Le premier ministre François Legault, accompagné du directeur de la Santé publique Horacio Arruda
Le premier ministre François Legault, accompagné du directeur de la Santé publique Horacio Arruda

COVID-19: le brouillard se dissipe, un peu, au Québec [VIDÉO]

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
Le brouillard se dissipe, un peu. On commence à voir la lumière. Sauf que ce n’est pas le bout du tunnel, mais le train du coronavirus qui fonce vers nous. Avec l’annonce de 25 nouveaux décès vendredi, dont une personne âgée dans la trentaine et une autre dans la quarantaine, le Québec commence à prendre la pleine mesure de la menace.

Cette hausse marquée de 36 à 61 morts n’est pas seulement l’affaire de 24 heures, a précisé le premier ministre François Legault, lors de sa conférence de presse quotidienne. «Il y avait une vingtaine de cas qui étaient sous étude depuis une semaine pour savoir est-ce que les personnes sont décédées de la COVID-19 ou non. Ça vient biaiser un peu les résultats.»

N’empêche que trois semaines après avoir déclaré l’urgence sanitaire, le gouvernement et les citoyens du Québec commencent à y voir plus clair.

Après avoir refusé à de nombreuses reprises, le premier ministre Legault, le directeur national de la Santé publique, Horcaio Arruda, et la ministre de la Santé, Danielle McCann, dévoileront mardi les prévisions de l’Institut national de santé publique du Québec.

Ils disent maintenant se sentir assez solides avec les analyses scientifiques pour aller de l’avant dans la publication des scénarios du possible. Du meilleur au pire. En passant par le plus probable.

Le décompte des cas détectés au Québec était de 6101, vendredi.

«C’est clair que c’est une sous-estimation, a reconnu le Dr Arruda. [...] Mais, je ne suis pas capable, à ce stade-ci, de vous dire que pour chaque cas, il y en a 10 autres [infectées] ou pour chaque cas, il y en a quatre.»

Voici des chiffres plus fiables. En plus des 61 (1 %) morts de la COVID-19, 429 malades sont hospitalisés (7 %), dont 122 aux soins intensifs (2 %). Des proportions stables depuis plusieurs jours.

Ce sont ces statistiques que le trio a toujours à l’œil. Limiter le plus possible les décès et faire en sorte que notre système de santé ne devienne pas submergé.

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Noir scénario en Ontario

Vendredi, les Ontariens ont eu droit à leurs quatre vérités de la part de leur premier ministre, Doug Ford.

Pas moins de 1600 morts prédits juste pour le mois d’avril, nombre qui gonflerait à 6000 sans les mesures de confinement actuelles. De 3000 à 15 000 Ontariens perdront la vie d’ici la fin de la pandémie, c’est-à-dire 18 à 24 mois, en continuant de la sorte. Sans mesures, on parlerait de 100 000 morts juste chez nos voisins provinciaux, selon ces prévisions.

«On va vous donner ces chiffres-là. Donc, entre autres le nombre de morts qui sont prévus dans les prochains mois, promet M. Legault. Évidemment, comme Doug Ford l’a fait [remarquer], ce n’est pas une science exacte, c’est plus une espèce de minimum-maximum. On va être très transparent. Je veux donner toute l’information qu’on a. Mais en même temps, il faut être capable de dire aux gens qu’il n’y a pas un chiffre précis.

«On a actuellement plus de mesures que l’Ontario. On a plus de commerces, plus d’entreprises, les chantiers de construction qui sont fermés. Je pense, oui, c’est une décision qui fait mal à l’économie, mais c’est une décision qui va sauver des vies», réitère le premier ministre.

Avec 61 décès, le Québec se situe un peu au-dessus d’un taux de sept morts par million d’habitants (7,2). L’Ontario, juste en dessous (6,7).

«Quand on regarde en Europe. Si on regarde par million d’habitants, on a des pays qui ont eu beaucoup de décès, par exemple, l’Italie [230], l’Espagne [214]. Puis à l’autre opposé, on a des pays, en particulier l’Allemagne [10], où il y a eu beaucoup moins de décès par million d’habitants. Puis au milieu, il y a la France [60], le Royaume-Uni, qui se situent entre les deux.

«Nous, évidemment, on va essayer de se rapprocher des mesures et des résultats de ce qui est arrivé en Allemagne, poursuit le premier ministre. [...] Ce ne serait pas juste de comparer avec l’Europe, parce que l’Europe a commencé [l’épidémie] avant nous. Mais il reste qu’on a beaucoup moins de décès par million d’habitants qu’aux États-Unis [18]. Ça veut dire que pour l’instant, les résultats, minimiser le nombre de décès, ça marche. Ça fonctionne.»

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L’armée, pas pour l’instant

On a beaucoup parlé de la pénurie possible de certains articles de protection médicale. Vendredi, la réserve du Québec était bonne pour huit jours.

Mais plus que cela, ça va prendre des têtes et des bras. Les services essentiels seront-ils débordés?

Le gouvernement canadien a autorisé une division de Rangers de l’armée canadienne à intervenir dans le Nord-du-Québec, au Nunavik, où ils étaient déjà postés.

Plus au sud, les policiers reçoivent une explosion de dénonciations, courent les rassemblements illégaux — ils le sont tous —, multiplient les barrages routiers et doivent maintenant composer avec la saison des inondations, déjà commencée en Beauce.

«On ne pense pas avoir besoin de l’armée canadienne, mais si éventuellement, on pense que c’est utile d’avoir l’armée canadienne, on va demander l’armée canadienne», a affirmé M. Legault, laissant la porte toujours un peu plus ouverte.

Même chose pour le recours au traçage par géolocalisation des téléphones cellulaires des gens pour s’assurer du respect des consignes. La Sûreté du Québec y travaille. Pas question encore pour le gouvernement d’utiliser cette méthode, mais pas exclu non plus si «la situation était différente dans une semaine ou dans deux semaines».