Le député de Pontiac et leader parlementaire de l'opposition officielle, André Fortin.
Le député de Pontiac et leader parlementaire de l'opposition officielle, André Fortin.

Délais d'attente pour les tests de COVID-19 en Outaouais: «inadmissible», dit le député Fortin

Daniel LeBlanc
Daniel LeBlanc
Le Droit
Le député de Pontiac André Fortin s'impatiente face au nombre grandissant de témoignages de gens qui doivent attendre dix jours, voire davantage, pour obtenir un résultat de test de dépistage de la COVID-19 en Outaouais. «C'est un problème qui doit être réglé, ça presse», s'exclame-t-il.

«Ce qui nous est rapporté depuis quelques semaines et ça semble être un énorme manque, c'est que ça prend plus d'une semaine pour avoir son résultat. C'est simplement inadmissible. Ces gens-là doivent s'absenter du travail et il peut y avoir des conséquences financières importantes pour certaines familles. Avec la saison de la grippe qui s'en vient, ça deviendra un problème», lance l'élu désormais leader parlementaire de l'opposition officielle.

M. Fortin soutient que la situation «semblait s'être améliorée pendant un certain temps» cet été mais qu'au cours des deux dernières semaines, de nombreux citoyens ont communiqué avec son bureau pour décrire leur cas personnel. Une femme enceinte dont la grossesse est avancée faisait par exemple partie du lot.

«Il y a des gens qui nous ont interpellé en disant que ça faisait trois semaines qu'ils attendaient. Il n'y a pas de raison pour que ça prenne autant de temps en Outaouais alors qu'ailleurs les délais semblent plus courts. C'est sans compter les gens qui choisissent d'emblée d'aller se faire tester en Ontario et les gens qui à leur retour de vacances voudront peut-être aller se faire tester. Le Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Outaouais (CISSSO) doit mettre en place un système qui fonctionne beaucoup plus rapidement. Le système doit être mieux organisé pour faire face à une potentielle deuxième vague», affirme le député.

Près de dix jours d'attente pour un homme diabétique 

Le cas de Denis [qui préférait taire son nom de famille] est l'un parmi plusieurs dans la région. L'homme du secteur d'Aylmer et sa fille ont subi un test de dépistage le 27 juillet et n'ont obtenu leur résultat, qui heureusement s'est avéré négatif, que le 5 août en fin de journée.

«Pour moi, c'est inacceptable. Nous avons une population importante, on est dans un centre urbain et avec la fonction publique, nous sommes l'une des régions en plein développement. Pourtant, on reçoit parmi les pires services au Québec. Et ce n'est pas qu'on ne le dit pas. On le répète année après année et rien ne change, malgré certains progrès», dit-il.

Diabétique, le Gatinois n'a voulu prendre aucune chance et est allé se faire dépister car sa fille avait potentiellement été exposée au virus, l'une de ses collègues de travail ayant été testée positive. Sa fille, qui s'est exilée de la résidence familiale le temps d'obtenir le résultat.

S'impatientant, l'homme avait d'abord téléphoné à la Santé publique, où il a d'abord parlé à une travailleuse sociale d'ailleurs en province avant d'être transféré à une infirmière, qui elle, a de nouveau acheminé son appel à une autre infirmière de la région. Cette dernière lui aurait «bêtement» indiqué que les délais étaient plus longs en raison du manque d'appareils pour faire l'analyse, avant de lui conseiller d'écrire au Protecteur du citoyen s'il souhaitait se plaindre.

«J'ai envoyé une correspondance et une heure plus tard, je recevais un accusé de réception et on fermait le dossier. J'ai envoyé un autre courriel cette semaine car je n'avais pas de nouvelles et que nous étions au-delà des 5 à 7 jours évoqués. J'ai finalement reçu un appel et on a reconnu que c'était déraisonnable. J'ai reçu un appel avec mon résultat plus tard en journée. Il n'y a eu aucune explication, ç'a pris trois secondes», raconte Denis.


