Sylvie Gravel, propriétaire de la boutique Les Folies du cœur, avait mis à pied ses employés en pensant que ses ventes dégringoleraient lorsque le gouvernement du Québec a annoncé les mesures de confinement. Maintenant, il ne reste plus que sa fille et elle pour répondre à la hausse de la demande.
Sylvie Gravel, propriétaire de la boutique Les Folies du cœur, avait mis à pied ses employés en pensant que ses ventes dégringoleraient lorsque le gouvernement du Québec a annoncé les mesures de confinement. Maintenant, il ne reste plus que sa fille et elle pour répondre à la hausse de la demande.

COVID-19: des sex-shops font des affaires d’or

Marc Allard
Marc Allard
Le Soleil
Les clients entrent un à la fois, reçoivent une dose de Purell obligatoire et n’ont le droit de toucher à rien. Mais ces derniers jours, la boutique érotique Les Folies du cœur, à Québec, fait des affaires d’or.

Ce sex-shop de Charlesbourg devra fermer au plus tard mardi soir à minuit comme tous les commerces non essentiels. Mais depuis que le gouvernement du Québec resserre le confinement, les fidèles ont fait des réserves sur place et sont encore plus nombreux à commander en ligne.

«On n’a pas arrêté deux secondes», dit Sylvie Gravel, la propriétaire de la boutique, qui avait mis à pied ses employés en pensant que ses ventes dégringoleraient. Maintenant, il ne reste plus que sa fille et elle pour répondre à la hausse de la demande. «C’est plus que dans le temps des Fêtes et plus qu’à la Saint-Valentin», dit Mme Gravel.

Alors que les mesures de confinement liées à la COVID-19 plombent de plus en plus l’économie québécoise, certaines entreprises privilégiées profitent au contraire de la crise. À Québec, c’est le cas de plusieurs boutiques érotiques qui voient leurs ventes décupler ces jours-ci, surtout en ligne.

La chaîne Planet X a fermé cinq de six succursales, dont deux dans les centres commerciaux dont le gouvernement a déjà ordonné la fermeture. Jusqu’ici, elle n’a maintenu ouverte que la boutique de la rue Frank-Carrel qui fermera mardi à 17h.

Mais les ventes ont doublé quand même, propulsées par les commandes en ligne. «Il y a un boum», dit Cindy Cinnamon, copropriétaire de Planet X. «Il a fallu que je garde des effectifs juste pour ça», dit-elle. [...] Notre compagnie de livraison en revient juste pas.»

Lundi, c’était le même scénario à la boutique Au 7ième Ciel, sur le boulevard Charest. Une représentante de la boutique est allée porter trois fois plus de commandes en ligne au bureau de poste que d’habitude. «Le monde, vu qu’ils restent à la maison, ça devient plus facile de se faire une petite soirée de couple et d’essayer des petits jeux qu’on ne ferait pas en temps normal», dit Cyndi Gagnon, assistante-gérante à la boutique Au 7ième Ciel.

Ces derniers jours, plusieurs boutiques érotiques ont vu des clients sur place faire le plein de lubrifiant, d’huile à massage et de produits naturels aphrodisiaques. Mais en ligne, ce sont les commandes de jouets sexuels comme les vibrateurs ont explosé.

Du plaisir à la maison

«Quand les gens sont restreints dans leurs libertés, tout de suite ils se garrochent dans le plaisir», dit Cindy Cinnamon, du Planet X.

Avec les restaurants, les bars et les centres commerciaux, certains ont plus d’argent pour pimenter leur vie sexuelle. «Ils dépensent moins ailleurs, alors ils doivent se dire : “On va se gâter”», dit Mme Gravel, de la boutique Les Folies du cœur.

Mais ce n’est pas toutes les boutiques érotiques qui ont pu faire de bonnes affaires en cette période de crise de la COVID-19. Comme de nombreuses entreprises québécoises, certaines ont déjà écopé.

Chez Fantasmes d’Élite, dans Saint-Roch, les fidèles sont venus se ravitailler avant la fermeture, mais les passants ont cessé d’entrer spontanément dans ce commerce de la rue Dorchester, dans Saint-Roch. Chez Lee Love, sur la rue Saint-Jean, où on mise plus sur le service en boutique, les ventes de lingerie ont beaucoup baissé.

Aux Folies du cœur, Sylvie Gravel espère que le commerce en ligne continuera à rouler jusqu’au 13 avril — date jusqu’à laquelle le gouvernement Legault ordonne de fermer toutes les entreprises et tous les commerces.

Mais elle s’estime heureuse d’avoir pu profiter d’un boom ces derniers jours. «Moi, me semble, mes sous je les aurais gardés pour les essentiels. Je ne me serais pas acheté un vibrateur aujourd’hui! Mais les gens sont chez eux, et je pense qu’ils ont juste ça à faire.»