Jacqueline Lévesque est décédée de la COVID-19 le 7 mai, laissant ses proches avec beaucoup de questions sans réponses.
Jacqueline Lévesque est décédée de la COVID-19 le 7 mai, laissant ses proches avec beaucoup de questions sans réponses.

Beaucoup de questions pour les proches d’une octogénaire décédée de la COVID-19

Justine Mercier
Justine Mercier
Le Droit
Les proches d’une octogénaire décédée la semaine dernière après avoir contracté la COVID-19 se demandent pourquoi ils n’ont pas été informés qu’une éclosion s’était déclarée à l’Hôpital de Gatineau, quelques jours à peine après qu’elle y eut séjourné sur l’un des étages touchés.

Jacqueline Lévesque, 86 ans, s’est éteinte le matin du 7 mai. L’une de ses deux filles, qui a accepté de se confier au Droit tout en souhaitant taire son nom, peine encore à digérer que celle qui l’a mise au monde est partie sans avoir eu droit à la présence de ses proches pour un dernier «au revoir», conséquence de l’interdiction des visites dans les zones «rouges».

«Elle était toute seule», laisse tomber sa fille, la voie nouée par l’émotion, en évoquant un moment «terrible» pour la famille.

Sans le savoir à l’époque, le funeste parcours de la dame dans le réseau de la santé a commencé à la mi-avril, lorsqu’elle a subi une biopsie à un sein. «Il y avait des inquiétudes» au sujet d’un possible cancer, raconte sa fille.

Il y a eu affaissement d’un poumon après cette intervention. Mme Lévesque a été amenée à l’Hôpital de Gatineau le 22 avril. Sachant que le centre désigné COVID-19 de la région se trouve à l’Hôpital de Hull, la famille a opté pour celui de Gatineau, même s’il est situé plus loin de maison. Un test de dépistage de la COVID-19 subi après son arrivée s’est avéré négatif, a indiqué sa fille.

L’octogénaire s’est rétablie et a obtenu son congé du sixième étage de l’Hôpital de Gatineau le 26 avril. «Elle allait très bien, elle respirait normalement, se rappelle sa fille. Elle avait les deux poumons qui fonctionnaient.»

Quelques jours après son retour chez sa fille, lorsqu’elle a fini ses antibiotiques, Jacqueline Lévesque a commencé à faire de la fièvre. Sa fille a alors pensé qu’elle avait encore besoin d’antibiotiques.

Le 30 avril et le 1er mai, la fille de Mme Lévesque a appelé à l’Hôpital de Gatineau pour savoir si de nouveaux antibiotiques pouvaient lui être prescrits – ce n’était pas possible, lui a-t-on répondu. La fille de l’octogénaire assure que personne, lors de ces appels, ne l’a informée qu’une éclosion de COVID-19 touchait l’étage où sa mère se trouvait quelques jours plus tôt.


« «Elle avait 86 ans, elle a eu une belle vie, mais je ne comprends pas pourquoi l’hôpital n’a pas averti toutes les personnes qui sont sorties de là dans le temps de l’éclosion. Ces gens-là doivent être avertis. Ils ont des familles, ils ont des proches.» »
Une fille de Jacqueline Lévesque

«Dépistage massif»

Le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) a en effet lancé, le 30 avril, une opération de «dépistage massif» à l’Hôpital de Gatineau. Jusqu’à présent, cette opération a permis de découvrir 11 cas de COVID-19, soit cinq patients et six employés. Selon ce qu’a indiqué un syndicat la semaine dernière, l’éclosion a touché les cinquième et sixième étages de l’établissement.

Faute d’avoir été informée de cette éclosion, la fille de Jacqueline Lévesque ne se doutait pas qu’elle pouvait être atteinte du coronavirus à l’origine de la pandémie. Elle a pris soin de sa mère à la maison jusqu’au 4 mai, date à laquelle ses proches ont décidé de l’amener à l’Hôpital de Hull.

«Ils l’ont placée sous antibiotiques, mais ils suspectaient la COVID», raconte sa fille. Le résultat – positif – est arrivé le 6 mai en après-midi. Le lendemain matin, Jacqueline Lévesque rendait son dernier souffle à l’unité COVID-19. «Les médecins m’ont dit qu’ils pensent qu’elle a attrapé le virus à l’Hôpital de Gatineau en raison de la chronologie des événements», a indiqué sa fille en entrevue, en précisant que rien ne permettra de savoir avec certitude dans quelles circonstances la contamination a eu lieu.

«Je ne pensais pas que je n’allais plus jamais la revoir, confie-t-elle avec un trémolo dans la voix. Je comprends que c’est une pandémie. Elle avait 86 ans, elle a eu une belle vie, mais je ne comprends pas pourquoi l’hôpital n’a pas averti toutes les personnes qui sont sorties de là dans le temps de l’éclosion. Ces gens-là doivent être avertis. Ils ont des familles, ils ont des proches.»

Sans savoir si un retour à l’hôpital plus rapide aurait changé quelque chose pour Mme Lévesque, sa fille estime que ceux qui en prenaient soin à la maison auraient pu agir différemment s’ils avaient été informés de l’éclosion. Des précautions auraient été prises en s’approchant de l’octogénaire et des sorties à l’épicerie auraient été évitées, cite en exemple celle qui est désormais en confinement strict pour 14 jours. «Ma mère aurait voulu des réponses, mentionne la fille de Mme Lévesque. [...] Si j’avais su, j’aurais peut-être pris mes distances. Je ne sais pas ce que j’aurais fait, mais personne ne m’a avertie.»

«Les médecins m’ont dit qu’ils pensent qu’elle a attrapé le virus à l’Hôpital de Gatineau en raison de la chronologie des événements», raconte la fille de Jacqueline Lévesque.

Les explications du CISSSO

Le Droit a demandé au CISSSO à quelle date les premiers cas de COVID-19 de l’éclosion de l’Hôpital de Gatineau ont été détectés, et combien de jours en arrière ont été remontés pour retrouver des patients ayant séjourné dans l’une des quatre unités touchées. L’organisation n’a pas fourni de réponses claires à ce sujet.

Le CISSSO a rappelé que «le dépistage élargi a débuté le 30 avril» et que les premières enquêtes épidémiologiques découlant de cette éclosion «ont permis d’identifier les contacts à risque élevés et d’intervenir auprès de chacun de ces contacts à risque élevés».

La porte-parole du CISSSO, Marie-Pier Després, a souligné que ces enquêtes «remontent dans le temps pour retracer tous les contacts des cas confirmés COVID-19». «La fenêtre de temps dépend de la période de contagiosité d’un cas confirmé», a-t-elle précisé.

Sans vouloir commenter les cas particuliers comme celui de Jacqueline Lévesque, le CISSSO assure qu’une enquête épidémiologique «est déclenchée à chaque nouveau cas».