Les nouvelles mesures de contrôle viennent s’ajouter à celles annoncées par le gouvernement Legault, le 28 mars dernier, qui touchaient huit régions situées au nord du Québec.
Les nouvelles mesures de contrôle viennent s’ajouter à celles annoncées par le gouvernement Legault, le 28 mars dernier, qui touchaient huit régions situées au nord du Québec.

Contrôles policiers à la frontière entre Ottawa et Gatineau [VIDÉO]

Mathieu Bélanger
Mathieu Bélanger
Le Droit
Justine Mercier
Justine Mercier
Le Droit
Benoit Sabourin
Benoit Sabourin
Le Droit
Traverser la frontière entre Ottawa et Gatineau et voyager d’une MRC à l’autre sur le territoire de l’Outaouais n’est plus permis depuis mercredi midi, à moins qu’il ne s’agisse de déplacements jugés «essentiels» par les autorités. Des points de contrôle policiers «sporadiques» seront mis en place de façon aléatoire sur les cinq ponts traversant la rivière des Outaouais ainsi qu’à plusieurs autres endroits «stratégiques» dans la région afin d’empêcher les déplacements inutiles.

Peu de détails sur la façon de gérer ces points de contrôle sont disponibles pour l’instant. La Sûreté du Québec et le Service de police de la Ville de Gatineau ont indiqué être en attente des directives précises à cet égard. «La Sûreté du Québec travaille en étroite collaboration avec le Service de police de la Ville de Gatineau et le Service de sécurité publique de la MRC des Collines-de-l’Outaouais afin de mettre en place des mesures communes pour limiter les déplacements qui seront contrôlés sur une base aléatoire par les forces policières», précise le communiqué.

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Les policiers de la Sûreté du Québec (SQ), du Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG) et de la Police de la MRC des Collines pourront forcer des automobilistes à rebrousser chemin s’ils estiment que le déplacement n’est pas essentiel. Les citoyens qui refuseraient de collaborer pourraient se voir imposer une amende en vertu de la Loi sur la santé publique. 

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Le décret du gouvernent du Québec visant la mise en place de ces mesures a été annoncé en début d’avant-midi, mercredi. Dès midi, la SQ était présente sur le pont Cartier-Macdonald pour contrôler les automobilistes en provenance d’Ottawa qui traversaient à Gatineau. Plus tard dans la journée, le SPVG a aussi mis en place des points de contrôle sur les ponts Champlain, Chaudière, du Portage et Alexandra, ainsi qu’au traversier de Masson-Angers et à l’intersection de la 148 et du chemin Terry-Fox.

Des patrouilleurs de la Sûreté du Québec étaient présents sur le pont Macdonald-Cartier, mercredi midi.

Québec précise que ces mesures instaurées par les forces policières ne visent pas les activités qui permettent d’obtenir et de fournir des soins et des services de santé, ni celles qui assurent le soutien humanitaire et les services essentiels pour la continuité de la chaîne d’approvisionnement de l’ensemble des régions du Québec. «En limitant ainsi les entrées et les sorties, les autorités de santé publique croient pouvoir limiter et prévenir davantage la propagation de la COVID-19», a ajouté le gouvernent dans son communiqué de presse. 

Le passage des citoyens aux différents points de contrôle sera laissé au bon jugement des policiers, mais il est déjà acquis que les travailleurs de la santé qui traversent la frontière par milliers chaque jour, les travailleurs jugés essentiels, les proches qui viennent en aide à des membres de leur famille d’un côté ou de l’autre de la frontière et les enfants qui sont en garde partagée ne seront pas refoulés par les autorités. 

«Difficile, mais nécessaire»

Le député de Papineau et ministre responsable de l’Outaouais, Mathieu Lacombe, a indiqué sur Twitter, en début de journée, que cette mesure est mise en place «sur recommandation de la santé publique». Il a souligné qu’il s’agit d’une «décision difficile, mais nécessaire». 

Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, a insisté pour dire que «la frontière n’est pas fermée», mais que cette mesure était devenue nécessaire parce que la Direction de la santé publique estime que les gens doivent limiter leurs déplacements encore plus qu’avant, que les mesures prises jusqu’ici n’étaient pas suffisantes et qu’il fallait «serrer la vis» encore un peu plus.

«Ce sont vraiment des vérifications aléatoires sur les déplacements des gens pour que tout le monde comprenne que ça doit être des déplacements essentiels, a-t-il dit. L’objectif premier c’est la sensibilisation, ce n’est pas de donner des contraventions, ni de fermer la frontière, mais de sensibiliser les gens. Si c’est nécessaire, il y aura des contraventions. C’est pour renforcer le message que les gens qui n’ont pas à se déplacer ne doivent pas le faire. Les policiers devront utiliser leur jugement, mais si quelqu’un refuse de collaborer, qu’il y a une négligence évidente, il pourra y avoir une contravention.» Le SPVG a rappelé que la Loi sur la santé publique permet aux policiers de donner des contraventions pouvant varier de 1000 $ à 6000 $ aux personnes qui refusent de collaborer.

Appel conjoint pas suffisant

L’appel conjoint des maires de Gatineau et d’Ottawa, la semaine dernière, demandant aux gens de ne pas se déplacer inutilement entre le Québec et l’Ontario n’aura visiblement pas eu l’effet escompté. Le bruit d’un resserrement des contrôles à la frontière courait depuis le début de la semaine. De fait, Québec a répondu, mercredi, à une demande unanime des préfets de l’Outaouais envoyée samedi au premier ministre François Legault.

«On n’a pas vu de diminution [des déplacements] après l’intervention des deux maires, a noté la présidente de la Conférence des préfets de l’Outaouais, Chantal Lamarche, lors d’une visioconférence en avant-midi. Il y avait autant de gens qui circulaient dans nos villages depuis cette demande. Il y a un problème parce que les gens se sentent plus à l’abri en campagne. […] C’est certain que la MRC des Collines-de-L’Outaouais, du Pontiac et de la Vallée-de-la-Gatineau c’est surtout des villégiateurs de l’Ontario, mais dans Papineau, ça vient surtout de Montréal. C’était très difficile à contrôler et c’est pour ça qu’on a demandé des mesures plus sévères. […] Le taux de COVID-19 est beaucoup plus élevé dans l’urbain. On doit protéger l’urbain, mais on doit protéger également les MRC rurales où le taux de COVID-19 est très bas. Nous avons des clientèles éloignées et des réseaux de santé pas assez forts pour répondre aux besoins si la pandémie grandissait dans les milieux ruraux.»


« Il y a un problème parce que les gens se sentent plus à l’abri en campagne. »
Chantal Lamarche

Mme Lamarche a ajouté que le message que lance Québec en imposant ces nouvelles mesures ne s’adresse pas qu’aux villégiateurs et aux Ontariens, mais à tout le monde en Outaouais.

La présidente de la Conférence des préfets de l’Outaouais (CPO) et préfète de la MRC de la Vallée-de-la-Gatineau, Chantal Lamarche

 «On demande aux gens de rester chez eux, d’éviter les déplacements non essentiels, a-t-elle lancé. On demande aux gens de l’urbain de ne pas venir à leur chalet.»