Les jeunes conducteurs de 21 ans et moins, les conducteurs débutants et les conducteurs commerciaux seraient ciblés par la règle de la tolérance zéro.

Conduite sous les effets du cannabis : l'Ontario vise les jeunes

L'Ontario compte appliquer dès l'an prochain, en vue de la légalisation de la marijuana au pays, une tolérance zéro pour les jeunes conducteurs de 21 ans et moins en matière de conduite avec les facultés affaiblies par la drogue. Un renforcement des lois, aussi louable soit-il, qui est plus facile à appliquer en théorie qu'en pratique, disent les experts.
Accompagnée du ministre des Transports Steven Del Duca, la première ministre Kathleen Wynne a annoncé lundi qu'un projet de loi qui augmentera la sévérité des sanctions sera déposé cet automne à Queen's Park. À la fois le montant des amendes et la durée de suspension des permis de conduire seraient augmentées pour un tel délit. Le montant du constat d'infraction serait aussi haussé pour les conducteurs qui échouent à un test d'alcoolémie ou encore refusent de s'y soumettre. 
En plus des conducteurs de 21 ans et moins, à la fois les conducteurs débutants et les conducteurs commerciaux seraient ciblés par la règle de la tolérance zéro.
Selon l'avocat et professeur en criminologie à l'Université d'Ottawa, Eugene Oscapella, il est clair qu'on ne peut pas être contre la vertu et que cette décision mérite d'être saluée.
« Les conducteurs les moins expérimentés, surtout les jeunes hommes, sont parmi les pires conducteurs, alors quand on ajoute à tout cela l'effet des drogues ou de l'alcool, ça devient problématique. C'est donc une bonne politique en ce sens, sauf que le véritable enjeu, c'est la question du dépistage. Un test peut détecter la présence de drogue alors que la personne a consommé la veille. Ça ne dit rien sur la capacité à conduire. Les effets nocifs et affaiblissants ont probablement disparu après quatre ou six heures », dit-il.
M. Oscapella rappelle que ce n'est pas simplement une loi qui permettra d'améliorer la situation et le bilan routier, mais l'éducation.
« Au fil des ans, nous n'avons pas mis beaucoup d'efforts sur l'usage intelligent et sécuritaire du cannabis étant donné qu'il a été illégal pendant si longtemps », ajoute-t-il.
De son côté, la professeure en criminologie à l'Université d'Ottawa Line Beauchesne abonde dans le même sens mais croit que les gouvernements devraient d'abord et avant tout miser sur le test de sobriété normalisé (TSN), qui consiste à ce que le policier demande sur-le-champ au conducteur intercepté d'effectuer des exercices (marcher, se tenir sur une jambe, etc.) prouvant s'il a ou non les capacités affaiblies.
« En ce moment, avec des tests de salive, il y a trop de variables pour que ce soit valide en cour. Et avec les tests sanguins, avec le délai entre moment de l'arrestation et l'arrivée à l'hôpital, c'est ridicule comme procédure. [...] On agit comme s'il y avait de bonnes et de mauvaises conduites avec les facultés affaiblies. On s'acharne à dépenser des millions pour de nouveaux tests, mais peu importe la raison, si quelqu'un n'a pas les réflexes pour être derrière le volant, il ne devrait pas se retrouver sur la route. Si quelqu'un a un test négatif à l'alcool et à la drogue mais qu'il échoue son TSN, va-t-on lui dire de poursuivre sa route ? », affirme-t-elle.
À son avis, les autres provinces devraient s'inspirer par exemple du modèle de la Colombie-Britannique, qui privilégie les sanctions administratives plutôt que pénales, une méthode « plus efficace et plus facile pour former les policiers », juge-t-elle.
Le gouvernement fédéral doit approuver un appareil d'analyse et établir des niveaux de détection au cours des prochains mois. 
En Ontario, 29% des décès sur la route en 2014 étaient liés à la conduite avec les facultés affaiblies par l'alcool ou la drogue. 
Le gouvernement ontarien a été le premier, la semaine dernière, à annoncer son plan pour gérer la distribution et la vente de marijuana récréative, qui deviendra légale le 1er juillet prochain. Le cannabis sera vendu dans des magasins exploités par la LCBO, mais distincts des magasins de la Société d'État. La limite d'âge des clients a été fixée à 19 ans.
Avec La Presse canadienne