La ville de New York, moteur économique des États-Unis à l’arrêt depuis la mi-mars, pourrait être la dernière à redémarrer.
La ville de New York, moteur économique des États-Unis à l’arrêt depuis la mi-mars, pourrait être la dernière à redémarrer.

Coronavirus: sortie du confinement en ordre dispersé en Europe et aux États-Unis

WASHINGTON — Plusieurs pays européens et une dizaine d’États américains ont amorcé, en ordre dispersé et parfois dans la polémique, une sortie prudente du confinement, seul remède à ce jour pour tenter de ralentir la pandémie de nouveau coronavirus qui a fait plus de 200 000 morts dans le monde.

Ce terrible bilan, qui va encore s’alourdir, aurait pu être allégé si tous les pays avaient «écouté attentivement» l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), a plaidé lundi son patron, Tedros Adhanom Ghebreyesus.

Rappelant avoir donné l’alerte le 30 janvier, alors qu’il n’y avait en dehors de Chine que 82 cas et aucun mort, il a déclaré que l’OMS avait alors recommandé «de trouver les cas, tester, isoler et rechercher» les personnes ayant été en contact avec les malades. Selon lui, «les pays qui ont suivi les conseils sont en meilleure position que les autres. C’est un fait».

Grands détracteurs de l’OMS, à qui ils ont coupé les vivres, les États-Unis n’entrent pas dans cette catégorie. Avec près d’un million de cas recensés et plus de 55 000 décès, ils sont de loin le pays le plus touché.

Désireux de faire oublier des propos malheureux sur des injections de «désinfectant», le président Donald Trump s’est fait discret ce week-end, mais doit renouer lundi avec sa conférence de presse quotidienne sur la réponse à la pandémie.

Alors que l’économie bat sérieusement de l’aile, une poignée d’États américains ont entamé leur déconfinement.

Les restaurants de l’État de Géorgie, dans le sud, ont ainsi rouvert leurs portes. À Atlanta, Kim Kaseta s’est régalé d’oeufs et de saucisses, devant un serveur masqué et dans un salle quasi vide. Peu importe, «nous avons besoin de contacts humains», estime cette coiffeuse de 64 ans.

Restaurants, musées, cinémas et théâtres texans pourront eux rouvrir le 1er mai, à 25% de leur capacité.

«Agresseur inattendu et invisible» 

Des chercheurs d’Harvard ont estimé lundi que, contrairement à ce qu’affirme la Maison-Blanche, le pays était loin d’avoir la capacité de dépistage nécessaire pour entamer le déconfinement d’ici au 1er mai.

À New York, épicentre de la pandémie, le confinement restera en vigueur jusqu’au 15 mai, une décision approuvée à une majorité écrasante de la population locale -- 87%. Ensuite, «il faudra être malin», a jugé le gouverneur démocrate Andrew Cuomo.

Alors que certains sondages ont montré qu’une majorité d’Américains s’inquiètent d’une réouverture prématurée, de nombreux restaurants de cet État sont néanmoins restés fermés ou limités à la livraison à domicile.

Le Tennessee, autre État du sud dirigé par un républicain, Bill Lee, a lui aussi autorisé la réouverture de restaurants lundi. Si le nombre de cas confirmés du coronavirus y reste inférieur à 10 000, il a enregistré dimanche sa plus forte hausse journalière de nouveaux cas (+478), selon la radio NPR.

Le gouverneur du Texas, Greg Abbott, a annoncé lundi que centres commerciaux, cinémas et musées pourraient rouvrir au 1er mai, à 25% de leur capacité.

Les autres États qui commencent à autoriser une reprise sont l’Alaska, l’Oklahoma, le Minnesota, le Mississippi, le Colorado et la Caroline du Sud.

En Europe, où la pandémie marque le pas, le premier ministre britannique Boris Johnson, lui-même atteint du virus et de retour aux affaires lundi, a appelé ses concitoyens à la patience.

«Si ce virus était un assaillant, un agresseur inattendu et invisible, et je peux vous dire de ma propre expérience que c’en est un, ce serait le moment où nous avons commencé à le maîtriser au sol. (...) Mais c’est aussi un moment de risque maximum», a-t-il expliqué.

