Le Dr Jean-François Brouillette doit enfiler l’équipement complet de protection individuelle – masque N95, protection oculaire, blouse imperméable et des gants, avant d’entrer dans l’unité COVID-19 de l’Hôpital de Hull.
Le Dr Jean-François Brouillette doit enfiler l’équipement complet de protection individuelle – masque N95, protection oculaire, blouse imperméable et des gants, avant d’entrer dans l’unité COVID-19 de l’Hôpital de Hull.

Dans les souliers d’un médecin de l’unité COVID-19 [VIDÉO]

Le Dr Jean-François Brouillette a des souliers COVID-19, des souliers pour le reste de l’Hôpital de Hull et des souliers pour s’en aller à la maison. Une mesure parmi tant d’autres visant à «limiter la contamination», tant au sein du personnel que pour les patients qu’il soigne. «On se lave les mains jusqu’à ce que ça gerce et que ça saigne», expose-t-il.

Interniste intensiviste, le Dr Brouillette fait partie de ceux qui sont au front, en Outaouais, pour lutter contre la COVID-19. «On s’occupe des patients avec des critères de sévérité, donc des patients plus malades, qui ont besoin de soins intensifs», explique-t-il en entrevue avec Le Droit.

Pour l’instant, l’Outaouais est «vraiment épargnée» par rapport au reste du Québec, souligne-t-il. Cela ne signifie pas pour autant que les scénarios plus pessimistes doivent être écartés.

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Le respect des protocoles en place est donc primordial. La région ne compte pas assez d’intensivistes pour qu’il puisse y en avoir se consacrant seulement à l’unité du troisième étage de l’Hôpital de Hull, où sont regroupés tous les patients ayant reçu un diagnostic de COVID-19 ayant besoin de soins aigus. Le Dr Brouillette et ses collègues intensivistes doivent donc aussi couvrir l’unité des soins intensifs «normaux» de l’hôpital.

Outre les changements de chaussures, une panoplie de mesures doivent être suivies par ceux qui oeuvrent dans l’unité COVID-19. Médecins et membres du personnel doivent passer par une antichambre – le sas – avant de mettre les pieds dans l’unité.

L’équipement

C’est là que l’équipement de protection individuelle est enfilé. «Ça veut dire avoir une protection oculaire, avoir un masque qui la plupart du temps est un N95, une blouse imperméable et des gants, énumère le Dr Brouillette. Tout ça, c’est vérifié pour s’assurer que c’est mis correctement avant de rentrer dans la partie qu’on considère contaminée par la COVID.»

Cet équipement doit être gardé en tout temps dans l’unité. «Même quand on écrit nos notes, […] ça ne peut pas sortir de l’unité COVID, donne en exemple le Dr Brouillette. Il faut informatiser et mettre ça après dans les dossiers, parce qu’on ne pourra jamais sortir ces feuilles-là de l’unité.»

Une attention particulière est aussi apportée au moment où l’équipement de protection est retiré, puisque c’est à ce moment que le risque est plus présent. Et «si le personnel commence à être malade, on va manquer de personnel», souligne le Dr Brouillette.

Comme les autres membres de l’équipe, le Dr Brouillette s’efforce de protéger ses proches. «J’ai une conjointe enceinte avec un jeune enfant de deux ans, dit-il. Je dois vous dire qu’on prend toutes les précautions.» Les vêtements de l’hôpital «restent à l’hôpital». Il y a aussi «une douche à l’arrivée à la maison, quand elle n’est pas prise à l’hôpital avant».

Le Dr Jean-François Brouillette confie être tout de même moins stressé aujourd’hui qu’à l’époque où le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) s’affairait à préparer son plan de match. Une fois les protocoles établis, «le stress a diminué énormément».

Se préparer à «tout»

Avec la reprise de certaines activités économiques et la réouverture des écoles et garderies, les autorités s’attendent à voir davantage de cas dans la communauté. «S’il y a plus de cas dans la population, on s’attend à ce qu’il y ait plus de cas aux soins intensifs», souligne le Dr Brouillette.

Le CISSSO «se prépare pour tout», assure-t-il. L’unité COVID-19 de l’Hôpital de Hull compte présentement 20 lits, dont six de soins intensifs. «Quand on voyait ce qui se passait en Italie et en France, on a fait des plans pour expandre encore plus que ça au besoin, indique le Dr Brouillette. Si jamais on en avait besoin, au niveau de l’unité COVID, on pourrait aller jusqu’à 14 lits de soins intensifs. On pourrait même expandre encore plus que ça, mais là, c’est en disant qu’on va chercher d’autres milieux qui, habituellement, n’ont pas de soins intensifs.»