Le premier ministre Justin Trudeau à Ottawa, jeudi
Le premier ministre Justin Trudeau à Ottawa, jeudi

COVID-19: l’Agence de la santé publique met en garde contre une flambée de cas [VIDÉO]

OTTAWA — La pandémie de COVID-19 fera d’autres centaines de décès à court terme, mais pourrait revenir en force cet automne s’il y a un relâchement des mesures de distanciation physique, selon l’Agence de la santé publique du Canada.

Selon de nouvelles estimations dévoilées jeudi par l’Agence, le Canada pourrait compter entre 97 990 et 107 454 cas de personnes infectées par le coronavirus au 15 juin. Le nombre de décès pourrait se situer entre 7700 et 9400 à cette même date.

Or, ces projections se basent sur des données datant d’il y a deux ou trois semaines, alors que de nombreuses restrictions n’étaient pas encore levées. Jeudi, il y avait déjà plus de 7600 décès au Canada.

«On a déjà constaté plusieurs fois que ce n’est pas une boule de cristal», s’est défendu le sous-administrateur en chef de la santé publique, Dr Howard Njoo. «Pour l’instant, on est entre les deux limites», a-t-il ajouté, confiant.

Les responsables de la santé publique mettent en garde contre une flambée du nombre de cas de COVID-19, possiblement à l’automne, si les règles ne sont plus respectées.

L’administratrice en chef de la santé publique, Dre Theresa Tam, prévient que «ça ne prend pas grand-chose» pour que ce scénario se concrétise.

«Les modèles dynamiques que vous avez vus, en majorité, démontrent que si on relâche certaines choses trop rapidement, si nous ne continuons pas ces mesures de santé publique, il y a une très forte probabilité d’une sorte de regain et de recrudescence», a-t-elle prévenu.

«Si, avec (l’ensemble du) Canada, on continue avec nos efforts, on peut peut-être ne pas atteindre un pic cet automne», a laissé entendre son collègue, Dr Njoo, admettant que ce sera un «défi» de respecter toutes les règles avec le beau temps et la réouverture progressive de l’économie.

S’exprimant jeudi devant sa résidence, le premier ministre Justin Trudeau s’est dit encouragé par les données les plus récentes, mais a du même coup servi une mise en garde à tous ceux qui y verraient une raison pour relâcher les mesures de distanciation sociale.

«La situation demeure grave, surtout dans les régions où on continue de constater un grand nombre de cas, et dans les centres de soins de longue durée et les résidences pour personnes âgées. Donc même si on commence à reprendre certaines activités, on doit resserrer d’autres mesures comme le dépistage et la recherche des contacts», a-t-il dit.

Aide aux aînés en juillet

Par ailleurs, le coup de pouce promis aux aînés au mois de mai se concrétisera près de deux mois après avoir été annoncé.

Le gouvernement fédéral avait promis un paiement unique non imposable de 300 $ aux aînés admissibles à la pension de la Sécurité de la vieillesse et de 200 $ additionnels à ceux qui sont admissibles au Supplément de revenu garanti.

L’annonce initiale avait eu lieu le 12 mai. Les aînés verront la couleur de cet argent dans la semaine du 6 juillet par dépôt ou par chèque.

Deb Schulte, ministre des Aînés, reconnaît que le processus a pris «un peu plus de temps» parce que le gouvernement fédéral voulait s’assurer de mettre en oeuvre un système simple, sans risque de fraude, qui rejoindrait tous les aînés admissibles.

Mission militaire dans les CHSLD

Le premier ministre Trudeau n’a toujours pas de décision à annoncer sur le maintien des soldats dans les CHSLD du Québec, une demande de François Legault.

Les discussions entre Ottawa et Québec continuent, a-t-il simplement dit jeudi avant-midi.

«Notre priorité, c’est de s’assurer que les aînés au Québec soient bien protégés, reçoivent les soins qui sont si nécessaires pendant cette pandémie. (...) Le Canada va continuer d’aider le Québec à reprendre le contrôle de ces centres-là», a-t-il dit.

Ottawa prévoyait mettre fin à la mission le 12 juin. À quelques jours de cette échéance, on ne sait donc pas encore si la mission sera prolongée ou non.

«Je pense qu’Ottawa, pour les militaires, pourrait répondre maintenant», a exigé le chef bloquiste Yves-François Blanchet.

