Régine Laurent

Commission Laurent: des familles d’accueil dénoncent le manque de soutien

MONTRÉAL - Devant la Commission Laurent sur la protection de la jeunesse, jeudi, des familles d’accueil ont livré un témoignage touchant sur le manque de reconnaissance auquel elles sont confrontées, le manque d’écoute de la part des établissements du réseau des services sociaux et le manque d’outils pour les épauler.

Pourtant, ces familles - qui sont en nombre insuffisant - sont celles qui reçoivent des enfants du système de protection de la jeunesse dans le but d’aider. Elles sont le dernier recours.

«Leur travail, ce n’est pas de taper sur les doigts de mes familles», a lancé Geneviève Rioux, présidente de la Fédération des familles d’accueil et ressources intermédiaires du Québec devant la commission présidée par Régine Laurent.

La Fédération représente 2500 familles d’accueil qui reçoivent 5000 enfants «dans leur coeur et dans leur maison», a précisé Mme Rioux.

Elle a notamment déploré les règles de confidentialité trop strictes, qui font que les familles d’accueil ne sont pas informées du passé de l’enfant qu’elles acceptent dans leur maison. Elles ignorent si un enfant qui leur a été confié a été agressé sexuellement, par exemple. Or, cela peut changer les façons d’interagir avec lui, au moment de lui donner un bain, par exemple, a illustré Mme Rioux. Ces familles doivent être mieux informées, si elles sont de véritables partenaires du réseau, a-t-elle plaidé.

Mme Rioux a relaté le cas d’un enfant qu’elle a accueilli et qui lui demandait souvent ce qu’elle ferait si les «voleurs» venaient dans la maison. Elle a fini par comprendre que cet enfant avait souvent été déplacé de famille d’accueil et que, par l’expression «voleurs», il voulait identifier les intervenants sociaux qui le déplaçaient.

Parce qu’elles ont peu d’outils pour s’occuper de ces jeunes, également, en plus d’avoir peu d’informations sur le passé des enfants, ces familles d’accueil doivent apprendre «à tâtons». Elle affirme que les établissements du réseau soutiennent que les familles d’accueil sont des partenaires, mais qu’elles ne sont pas traitées comme telles.

Dans un échange avec le vice-président de la commission, André Lebon, Mme Rioux a attribué une partie des difficultés vécues à la disparition des «intervenants ressources», qui facilitaient les communications avec le réseau, et à la syndicalisation des familles d’accueil.

Et le vice-président Lebon était d’accord avec plusieurs de ses observations. «La loi est venue vous définir comme des PME syndiquées qui offrent un contrat de service avec un client qui s’appelle l’établissement. Le problème: il est là. On ne parle plus de partenariat; on parle d’une entente contractuelle avec un client. Et le seul pouvoir de l’établissement, c’est de dire «vous ne faites pas votre job». Ça a changé toute la dynamique. Est-ce qu’on va la dénoncer ensemble cette loi-là?» a demandé le commissaire Lebon.

«Non, vous ne vous trompez pas», a répliqué Mme Rioux.

Voix des jeunes

Avant cette fédération, le groupe Accès au droit et à la justice a déploré le manque de voix des jeunes dans le système de protection de la jeunesse et dans leur accès à la justice.

Les jeunes ne connaissent pas leurs droits, a constaté Valentine Fau, porte-parole de ce groupe. L’approche est trop «adulto-centrée» et doit être remise en question. Personne ne prend le temps d’expliquer le système de protection de la jeunesse aux jeunes qui vivent dans ce système.

Mme Fau estime que les intervenants sociaux devraient être «un relais essentiel» en la matière, en informant les jeunes de leurs droits. Or, plusieurs travailleurs sociaux soulignent qu’ils manquent de formation juridique en la matière. Et ceux qui ont cette formation juridique, à savoir les avocats et les juges du système de protection de la jeunesse, eux, n’ont pas la formation en travail social. Mme Fau a donc plaidé pour un partage de connaissances entre les professionnels dans ce secteur.

Elle croit que même les jeunes entre eux peuvent partager leurs apprentissages. Quand on dit à un jeune «tu fais ça, c’est tout», il a tendance à se braquer. Mais s’il participe à un projet, s’il le «co-construit», cela favorisera son épanouissement et son apprentissage de l’autonomie, a-t-elle expliqué.

La semaine prochaine, la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse se déplacera à Sept-Îles pour y tenir trois journées d’audiences. Elle reviendra par la suite à Montréal le 26 novembre.