Patricia Rainville
Ma mère et moi, lorsqu’il était encore naturel de se coller pour prendre une photo, lors d’une balade à Sainte-Rose-du-Nord, à l’été 2019. 
Ma mère et moi, lorsqu’il était encore naturel de se coller pour prendre une photo, lors d’une balade à Sainte-Rose-du-Nord, à l’été 2019. 

Correspondance entre une mère et une fille journaliste

CHRONIQUE / Échange épistolaire entre la journaliste Patricia Rainville, et sa mère, Andrée Rainville.

BONNE FÊTE MA PETITE MAMAN CONFINÉE

Ma chère petite maman (elle aime ça, lorsque je l’appelle comme ça),

C’est ta fête aujourd’hui. Une journée que tu partages avec toutes les mamans du monde. Une journée qui sera bien différente cette année. La fête des Mères 2020 ne sera sans doute pas ta préférée, comme elle ne le sera pas pour beaucoup de mamans, qui la passeront malheureusement seules.

De ta tour d’ivoire montréalaise, j’espère que tu seras tout de même gâtée. Gâtée d’attentions, de téléphones et de messages virtuels. Probablement que mon frère, ton aîné, ira te dire bonjour. Tu pourras lui envoyer des becs soufflés du haut de ton balcon. Il est chanceux, mon frère. Il ne vit pas trop loin de chez toi. Et tu es chanceuse de l’avoir, aussi, lui qui prend soin de faire toutes tes commissions depuis que le virus s’est invité dans nos vies. Et moi, bien égoïstement, ça me rassure qu’il ne soit pas trop loin.

Parce que moi, ta cadette, je suis encore coincée dans ma région. Impossible, donc, d’aller te souhaiter bonne fête en personne ni faire tes emplettes. On ne s’est pas vues en personne depuis Noël. Tu sais, à l’époque où c’était encore naturel de se corder huit sur un divan deux places parce qu’on était contents de se voir. Noël, ça commence à faire long. J’attendais que le printemps se pointe pour aller te visiter. J’avais planifié une petite semaine de vacances pour allée te voir, à la mi-avril. Bien entendu, cette visite est tombée à l’eau. La métropole devra attendre. Le printemps est arrivé en même temps que la pandémie. Ça m’apprendra.

Je me console, puisque je ne suis pas la seule à me sentir si loin et si impuissante. Mais j’admets qu’en ce jour de fête des Mères, ce sentiment d’impuissance est encore plus puissant. C’est bien beau, les FaceTime et les cadeaux par la poste, mais ça ne remplace pas une petite visite en personne, même à deux mètres de distance. Tu me l’as bien dit récemment.

T’inquiète pas, je ne dévoilerai pas ton âge en direct dans le journal. Mais tu fais partie de la clientèle vulnérable des 60 ans et plus. Ça, je crois que j’ai le droit de le dire, non?

Je pense que ça t’énerve un peu d’être considérée comme un être vulnérable face à un danger invisible. On s’est même un peu chicanées, il y a quelques semaines, lorsque je t’ai dit que ce n’était pas une bonne idée d’aller faire tes emplettes toi-même. C’est bizarre, tout de même, pour une enfant, de faire la morale à sa mère. Et pour une mère de devoir s’expliquer de simplement vouloir sortir un peu de sa tour d’ivoire. Juste pour voir du monde. Juste pour respirer un peu.

Lorsque j’étais petite, je prenais soin de te fabriquer de «belles cartes», que je glissais sous la porte de ta chambre avant que tu ne te lèves. Je me risquais parfois à te préparer un déjeuner de la fête des Mères que je t’apportais dans ton lit. Rien de bien élaboré, mais c’était une attention que tu aimais beaucoup, il me semble. Cette tradition a évidemment pris le bord à l’adolescence, puisque je me levais à midi, mais j’ai toujours essayé de te surprendre un peu pour souligner la fête des Mères. Cette année sera bien différente. Je t’aurais bien fabriqué quelque chose de circonstance, mais mes talents en couture son limités. Tu n’auras donc pas de joli masque de mon cru. Je m’en excuse!

J’envie ces enfants qui pourront aller déposer un petit paquet sur le pas de la porte de leur maman, en les embrassant à deux mètres de distance.

Les barrages routiers n’ont pas été levés à temps pour que je te fasse cette surprise. Je me dis que, bientôt, ce sera possible.

Mais d’ici là, il me semble que le virus aurait pu faire une trêve, le 10 mai. Juste pour que les mamans puissent prendre leurs enfants, petits ou grands, dans leurs bras.

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MÈRE AU TEMPS DE LA PAMDÉMIE

Qui aurait cru, d’abord à une pareille histoire qu’une pandémie mondiale ?

Adepte de science-fiction, j’avais lu des scénarios, ma foi tout à fait plausibles et crédibles. Mais, c’était ailleurs, dans une autre dimension, pas avec du vrai monde que je connais.

Et comme je vis à Montréal et que mes trois enfants vivent dans trois villes différentes, mon fils Christian à Montréal, ma fille aînée Nadia à Québec, et la dernière, Patricia, dans ma région natale, je vois arriver la fête des Mères avec un pincement au cœur.

Pas qu’on se voyait nécessairement pour l’occasion, 250 km et 500 km, c’est pas la porte d’à côté, mais la fête des Mères est sans doute la journée qui me touche le plus, et être dans l’impossibilité de se voir en vrai, ça chagrine, disons cela ainsi.

Ah la COVID et son confinement assorti, penser que même si on pouvait, on ne pourrait.... Pas de bisou sinon à la volée du bout des doigts, pas d’étreinte sinon par un geste de nos propres bras nous enlaçant comme si c’était l’autre, pas de caresse dans les cheveux. À deux mètres au plus près, et via texto, Internet, ou mieux le téléphone avec binette (j’aime pas le mot anglais).

On peut donc s’envoyer de l’amour, oui quand même avec la technologie la coupure n’est pas totale !

Et les mots, ah les mots je m’y connais. Ça fait que je profite de cet espace dans ce journal que j’aime toujours autant pour envoyer un petit message coronavirusien à ma fille dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Elle s’y connaît aussi en mots, ma fille. 

Andrée Rainville

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CHÈRE COVIDÉE DU SAGUENA-LAC_SAINT-JEAN

Patricia chérie,

Ça me fait bizarre cette année de penser que même si on s’était programmé un p’tit voyage pour la fête des Mères, eh bien on ne pourrait pas. Mais je te lis, ma fille, depuis ton confinement, à ton poste de télétravail, on dirait que tu as mille yeux, mille oreilles ! Tes doigts doivent courir de façon vertigineuse sur le clavier pour pondre tous ces articles, témoignages, y mettant aussi beaucoup du tien dans tes billets d’humeur.

C’est la fête des Mères, ce dimanche. Comme tu m’as déjà envoyé un colis, lecture et friandise, je me suis dit que c’est à mon tour de te dire que je suis fière de toi, du travail que tu fais pendant cette drôle d’étape de coronavirus. Tu traduis ce que pensent les autres, tu vas chercher le mieux des gens, tu allumes des yeux, tu soulignes le courage.

Une belle job que tu fais là, ma fille ! C’est peut-être la fête des Mères, mais célébrer leurs enfants fait aussi partie de la fête des Mères. On est mère parce qu’on a des enfants, quoi !

Voilà, ma chérie, mon bébé. Avec ton grand frère à Montréal et ta grande sœur à Québec, je joins en pensée nos mains, on se fait un beau quadrilatère d’amour !

Bisou de Montréal, de confinée à confinée,

Maman