Soupçonnant que le retard est dû à une mésentente au sein même du gouvernement Trudeau, il a demandé que «quelqu’un fasse preuve de leadership, (...) tranche et prenne la décision et dise qu’on permet que ça reste là». Selon lui, il en va «de la santé et de la sécurité des gens».

Aux Communes, le chef bloquiste est revenu à la charge, calculant que si les transferts fédéraux aux provinces en matière de santé étaient à la hauteur, le Québec n’en serait pas là.

«On n’aurait pas besoin de demander les soldats. On n’aurait pas besoin de prendre des mesures d’urgence pour soutenir dans les CHSLD. On aurait eu les moyens», croit M. Blanchet.

Le chef néo-démocrate a, lui aussi, exploré le même thème aux Communes.

«Est-ce que je peux avoir un engagement du gouvernement libéral de ne pas retirer les forces (armées) canadiennes (jusqu’à ce qu’on ait) les ressources humaines adéquates pour protéger nos aînés?», a demandé Jagmeet Singh.

«Aujourd’hui, les forces armées canadiennes sont là», lui a simplement répondu la vice-première ministre Chrystia Freeland.

Subvention salariale et partis politiques

Le Bloc québécois continue de dénoncer l’utilisation par le Parti libéral du Canada (PLC) de la subvention salariale créée pour aider les employeurs à supporter l’effet économique de la pandémie.

Même si Élections Canada confirme qu’il n’est pas illégal pour un parti politique d’utiliser l’argent de cette subvention, Yves-François Blanchet ne modifie en rien son discours.

«J’ai dit irrégulier et potentiellement illégal. Je maintiens ma position», a insisté M. Blanchet lors d’un point de presse jeudi matin.

Et si l’organisme qui applique la loi électorale ne voit pas là d’illégalité, M. Blanchet attaque l’organisme, après avoir cité «le gros bon sens élémentaire» pour taxer d’illégal le recours à la subvention.

«Si une institution qui est supposée protéger une certaine équité en démocratie s’en lave les mains (...), c’est peut-être l’institution qui a un problème et je ne me gênerai certainement pas pour le dire», a lancé le chef bloquiste.

Puis, il a repris son argument éthique.

«Quelqu’un qui a l’ombre du début d’une conscience va admettre qu’il n’est pas supposé aller chercher de l’argent là-dedans», a-t-il jugé.

Son collègue Alain Therrien a repris l’argument aux Communes.

«L’argent des contribuables, qu’ils soient libéraux ou non, va se retrouver à financer la campagne électorale du Parti libéral», a-t-il accusé. «Vont-ils rembourser?», a réclamé le député bloquiste.

«Le soutien s’applique à tous les employeurs à travers le pays. (...) Peu importe pour qui vous travaillez, notre gouvernement vous soutient», lui a rétorqué la ministre de la Prospérité de la classe moyenne, Mona Fortier.

Nombre de cas

Il y a eu plus de 1 787 000 tests administrés au Canada depuis le début de la pandémie. Environ 5 % d’entre eux ont détecté la maladie. On fait passer, en moyenne, 29 000 tests par jour.

Jusqu’à maintenant, on a recensé 93 702 cas confirmés ou probables dans l’ensemble du pays. La COVID-19 a provoqué la mort de 7636 Canadiens.

Distribution des cas au pays, selon les plus récents bilans provinciaux et territoriaux: 52 143 cas au Québec, dont 4885 décès; 29 403 cas en Ontario, dont 2357 décès; 7076 cas en Alberta, dont 145 décès; 2623 cas en Colombie-Britannique, dont 166 décès; 1058 cas en Nouvelle-Écosse, dont 61 décès; 648 cas en Saskatchewan, dont 11 décès; 298 cas au Manitoba, dont sept décès; 261 cas à Terre-Neuve-et-Labrador, dont trois décès; 136 cas au Nouveau-Brunswick, dont un décès; 27 cas à l’Île-du-Prince-Édouard, tous guéris; 11 cas au Yukon, tous guéris; cinq cas dans les Territoires-du-Nord-Ouest, tous guéris; aucun cas au Nunavut.

À ces bilans provinciaux et territoriaux s’ajoutent les 13 cas, tous guéris, chez les passagers rapatriés du navire de croisière Grand Princess le 10 mars.

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