Cette aide d’une durée de trois mois et rétroactive au 15 mars s’adresse à toutes les entreprises qui ont subi une «baisse de 30 % ou plus de leurs revenus» par rapport à la même période l’an dernier, a dit le ministre des Finances, Bill Morneau.
Cette aide d’une durée de trois mois et rétroactive au 15 mars s’adresse à toutes les entreprises qui ont subi une «baisse de 30 % ou plus de leurs revenus» par rapport à la même période l’an dernier, a dit le ministre des Finances, Bill Morneau.

Canada: 71 milliards $ en aide aux entreprises pour trois mois

Catherine Lévesque
La Presse canadienne
Agence France-Presse
MONTRÉAL — Les subventions salariales de 75 % qu’Ottawa compte verser aux entreprises pour éviter des licenciements massifs coûteront 71 milliards $, a estimé mercredi le gouvernement canadien, alors que la progression de l’épidémie de coronavirus s’accélérait dans le pays.

Cette aide d’une durée de trois mois et rétroactive au 15 mars s’adresse à toutes les entreprises qui ont subi une «baisse de 30 % ou plus de leurs revenus» par rapport à la même période l’an dernier, a dit le ministre des Finances, Bill Morneau.

Ottawa subventionnera 75 % de la première tranche de 58 700 $ de chaque salaire et les employeurs devront faire «tout ce qui est en leur pouvoir» pour payer les 25 % restants. Le gouvernement fédéral pourrait ainsi assurer jusqu’à 847 $ par semaine, par employé. La mesure est rétroactive au 15 mars.

Le programme coûtera à lui seul 71 milliards $ à l’État.

Pour y être admissible, une entreprise devra avoir perdu au moins 30 % de son revenu brut par rapport à la même période l’année dernière. «La baisse de revenus sera calculée en comparant le mois en question avec le même mois l’an dernier pour mars, avril et mai», a précisé M. Morneau.

Chaque entreprise devra soumettre une nouvelle demande chaque mois par le biais d’un portail en ligne sur l’Agence de revenu du Canada. Ce portail sera dévoilé dans «entre trois et six semaines», selon le grand argentier de l’État.


« C’est le plus grand programme économique de l’histoire du Canada »
Le premier ministre du Canada Justin Trudeau

Avec ce programme, le gouvernement fédéral espère maintenir le lien d’emploi entre les employés et leurs employeurs afin qu’ils puissent reprendre leurs activités économiques rapidement après la fin de la crise.

«Mon message aux employeurs du Canada est le suivant : préparez-vous à réembaucher des gens», a déclaré M. Morneau.

Éviter les abus

Avec des milliards de dollars mis à disposition des individus et des entreprises, le fédéral avertit que tous ceux qui abuseront des prestations gouvernementales feront face à des conséquences sévères.

Ces conséquences ne sont pas encore connues à ce stade-ci.

Le premier ministre Justin Trudeau a averti les Canadiens qu’ils ne pourront pas bénéficier à la fois de cette subvention salariale et de la Prestation canadienne d’urgence (PCU) de 2000 $ par mois.

M. Morneau espère que les entreprises continueront de payer ou réembaucheront leurs employés en ayant l’assurance que la subvention salariale viendra dans quelques semaines.

Mais il a du même coup admis que tous ceux qui ont perdu leur emploi ou qui n’ont plus de revenus pourront donc soumettre une demande pour la PCU en attendant de recevoir leur salaire.

Tout comme la PCU, la subvention salariale devra être renouvelée à chaque mois.

M. Morneau a dit qu’il a confiance que tant les dirigeants que les travailleurs seront de bonne foi dans cette crise.

«Nous devons (nous) assurer que l’argent qui va venir aux entreprises est pour les employés. C’est pour ça que nous allons avoir une approche où ils devront nous assurer qu’ils ont déjà payé leurs employés et de cette façon, nous allons savoir que cet argent est pour leurs employés. Ça, c’est très important», a précisé M. Morneau.

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DES DÉTAILS À PEAUFINER

Malgré la mise au point du ministre et la séance d’information technique qui a suivi, de nombreuses questions restent sans réponses.

La Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) croit que de nombreuses entreprises tomberont entre les mailles du filet de ce programme, puisqu’il ne prend pas en compte les entreprises en expansion ou encore les dépenses plus élevées en temps de pandémie.

La FCCQ déplore également les délais pour voir la couleur de cet argent.

«Nous comprenons que la situation est exceptionnelle et que la mise en place d’un tel système peut représenter un défi, mais les entreprises ont besoin de liquidités dans un délai plus rapide que six semaines si elles veulent pouvoir maintenir le lien d’emploi avec leurs travailleurs qualifiés», fait valoir son président-directeur général, Charles Milliard.

Mais selon la professeure Geneviève Tellier de l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa, «c’est normal qu’on n’ait pas tous les détails» vu la grosseur de l’appareil fédéral et la complexité de l’opération.

Le plan d’urgence du fédéral, qui était de 82 milliards $ la semaine dernière, est maintenant évalué à plus de 200 milliards $. C’est «l’équivalent de deux, trois budgets», décrit Mme Tellier.

«En faisant les annonces rapidement, les gens savent un peu à quoi s’attendre. Oui, il y a l’angoisse de ne pas avoir l’argent aujourd’hui, [...] mais en même temps, on peut se dire que l’argent s’en vient. On n’est pas dans l’inconnu», fait-elle valoir.

La PCU, elle, devrait être disponible dès la semaine prochaine pour l’ensemble des Canadiens qui n’ont plus de revenus en raison de la COVID-19.