Gabriel Marchand-Hébert a produit des vidéos sur YouTube pendant la période de confinement.
Gabriel Marchand-Hébert a produit des vidéos sur YouTube pendant la période de confinement.

Apprendre et s’amuser avec «M. Gabriel à la maison»

De la fabrication de papier mâché ou de balles de jonglerie en passant par les redressements assis, la lecture d’histoires, l’écoute de chansons francophones ou encore la découverte de l’art contemporain, l’enseignant Gabriel Marchand-Hébert n’est pas resté les bras croisés pendant la pandémie puisqu’il a égayé le quotidien des élèves en créant sa propre chaîne YouTube.

Si la région de Montréal pouvait se vanter d’avoir Mme Marie-Ève, qui a fait parler d’elle durant des semaines partout au Québec avec sa classe virtuelle avant la réouverture des écoles primaires; la région de la capitale fédérale, de son côté, peut se targuer d’avoir M. Gabriel, un enseignant en arts et éducation physique à l’école élémentaire Ottawa-Ouest qui a produit de A à Z de longues capsules web où les enfants peuvent en apprendre davantage sur une foule de sujets.

Dans ses trois émissions intitulées M. Gabriel à la maison, lesquelles sont divisées en segments (Arts Viz, Défi Génie, Au Musée, On Bouge et Écoute Bien Ça) le jeune homme de 29 ans partage des découvertes, tente des expériences et lance des défis à ses élèves, pour qui l’école à la maison est devenue réalité depuis mars.

Des exemples? Apprendre à faire un folioscope, aussi connu sous le nom de flipbook, ou encore un défi «cardio» quotidien avec neuf exercices pour garder la forme, y compris la flexion de biceps, des pompes ou la course sur place. Comme le sujet est difficile à éviter, on y parle même également un peu de COVID-19.

M. Gabriel donne aussi une belle vitrine à la musique d’ici en partageant avec les élèves ses chansons coup de coeur du moment. Du nombre, on retrouve entre autres Bulls Eye de Louis-Jean Cormier, Mets du respect dans ton bac du groupe Alaclair Ensemble ou encore Carrousel, interprétée par Eli Rose.

Il a beau avoir fait des études dans le monde des communications, avoir de l’aisance avec la production de vidéos et avoir déjà travaillé dans le passé dans le monde du graphisme et design, l’enseignant n’a pas chômé pour produire ce contenu ludique et empreint de dynamisme.

«Je n’ai pas fait le calcul, mais je dirais que les trois vidéos (diffusées en avril et mai) représentent environ 40 heures de travail. [...] Quand le gouvernement ontarien a annoncé ses directives pour l’apprentissage à la maison, il n’y a pas grand-chose que les enseignants spécialistes comme moi pouvaient faire et mon école a décidé de faire un site web où les profs pouvaient partager des exercices. Je me disais que je pourrais trouver des trucs ou des vidéos en ligne mais j’étais pas mal certain que les enfants n’allaient pas nécessairement faire les choses que je leur suggérerais. Par contre, je me suis dit que si ça venait de mon propre cru, ça aurait probablement plus d’impact», raconte le principal intéressé.

Rapidement, ses capsules sont devenues populaires et ne sont pas passées inaperçues au Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO), qui a été séduit par le projet. Sur YouTube, les vidéos ont été visionnées à plus de 5500 reprises.

«Je n’ai pas eu énormément de rétroaction directe des élèves, qui sont à la maison, mais ce que j’ai reçu n’est que positif. Des parents m’ont écrit pour dire que leurs enfants adoraient ça et qu’eux-mêmes étaient intéressés à les regarder», dit-il.

Le Franco-Albertain, qui a le bonheur d’être papa pour la première fois depuis le 5 juin avec la naissance de sa fille Élisabeth, a même eu des échos de son projet à des milliers de kilomètres à l’ouest.

«J’ai envoyé les vidéos à l’école primaire que j’ai fréquentée à Edmonton et c’est drôle parce que la directrice adjointe connaissait mes parents, alors en faisant des liens, j’ai pu écrire à mon enseignante de cinquième année. J’ai pu lui dire à quel point j’avais apprécié son travail à l’époque. C’est un peu grâce à ce projet-là que j’ai pu communiquer avec elle, presque 20 ans plus tard», explique-t-il.

Une nouvelle réalité

La pandémie, qui a obligé le milieu scolaire à s’adapter et à miser encore davantage sur l’apprentissage en ligne, a beaucoup fait réfléchir M. Gabriel.

«Tout ça m’a vraiment ouvert les yeux au potentiel des vidéos éducatives. J’aimerais poursuivre cette initiative, mais est-ce que j’opterais pour la même formule ou est-ce que je produirais de petites capsules? J’en ai discuté avec mon épouse et des amis. [...] Ce qui est plaisant avec les vidéos sur le web, c’est que c’est super pour expliquer un concept rapidement et passer à l’action. Sauf que des vidéos de qualité en français, il y en a peu. Souvent, ça provient de la France, mais nos élèves ne comprennent pas nécessairement tout le vocabulaire. Et pour les enfants du niveau élémentaire, ça permettrait de combler un vide. Il y a beaucoup de contenu pour les tout-petits et les élèves du secondaire, mais moins entre les deux. Qu’ils puissent être divertis et qu’ils apprennent en même temps, c’est le meilleur des deux mondes. Aujourd’hui, il y a tellement d’outils en ligne pour créer, presque tout se fait automatiquement», indique l’enseignant.

Et comment Gabriel Marchand-Hébert vit-il avec la fermeture prolongée des écoles?

«Personnellement je trouve ça vraiment difficile, car l’un des aspects que je préfère de mon travail, c’est le fait que ce n’est pas devant un ordinateur. Il y a des relations humaines fortes. On interagit avec des humains et non des écrans. Mais en tant que spécialiste, j’ai beaucoup moins de responsabilités envers les élèves en ce moment. Je salue les titulaires (enseignants) d’être capables de faire ça, ils sont forts, c’est loin d’être évident.»