Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Luc Gauthier et Jules Laforge sont des résidents de la montée Chauret, dans l’est de Gatineau.
Luc Gauthier et Jules Laforge sont des résidents de la montée Chauret, dans l’est de Gatineau.

Contestation à Gatineau: «Nos droits sont complètement bafoués par la Ville»

Mathieu Bélanger
Mathieu Bélanger
Le Droit
Article réservé aux abonnés
Un peu de respect. C’est tout ce que demandent à leur Ville une poignée de résidents de la montée Chauret, dans l’est de Gatineau. Le respect de leurs droits et la possibilité de jouir d’une qualité de vie honorable sans être pris d’assaut par des activités industrielles lourdes à quelques mètres de leurs maisons. Voilà ce qui pousse ces gens à se tourner vers la Commission municipale du Québec (CMQ) pour tenter de faire entendre raison à la Ville de Gatineau.

N’ayant pas les moyens de se payer les services d’un avocat pour les représenter devant ce tribunal administratif, ces citoyens ont peu d’espoir de faire le poids devant l’équipe juridique qui sera déployée par la Ville de Gatineau pour l’occasion. Ce qu’ils souhaitent surtout, c’est que leur désespoir soit entendu.

La plupart des résidents de la montée Chauret sont là depuis plus de 35 ans. Certains y sont depuis plus de 60 ans et habitent aujourd’hui la maison construite par leurs parents. Ils sont conscients que derrière leur cour se trouve un terrain zoné industriel depuis au moins 1985, mais ils croyaient profiter à jamais d’une zone tampon de 150 à 200 mètres qui permettrait d’éloigner toute activité lourde de leur résidence.

C’est ce qu’ils croyaient.

C’est lors de l’arrivée de l’entreprise Démolition et excavation L. Piché & fils sur le terrain industriel, il y a quelques années, que les résidents de la montée Chauret ont commencé à se poser des questions.

Concasseur à béton

Ils n’étaient nullement inquiets parce que jusqu’en 2017, il n’y avait aucune activité industrielle sur ce site. Même qu’en 2008, alors que la Ville de Gatineau songeait à installer un centre de compostage dans le secteur, la directrice du service de l’urbanisme, Marie-Claude Martel, dans une lettre dont Le Droit a obtenu copie, avisait les résidents qu’ils n’avaient rien à craindre, que l’éventuelle infrastructure serait installée à au moins 500 mètres de leur résidence afin de préserver leur qualité de vie. Le projet n’a cependant jamais vu le jour. Le compost des Gatinois est toujours envoyé à Moose Creek, dans l’Est ontarien.

Documents techniques et réglementaires à l’appui, les résidents allèguent que la zone tampon devant les protéger existait bel et bien dans les plans de l’ancienne Ville de Gatineau. C’est lors de l’arrivée de l’entreprise Démolition et excavation L. Piché & fils sur le terrain industriel, il y a quelques années, que les résidents ont commencé à se poser des questions. Pourquoi cet entrepreneur pouvait empiler des tonnes de rebuts de construction et concasser du béton à quelques mètres de leurs résidences sans que la Ville daigne intervenir? Les résidents se sont déplacés en personne au conseil municipal, en 2017, pour alerter les élus de cette situation qui, à leurs yeux, n’avait aucun sens. Les médias en avaient alors fait brièvement mention. Ils sont repartis avec plus de questions qu’en arrivant.

Jules Laforge est résident de la montée Chauret.

Froid dans le dos

Dans les mois qui ont suivi, ils ont compris qu’ils n’allaient pas pouvoir compter sur leur ville pour défendre leurs droits dans ce dossier. Pire, de fil en aiguille, à coup de demandes d’accès à l’information, de consultation de documents réglementaires complexes et d’effort de compréhension, ils sont convaincus d’avoir découvert quelque chose qui leur donne, encore aujourd’hui, froid dans le dos.

«L’entrepreneur industriel est dans son droit et bénéficie de toutes les autorisations nécessaires de la Ville pour opérer, explique Jules Laforge, un résident de la montée Chauret. J’ai cependant fini par comprendre que la zone tampon devant nous protéger existe toujours, mais qu’elle a été changée de place pour favoriser l’activité industrielle sans que personne n’en soit avisé, en 2005. À l’époque, la zone tampon partait de notre ligne de propriété et s’étendait dans la zone industrielle. Sans qu’on sache pourquoi, en 2005, cette zone a changé de côté. Aujourd’hui, ce sont nos maisons qui sont dans la zone de protection. C’est nous qui sommes dans les jambes. Les activités industrielles peuvent donc se faire à quelques mètres de nos résidences. Nous avons compris ça il y a deux ans, 15 ans après la modification.»

L’insulte à l’injure pour les résidents de la montée Chauret est venue lors de l’adoption, en novembre dernier, du nouveau règlement d’urbanisme. La Ville, pour être en conformité avec son schéma d’aménagement, a modifié le zonage du secteur, le faisant passer de résidentiel à commercial léger. Aux yeux de ceux qui habitent le secteur depuis des décennies, il s’agit d’une aberration totale.

Luc Gauthier et ses voisins estiment que la Ville de Gatineau ne les traite pas comme des citoyens à part entière.

«La Ville ne nous traite pas comme des citoyens à part entière, se désole Luc Gauthier, un autre résident de la montée Chauret. Plutôt que de prendre les moyens de protéger son monde, la Ville fait tout pour favoriser de manière abusive les activités industrielles. Nos droits de propriétaires sont complètement bafoués. On tente par des mesures réglementaires de nous tasser, comme si on était dans le chemin, alors que nous vivons ici depuis des décennies. Le résultat, c’est que maintenant nous avons un centre de tri de rebuts de construction et du concassage de béton juste derrière chez nous, sans aucune zone de protection. Ça n’a aucun sens de nous faire ça. On a toutes les raisons de crier à l’injustice. C’est dans l’intérêt de qui ou de quoi tout ça? Certainement pas dans le mien ni celui de mes voisins.»