ses symptômes. «Je n’anticipe pas le pire», assure-t-elle. N’eût été le test de l’UQTR, elle avoue qu’elle aurait perçu son état actuel comme une simple fatigue accumulée.

Le Dr Danylo indique que l’étude de DECOPA «est importante car, bien que la contagiosité des porteurs asymptomatiques soit inconnue, ces individus pourraient contribuer à la transmission de la maladie sans même le savoir».

«Il est primordial de connaître l’importance de ce phénomène au niveau communautaire, car il permet d’orienter les mesures de santé publique à prendre. Les données obtenues pourront avoir de multiples retombées immédiates. Elles pourraient permettre de revoir le modèle de distanciation sociale, d’évaluer les projections sur les taux potentiels d’hospitalisation et d’estimer si une forte ou une faible proportion de la population est susceptible d’avoir développé une immunité et être ainsi mieux préparé pour une seconde vague», explique le professeur Germain.

La professeure Lyne Cloutier, cochercheuse dans ce projet, tient à rappeler que ces résultats ne représentent «qu’une pièce du casse-tête».

Interrogée à savoir si l’échantillon des employés de l’UQTR était représentatif de la population de la Mauricie, la professeure Cloutier reconnaît que les 330 volontaires avaient déclaré avoir suivi les mesures de confinement et qu’ils étaient d’accord avec les mesures sanitaires prises.

Ce n’est peut-être pas représentatif de toute la population québécoise reconnaît-elle, mais les données ont quand même quelque chose à dire de fort intéressant.

«On n’avait pas d’information sur les personnes asymptomatiques au Québec ni au Canada. Là on en a», fait-elle valoir. Elle souligne aussi qu’il faut distinguer ces données de celles qui ont été prises en CHSLD, là où les gens côtoyaient de près des personnes atteintes de la COVID-19.

Les données du projet DECOPA, croit Mme Cloutier, ne représentent pas assez d’informations pour pouvoir en tirer des conclusions générales. «Ça prend plus que juste cette information-là», plaide-t-elle et «la Santé publique a plus que juste les résultats de notre étude».