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Les autorités ont ouvertement critiqué les travaux qui ont été effectués sur la corniche du bâtiment abritant le café-bar Aux 4 jeudis. Sur cette photo, on voit la nouvelle corniche.
Les autorités ont ouvertement critiqué les travaux qui ont été effectués sur la corniche du bâtiment abritant le café-bar Aux 4 jeudis. Sur cette photo, on voit la nouvelle corniche.

Corniche du 4 jeudis: Gatineau perd patience face au propriétaire

Mathieu Bélanger
Mathieu Bélanger
Le Droit
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Pas de son, pas d’image. C’est essentiellement la stratégie que le propriétaire du café-bar Aux 4 jeudis, Alex Duhamel, sert depuis des mois à la Ville de Gatineau qui tente d’entrer en contact avec lui pour régler le dossier de la démolition illégale, il y a un an, de la flamboyante corniche patrimoniale qui trônait sur le toit de son immeuble.

Ce qui a été qualifié de sacrilège patrimonial et vivement dénoncé par le maire Maxime Pedneaud-Jobin et les défenseurs du patrimoine à la suite d’un article du Droit, le printemps dernier, demeure pour l’instant impuni. Cette altération du bâtiment était complètement proscrite par la réglementation municipale. De tels travaux auraient nécessité une approbation du conseil municipal et l’obtention d’un permis forçant le respect de la valeur patrimoniale des lieux. M. Duhamel n’a rien fait de tout ça et la nouvelle corniche n’a absolument rien de la superbe de l’ancienne.

L'ancienne corniche

La Ville a tenté une approche conciliante pour convaincre M. Duhamel de réparer son erreur, mais en vain. « Un avis d’infraction a été envoyé, par la poste, au propriétaire, le 12 mai 2020, note Rachel Rivard, porte-parole de la Ville de Gatineau. Plusieurs suivis ont été effectués au cours de l’été et de l’automne, mais le propriétaire n’a jamais fait de retour. En novembre, la Ville a réussi à parler de la situation avec un représentant du propriétaire, mais depuis cet échange aucune communication n’a eu lieu. En l’absence de retour du propriétaire, la Ville évalue maintenant les recours possibles en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel. »

Le conseiller du centre-ville, Cédric Tessier, qualifie la situation de « vraiment désolante », et reconnaît qu’il est temps pour la Ville d’évaluer ses recours légaux. « On a présumé de la bonne foi du propriétaire, mais là, on n’est plus à cette étape-là, disons que nous ne supposons plus de sa bonne foi », a-t-il affirmé au Droit. M. Tessier dit avoir encore espoir de revoir un jour la corniche sur le toit de l’ancienne épicerie Laflèche, mais affirme ne pas savoir ce qu’il est possible de faire légalement pour la Ville dans ce dossier.

La présidente de la Commission des arts, de la culture, des lettres et du patrimoine, Isabelle N. Miron, reconnaît aussi ne pas savoir ce que la Ville peut faire dans ce dossier précis. « C’est délicat, dit-elle. Je nous verrais mal refaire la corniche et lui envoyer la facture, dit-elle. Ça créerait un précédent si on commence à faire ça. On s’embarquerait dans toute une galère. » Mme Miron plaide plutôt pour une approche réglementaire plus dure dès le départ.

Pourtant, un article de la Loi sur le patrimoine culturel permet bel et bien à la Ville de Gatineau d’exécuter elle-même les travaux et de refiler la facture au propriétaire fautif. Il lui suffit d’obtenir l’autorisation de la Cour supérieure du Québec. Le coût des travaux devient alors une créance prioritaire sur l’immeuble dont le montant est garanti par une hypothèque légale.

La Société d’histoire de l’Outaouais (SHO) est d’avis que la Ville de Gatineau ne peut pas se permettre de ne pas agir dans ce dossier. « C’était l’une des plus belles corniches de la Ville et sans aucun doute la plus belle du secteur, note le président de l’organisme, Michel Prévost. Elle était identifiée dans le Répertoire des biens culturels du Québec. Elle avait même été restaurée grâce à de l’aide financière de la Ville, donc avec l’argent des contribuables. Les élus ne peuvent pas laisser passer cette destruction au cœur du site Kent-Laval-Aubry qui est protégé en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel du Québec. La Ville enverrait alors un message aux autres propriétaires négligents que l’on peut altérer des bâtiments historiques situés dans un site du patrimoine en toute impunité. Ce serait un message vraiment destructeur pour la préservation à long terme de notre patrimoine bâti. À quoi bon se battre bec et ongles pour la création d’un site du patrimoine, si par la suite la Ville n’agit pas pour faire respecter ses propres règlements en matière de patrimoine. L’inaction dans ce dossier s’avérerait très préoccupante pour le nouveau site du patrimoine du Quartier-du-Musée, où l’on trouve aussi des corniches remarquables qui embellissent le secteur. »