Les Britanniques doivent donc continuer à respecter les mesures de confinement, a-t-il plaidé, promettant des décisions «dans les jours à venir».

Coiffeurs et fleuristes 

Ailleurs sur le Vieux continent, à la faveur de l’embellie observée ces derniers jours, conséquence des sévères restrictions de mouvement imposées depuis plus d’un mois, plusieurs pays ont déjà allégé le confinement.

La Norvège a rouvert lundi des écoles. Une semaine après les «barnehager» qui font office de crèches et de maternelles, c’est au tour des enfants de six à dix ans de retrouver les bancs de l’école, dans des classes réduites à 15 élèves.

Les Suisses ont pu recommencer à aller chez le coiffeur ou le fleuriste. En Allemagne et en Autriche, une grande partie des commerces ont rouvert, avec de stricts mots d’ordre de «distanciation sociale» et sur le port de masques.

Louée jusqu’ici pour l’efficacité de sa réponse très ferme, la chancelière allemande Angela Merkel voit les critiques monter sur la lenteur d’un déconfinement trop progressif selon certains.

En Espagne, après six semaines cloîtrés chez eux, les enfants peuvent depuis dimanche recommencer à jouer dans la rue, avec un certain nombre de restrictions. Le confinement a été prolongé jusqu’au 9 mai inclus et le gouvernement présentera mardi son plan d’assouplissement.

La France dévoilera aussi mardi sa stratégie en vue du déconfinement, qui doit débuter le 11 mai, avec notamment une réouverture progressive, mais controversée des écoles.

Sous un doux soleil printanier, de plus en plus de Parisiens sont néanmoins tentés de sortir dans les rues vidées de leur habituel chaos automobile. Il ne faut pas que «les gens craquent», s’inquiètent les autorités.

Scanner thermique 

L’Italie doit détailler en début de semaine les mesures qu’elle envisage par étapes à compter du 4 mai. Les écoles resteront fermées jusqu’en septembre, mais les entreprises stratégiques de la troisième économie européenne ont été autorisées à rouvrir.

Lundi matin, une centaine d’ouvriers et de cadres de l’usine Fiat-Chrysler de Mirafiori, dans la banlieue de Turin, ont ainsi franchi le portail d’entrée. Ils ont passé un scanner thermique avant de recevoir les équipements de protection: masques, gants, lunettes.

Les Italiens pourront dans une semaine aller voir leurs proches à condition de porter des masques. Cependant les fêtes et réunions de familles resteront interdites.

Du 11 mars au 26 avril, 151 médecins italiens ont succombé au virus, a annoncé lundi l’ordre des chirurgiens.

En Europe, le bilan humain reste très lourd: 26 977 décès en Italie, 23 521 en Espagne, 23 293 en France, 21 092 au Royaume-Uni (sans tenir compte des décès en maisons de retraite). En proportion de la population, c’est en Belgique que la mortalité est la plus élevée.

En Afrique, où le confinement est difficilement tenable pour de larges pans des populations, le géant nigérian commencera à lever ces mesures à compter du 4 mai, tout en maintenant un couvre-feu.

En Chine, où était apparu la COVID-19 à la fin de l’année dernière, collégiens et lycéens ont fait lundi une rentrée ultra-sécurisée - avec masques et prises de température - dans les métropoles de Pékin et Shanghai.

«Je suis contente, ça fait trop longtemps que je n’ai pas vu mes camarades de classe», sourit Hang Huan, 18 ans, devant le lycée Chenjinglun, dans l’est de la capitale chinoise.

Toutes les écoles chinoises étaient fermées depuis la fin janvier. Le pays a depuis lors jugulé l’épidémie, avec un bilan officiel de 4633 morts (que certains jugent largement sous-estimé), mais les autorités redoutent à présent une seconde vague avec des cas dits «importés», en majorité des Chinois de retour au pays.

En Israël, le gouvernement a annoncé la réouverture progressive des écoles à partir du 3 mai, ainsi que la majorité des commerces et restaurants, sous conditions.