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Michelle Secours, propriétaire de Frëtt Design
Michelle Secours, propriétaire de Frëtt Design

Cinq questions à Michelle Secours, de Frëtt Design: «On serait les plus avancés du monde, en matière de masques réutilisables»

Gilles Gagné
Gilles Gagné
Collaboration spéciale
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Frëtt Design crée, fabrique et distribue depuis plusieurs années des vêtements et accessoires durables et éthiques, avec un souci particulier pour la protection de l’environnement. La pandémie a forcé la propriétaire Michelle Secours et son équipe à revoir complétement l’orientation de Frëtt, puisque ses activités de base étaient suspendues par le confinement. La firme a non seulement commencé à fabriquer des masques, mais à en concevoir.

Q : Comment ça se passe depuis mars?

R : Je vis la plus belle année de travail de toute ma vie! Il m’est arrivé de travailler 130 heures par semaine, parfois de 4 h du matin à 11 h (23 h) le soir et je sais que la COVID est difficile pour beaucoup de monde. Mais au sein de notre équipe, on avait une motivation plus grande que jamais pour être créatifs et efficaces, ma gang et moi. Quand on a les mêmes buts, les mêmes valeurs, c’est ce qui arrive. J’ai des gens de 50 et de 60 ans qui n’avaient jamais vécu ça. Il faut se servir de cet élan pour le reste, l’homologation, obtenir les papiers pour nos deux nouveaux modèles de masque. Nous travaillons avec le CNRC (Conseil national de la recherche scientifique). Selon eux, on serait les plus avancés dans notre domaine, au monde.

Q : On parle de quel type de masque?

R : On parle d’un masque de procédure qui est lavable, au lieu du maudit masque jetable. Le nerf de la guerre, c’est le nombre de lavages. S’il n’est lavable que 25 fois, ce n’est pas plus écologique. Le but, c’est de garder une bonne filtration mécanique après plusieurs lavages, et ce, sans enduits de produits qui s’éliminent dans l’environnement à chacun des lavages. On a trouvé une combinaison de matériaux. Nous avons fait des tests avec 75 et même 120 lavages par masque. C’est tout un test pour ma machine à laver! Le masque pour tout le monde doit arriver à un pourcentage de filtration de 60% selon l’IRSST (Institut de recherche sur la santé et la sécurité au travail). On l’a (…) Il faut aussi que les masques aient une bonne perméabilité à l’air, ou respirabilité. Ce qui est long, c’est le travail d’attestation, de certification et d’homologation. On travaille depuis presque trois mois sur le comité du Bureau des normes du Québec.

Q : Vous faites combien de types de masques?

R : Nous avons trois types de produits pour lesquels nous avons travaillé depuis mars 2020. Le premier, à plus de 65% d’efficacité en filtration, est le masque barrière Frëtt Solutions, disponible depuis mai sur notre site. Le second est le masque pour travailleur qui sera attesté BNQ (Bureau des normes du Québec et CNESST) prochainement, avec 80% de filtration) et qui peut remplacer en entreprises le masque jetable. De plus s’il répond aux tests de pulvérisation de sang, il pourra être homologué comme un masque Classe ou niveau 1 par Santé Canada. Cette homologation permet d’entrer dans le système de santé. Le troisième est le masque de procédure classe 1-, avec 95% d’efficacité en filtration, qui est, lui, de type médical.

Q : Vous arrivez à quel pourcentage de filtration pour ce modèle de type médical?

R : On arrive à environ 90% après 100 lavages en machine. Pour les masques médicaux, de types chirurgicaux, il faut arriver à 95%. Ce n’était pas notre but initial, mais puisque nous arrivons à 90% de filtration. Il ne nous manque que 4-5%. On va essayer de l’atteindre. Le but recherché, c’est de vendre sous licence à d’autres manufacturiers ou entreprises qui pourraient les fabriquer plus rapidement que nous puisque nous n’avons pas la structure. On pourrait ainsi diversifier les lieux de production pour les rapprocher des consommateurs finaux et créer une autonomie par régions, par provinces, comme la compagnie de la Beauce qui fait des masques pour nous depuis le printemps. On veut briser le monopole des masques jetables. Ce n’est pas une certitude, qu’on va y arriver, et si c’est une autre firme, ce sera aussi bon. Il faut garder en tête que le masque chirurgical est supposé avoir 95% de filtration.

Q : Qu’avez-vous appris depuis mars?

R : On ne souhaitait pas la pandémie. On se doutait que quelque chose allait se produire sur le plan environnemental, parce que nous empiétons beaucoup trop sur les milieux naturels. Je me réjouis vraiment, sincèrement du fait que la crise actuelle provoque une conscientisation. J’espère qu’on va apprendre de nos erreurs. Nous sommes tous reliés. En même temps, on assiste à un ajustement de la situation d’un métier, couturière, trop souvent limité au salaire minimum, comparativement au salaire gagné par les mécaniciens, par exemple. On fait partie d’une industrie qui a sauvé le monde, avec les masques, les jaquettes. Ici, chez Frëtt, on a fini par tripler ce qu’on donne aux couturières qui fabriquent ces articles. Le principe de la motivation basée sur le rôle de notre industrie est un grand stimulant. Et le fait qu’une petite entreprise de Caplan qui se distingue dans ce domaine prouve qu’on n’a pas besoin d’avoir toujours une entreprise majeure pour réussir. Il faut avoir un besoin, une volonté. C’est encourageant de voir qu’il est possible de se positionner dans le domaine.