Avoir des relations sexuelles à l’heure de la distanciation sociale

À l’aube d’un printemps déconfiné, les célibataires commencent à voir la lumière au bout du tunnel. La saison de la drague reprend doucement, mais les relations intimes restent une source de culpabilité pour plusieurs.

Le 29 mars dernier, Tinder enregistrait plus de trois milliards de «swipes» (balayage d’écran), ce qui représente la plus forte activité jamais enregistrée par l’application de rencontre depuis sa création. Même en pleine pandémie mondiale, le jeu de la drague ne prend pas de pause car l’être humain est un animal sociable aux besoins multiples…

Pour les couples, on a évoqué un baby boom l’hiver prochain et beaucoup de futurs petits Horacios dans les garderies près de chez vous. 

Mais pour les personnes seules, c’est la ligne dure: pas question d’échanger quelque fluide que ce soit. «On s’attendait des célibataires de s’abstenir d’avoir des relations sexuelles ou des contacts physiques pendant la pandémie», explique Eden Fournier, intervenante en sexologie et vice-présidente de l’organisme Les 3 sex.


« Avec le déconfinement, il va y avoir une pause de la pression sociale que l’on impose aux célibataires, contrairement aux personnes en couple »
Eden Fournier, intervenante en sexologie et vice-présidente de l’organisme Les 3 sex

Plusieurs se souviennent de l’intervention du Dr Horacio Arruda le 7 avril dernier, où il affirmait, avec un trait d’humour, que la monogamie était «préférable de ce temps-ci». Les célibataires avaient certainement le goût de lui répondre qu’avec la culture du coup d’un soir, trouver un partenaire unique et stable dès les premiers rendez-vous n’est pas toujours une mince affaire.

Penser à soi et protéger les autres

Aujourd’hui, les célibataires prennent plus de temps avant de choisir un partenaire unique. Ils magasinent, apprennent à se connaître et à savoir ce qu’ils veulent avant de faire le grand saut. C’est ce que pense Léa, étudiante en enseignement de 24 ans. «Quand tu prends la décision d’entrer en contact avec quelqu’un, en fait, c’est tout son réseau que tu fais entrer chez toi et vice versa», raconte-t-elle. 

Pour la jeune femme célibataire, ses prochaines rencontres amoureuses sont source de culpabilité. Malgré son désir de contact physique, elle ne veut pas prendre de risques inconsidérés et mettre ses proches en danger. «C’est que je ne suis plus seule dans l’équation, il y a comme le Québec au complet à prendre en compte», dit-elle avec un rire nerveux. 

C’est une grosse pression que l’on met sur le dos des célibataires selon Eden Fournier. «La pandémie a vraiment montré que les relations des personnes célibataires ou non monogames sont vues comme non légitimes ou non importantes. On les a même pointés du doigt dans le fait de contribuer à la pandémie», analyse-t-elle. 

«J’ai été invité chez quelqu’un il y a peu de temps », raconte Jérémi, un violoncelliste de 27 ans. «Je suis passé proche d’y aller, mais je n’avais pas envie d’être le cave à TVA nouvelles qui a transmis la COVID-19 à cause d’une date», dit-il en riant. S’il devait briser les règles de distanciation, il priori serait sa famille plutôt qu’une rencontre intime. 

Évaluer la prise de risque

Du point de vue d’Eden Fournier, la pandémie a au moins l’avantage d’ouvrir la discussion sur la prise de risque lors des relations sexuelles. «Je pense qu’il y a un parallèle intéressant à faire avec le dévoilement des ITSS lorsqu’on demande à un ou une partenaire si elle a été dépistée récemment. On pose la question, on s’attend à une réponse honnête et de là, la décision est prise d’avoir une relation sexuelle ou non». Selon elle, la COVID-19 va rouvrir le dialogue sur la transmission de virus. 

Pour Marianne, étudiante de 24 ans en environnement, c’est une préoccupation majeure. «Normalement, embrasser ou coucher avec quelqu’un après la première date, ça ne me dérangerait pas, mais là je serai plus méfiante », déclare-t-elle. «Disons que la personne m’embrasse: est-ce qu’elle est allée à d’autres dates? Est-ce qu’elle a embrassé d’autres gens? Normalement je m’en moquerais, mais là je pense à ma santé». 

Le manque de rencontres organiques

Depuis le 22 mai, les petits groupes de 10 personnes et moins ont le droit de se réunir dehors à condition de provenir de trois adresses différentes au maximum. Une directive qui va permettre aux célibataires plus de rencontres, mais Viktoriya, étudiante en psychologie de 25 ans, s’inquiète quand même du manque d’opportunités. «Il y aura moins de possibilités de rencontrer des gens de façon organique dans des situations sociales comme à l’école ou dans des soirées», déplore-t-elle. «Idéalement j’aimerais rencontrer quelqu’un dans un contexte social à la place de rencontrer sur les applications, mais en même temps, en ce moment, on n’a pas trop le choix».        

Pour l’instant, elle préconise les rendez-vous dans les parcs lors d’un pique-nique ou d’une balade à vélo à 2 mètres de distance. «J’en ai parlé avec mes parents parce que j’habite encore avec eux et ce virus risque d’être là pendant les deux prochaines années. On ne peut pas se sentir mal de voir des gens aussi longtemps, ce n’est pas réaliste».