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La lutte contre la COVID-19 passe et continuera de passer par l’obtention d’information juste.
La lutte contre la COVID-19 passe et continuera de passer par l’obtention d’information juste.

Couvrir la pandémie en Outaouais: de précieux témoignages et des gifles virtuelles

Justine Mercier
Justine Mercier
Le Droit
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Au début, on attendait le premier cas. Pas pour souhaiter le malheur de personne, évidemment. Mais juste parce qu’on savait qu’il arriverait plus tôt que tard. Les premières semaines, on se demandait ce qu’on allait bien pouvoir écrire au fil des mois. Puis les histoires ont défilé. L’attente pour les résultats. Les éclosions. L’inquiétude des proches. Les vies perdues. Le poids du manque de personnel. Cette année 2020 que personne n’anticipait comme ça s’achève maintenant, mais la pandémie reste. Il faudra des mois pour vacciner tout le monde.

Ce fut toute une épopée de couvrir l’évolution de la pandémie en Outaouais depuis le mois de mars. C’est le 18 mars que le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) a confirmé le premier cas sur son territoire. La PDG Josée Filion et la Dre Carol McConnery de la santé publique étaient assises côte à côte. Les journalistes, photographes et caméramans étaient dans la salle. Une autre époque, vraiment.

Pendant le confinement du printemps, les cocottes sans école écoutaient le show quotidien de François Legault, de Danielle McCann et du Dr Horacio Arruda. Avec deux parents journalistes, pas trop le choix.

Les entrevues en télétravail, au printemps comme pendant cet été sans camp de jour, étaient parfois interrompues par des « Mamaaan! » ou des « Papaaaa ! ». Mais c’était le lot de bien des gens. Conjuguer le travail et les enfants sans école ou sans garderie.

Pendant tout ce temps, dans le réseau de la santé, ça bougeait. Les gestionnaires faisaient – et font encore – des pirouettes logistiques pour affronter la crise sanitaire. Les demandes de dépistage. Les enquêtes épidémiologiques. Le personnel déjà épuisé à qui des horaires à temps plein ont été imposés. Les patients aux prises avec des complications qu’il fallait hospitaliser sur des lits qu’il fallait au préalable vider. Les décès. Un drame, chaque fois. Pour les proches, pour le personnel soignant, pour la société qui a perdu tant de gens aux mains d’un ennemi invisible, mais tellement vicieux.

De précieux témoignages

Il y a entre autres eu l’histoire de Michel Boulerice. Notre article publié à la suite de son décès, en juin, commençait ainsi : « Dans les statistiques, il était la 32e victime de la pandémie en Outaouais. Dans la vie, il s’appelait Michel Boulerice. Dans l’antichambre de la mort, il n’a pas pu être entouré de ses proches. Mais grâce au dévouement du personnel de l’unité COVID-19 de l’Hôpital de Hull, c’était tout comme. »

Il était la 32e victime de l’Outaouais. Le 23 décembre, le compte a dépassé la barre des 100.

Depuis des mois, les patients, les proches et les membres du personnel qui ont accepté de confier leur histoire aux médias ont permis, comme la famille de M. Boulerice l’a fait, d’humaniser cette crise. D’aller au-delà des statistiques, des chiffres qui s’accumulent chaque jour, des seuils franchis les uns après les autres.

Il y a également eu l’histoire d’Hortense Cousineau, une nonagénaire qui a été privée pendant deux mois et demi du contact si précieux avec sa fille Monique. Coincée dans une unité rouge du CHSLD Lionel-Émond, Mme Cousineau a pu en sortir juste avant son 92e anniversaire. Le personnel l’a appelée la « miraculée » du Foyer du Bonheur.

Les employés du CISSSO ont aussi rendu hommage à l’un des leurs, Sylvain Roy, infecté au boulot, dont la vie a pris fin à 56 ans. Un cœur qui s’est arrêté de battre après s’être dévoué pour les résidents du CHSLD Lionel-Émond dont il prenait soin. « Il aimait les patients et les patients l’adoraient », avait souligné la présidente de son syndicat, Josée McMillan.

Des gifles virtuelles

Et pendant que ces cœurs arrêtent de battre les uns après les autres, des commentaires sur les réseaux sociaux lancent de violentes gifles virtuelles aux proches des disparus, aux travailleurs du réseau de la santé, aux politiciens, aux journalistes. Le virus qui soi-disant n’existe pas. Les médecins qui cocheraient COVID au lieu de la « cause réelle » d’un décès.

Ces commentaires, aussi, accusent les médias de cacher des informations volontairement. Si seulement les gens savaient à quel point nous posons des questions pour en savoir toujours plus, pour fournir des informations fiables de la manière la plus détaillée possible. Mais chaque question ne génère pas automatiquement une réponse pertinente.

Cela ne nous décourage pas pour autant. Au Droit, nous continuerons de couvrir la pandémie et tout ce qui l’entoure, tant et aussi longtemps que cette crise ne sera pas derrière nous. Nous continuerons de poser des questions, de faire de longues journées, de rapporter et d’illustrer ce que vivent ou disent les patients, les travailleurs de la santé, les gens d’affaires, les citoyens.

L’avenir est à ceux qui luttent. Telle est la devise du Droit depuis plus de 107 ans. Et la lutte au virus passe inévitablement par l’obtention d’information juste.