La province de l’Ontario a été plus lente et plus réactive que les autres provinces ainsi que plusieurs autres administrations internationales dans son déploiement de mesures pour lutter contre la COVID-19. 
La province de l’Ontario a été plus lente et plus réactive que les autres provinces ainsi que plusieurs autres administrations internationales dans son déploiement de mesures pour lutter contre la COVID-19. 

COVID-19: le gouvernement Ford a réagi plus lentement que les autres

Émilie Pelletier
Émilie Pelletier
Initiative de journalisme local — Le Droit
La province de l’Ontario a été plus lente et plus réactive que les autres provinces ainsi que plusieurs autres administrations internationales dans son déploiement de mesures pour lutter contre la COVID-19. 

Après avoir vivement critiqué l’inaction du gouvernement Ford en environnement, dans son rapport la semaine dernière, la vérificatrice générale de l’Ontario Bonnie Lysyk est de retour cette semaine avec un nouveau rapport tout aussi accablant portant cette fois-ci sur les mesures prises par l’Ontario pour lutter contre la COVID-19. 

La vérificatrice constate notamment dans son rapport que le gouvernement Ford a mis de côté, au début de la pandémie, la structure qui avait déjà été établie pour intervenir durant un état d’urgence. 

Il a plutôt élaboré une toute nouvelle structure pendant l’urgence sanitaire, engendrant l’embauche d’un consultant externe, le 25 mars, au coût de 1,6 millions $.

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Une somme supplémentaire de 3,2 millions $ a été versée à ce même consultant pour aider à la planification de la reprise économique et à la stratégie de réouverture des écoles. Ces coûts seraient supérieurs aux standards de l’industrie, note la vérificatrice. 

Ainsi, ce n’est que près d’un mois après avoir déclaré l’état d’urgence sanitaire que le gouvernement a commencé à mettre en œuvre sa stratégie de situation d’urgence. 

Effectivement, « en raison du changement de leadership au Centre provincial des opérations d’urgence (GSUO), des plans d’urgence désuets et du manque de personnel, la province n’était pas en mesure d’activer la structure d’intervention de son plan d’intervention d’urgence lorsqu’elle a déclaré l’état d’urgence le 17 mars 2020. »

Mme Lysyk souligne que la mise en place d’une différente approche pangouvernementale a pris du temps, et la table centrale de coordination qui a été créée a tenu sa première réunion près d’un mois après le début de l’urgence, soit le 11 avril 2020.

Un autre constat accablant de la vérificatrice: la structure d’intervention de l’Ontario face à la COVID-19 comprenait un Groupe de commandement pour le secteur de la santé qui s’est complexifié pendant la pandémie et dont la composition est passée de 21 à 83 participants en août. 

Pendant des mois, toutes les communications de ce groupe se faisaient par téléphone, ce qui créait de la confusion, note la vérificatrice. 

Ce n’est que le 14 juillet que des réunions ont débuté par vidéoconférence. Ces réunions n’ont pas eu lieu en personne, souligne Mme Lysyk, et il n’existe aucune documentation complète sur les discussions tenues. 

Au total, plus de 500 personnes s’investissent actuellement dans le Groupe de commandement pour le secteur de la santé. 

Par ailleurs, la vérificatrice indique dans son rapport que le ministère du Solliciteur général n’a pas mis à jour régulièrement ses plans d’intervention d’urgence, et n’a pas corrigé les lacunes des systèmes d’informations sur la santé publique. Il s’agissait pourtant de recommandations formulées par le Bureau du vérificateur général au fil des dernières années. 

« Cela a eu des répercussions négatives sur le travail des bureaux de santé publique pendant la COVID-19. »  

Quand la vérificatrice avait terminé ses travaux, le GSUO n’avait toujours pas planifié ni collaboré avec les municipalités en prévision des futures vagues de la pandémie.

La vérificatrice générale de l’Ontario Bonnie Lysyk

L’Ontario n’a rien appris du SRAS

Les importantes leçons tirées de l’épidémie du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) en 2003 n’ont pas été suivies pendant l’intervention de la province au moment où la COVID-19 a frappé l’Ontario, selon les découvertes de la vérificatrice. 

Ces leçons n’ont pas non plus été suivies pendant l’intervention de la province en réponse au coronavirus. 

Parmi les exemples rapportés par Mme Lysyk, le rapport final de la Commission du SRAS soulignait que le principe de précaution, qui consiste à prendre des mesures préventives pour protéger la santé du public même en l’absence d’informations complètes et de certitude scientifique, était la leçon la plus importante du SRAS. 

Selon la vérificatrice, si le gouvernement avait respecté ces conclusions, il aurait pris rapidement des mesures « énergiques et éclairées ». 

« Ce n’est pas ce que nous avons constaté dans notre travail d’audit, nous avons plutôt relevé des retards, des conflits et de la confusion dans la prise de décisions. »

Les changements dans la gestion et le fonctionnement des bureaux de santé publique ont causé des incohérences partout en Ontario, soutient Mme Lysyk, selon qui la santé publique dans d’autres administrations comme la Colombie-Britannique, l’Alberta et le Québec est plus simplement organisée. 

« La réforme de santé publique recommandée il y a environ 15 ans par la Commission du SRAS n’avait pas été pleinement mise en œuvre. Au moment d’écrire ces lignes, les 34 bureaux de santé publique de l’Ontario continuaient de fonctionner de manière indépendante et, souvent, ils n’échangeaient toujours pas leurs pratiques exemplaires », peut-on lire dans le rapport.

La vérificatrice générale Bonnie Lysyk publiera bientôt un deuxième rapport spécial sur les dépenses en santé liées à la COVID-19, sur l’équipement de protection individuelle et sur les soins de longue durée.