« Il y a des gens qui nous ont interpellé en disant que ça faisait trois semaines qu'ils attendaient. Il n'y a pas de raison pour que ça prenne autant de temps en Outaouais alors qu'ailleurs les délais semblent plus courts. »
André Fortin

Ce dernier garde un souvenir amer de l'expérience, sachant l'angoisse générée chez lui et ses proches.

«On ne devrait pas toujours se plaindre pour obtenir un niveau de service adéquat. Nous ne sommes pas du bétail. J'ai dû annuler des événements familiaux ce week-end, je ne voulais prendre aucun risque indu. Je suis une personne responsable», lance-t-il.

«On n'est pas en Amazonie»

Le président d'Action Santé Outaouais, Denis Marcheterre, s'interroge à savoir pourquoi l'Outaouais «est toujours à la traîne» et affirme que plusieurs personnes ont contacté l'organisme en disant avoir patienté jusqu'à deux semaines pour obtenir un résultat de test. «Il y a des gens qui ne savent plus à quel saint se vouer, qui sont inquiets. On va espérer que ça change. [...] On est toujours un peu à part, alors que nous ne sommes pas une région éloignée. Nous sommes à deux heures de Montréal, on n'est pas en Amazonie. Les gens au ministère et au CISSSO ne comprennent pas que d'attendre aussi longtemps, en ne sachant pas s'il s'agit d'un rhume ou de la COVID, c'est stressant», déplore-t-il. À son avis, le second appareil qui sera bientôt en fonction est une «bonne nouvelle» mais n'est pas la panacée.

«Le problème, c'est que même si on passe de 200 à 1000 tests, encore faut-il que les gens reçoivent leurs résultats. S'il n'y a pas le personnel nécessaire pour appeler, on ne sera pas plus avancés», juge-t-il.

Le CISSSO enverra des résultats par courriel 

Le CISSSO se défend en affirmant que le délai actuel pour obtenir un résultat est de 5 à 7 jours mais que celui-ci peut varier selon la situation, certaines personnes étant priorisées, par exemple une personne qui doit subir une intervention chirurgicale dans les 48 prochaines heures ou encore un travailleur du réseau de la santé.

Spécifiant avoir une capacité de 220 analyses par jour, l'organisation précise qu'elle peut aussi acheminer des tests au laboratoire de la Santé publique du Québec, dans la région de Montréal, si la capacité quotidienne est surpassée. 

Elle rappelle également que les personnes testées positives sont appelées «très rapidement» et qu'un deuxième appareil de laboratoire, attendu en septembre, permettra d'améliorer nettement la situation en haussant la capacité à 1100 tests par jour et de réduire les délais de réponse.


« Les gens au ministère et au CISSSO ne comprennent pas que d'attendre aussi longtemps, en ne sachant pas s'il s'agit d'un rhume ou de la COVID, c'est stressant. »
Denis Marcheterre

La porte-parole Marie-Pier Després confirme d'ailleurs au Droit qu'un nouveau mode de communication sera utilisé dès aujourd'hui pour joindre les gens dont le résultat est négatif.

«Leur résultat leur sera transmis par courriel à compter d'aujourd'hui pour ceux qui ont une adresse courriel», indique-t-elle.

Questionné sur les délais d'attente dans la région, le ministère de la Santé dit être au courant de la situation dans la région.

«Il y a un important achalandage pour le dépistage qui surpasse les capacités du laboratoire, c’est pourquoi des échantillons doivent être acheminés au Laboratoire de santé publique du Québec pour l’analyse des tests. Dans ces cas l’étape d’analyse peut dépasser le 48h et influencer le reste du processus», dit-on.

On ajoute toutefois que l'étape de l'analyse des échantillons (entre la réception au laboratoire et la sortie du résultat) se maintient entre 24 et 48 heures et que c'est l'étape de la transmission du résultat au patient qui peut être variable selon les organisations et l'achalandage.