Comment soutenir le mouvement anti-racisme en tant qu’allié ?

Émilie Pelletier
Émilie Pelletier
Initiative de journalisme local — Le Droit
TORONTO — Vous n’êtes pas Noir, mais vous voulez soutenir le mouvement anti-racisme ? Le Droit a consulté des experts pour leur demander quelles actions concrètes peuvent prendre les alliés dans le combat contre le racisme, sans pour autant s’approprier l’espace dont les Noirs ont besoin pour se faire comprendre. Voici ce qu’ils avaient à dire.

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Laura Mae Lindo, députée de Kitchener-Centre

« Ayez des conversations entre personnes blanches. Ça donne une seconde aux personnes de couleur pour respirer.

Les personnes noires sont en deuil, actuellement. Parlez-vous entre vous et reconnaissez ensemble que beaucoup de personnes de couleur ne vont pas assez bien pour aider, en ce moment. Nous avons vécu un traumatisme en regardant cette vidéo de la mort de George Floyd aux mains d’un policier blanc. »

« Quand vous remarquez l’existence de problème lié au racisme, utilisez votre voix. Écrivez des lettres aux élus, mettez de la pression sur les gouvernements pour forcer le changement. »

Boulou Ebanda De B’Beri, professeur en communication à l’Université d’Ottawa

« C’est une pandémie, ce qui se passe, donc soutenir vos collègues d’autres cultures, c’est engager le dialogue. Se mettre dans une position d’empathie. Je n’ai pas besoin de votre sympathie, j’ai besoin de votre empathie. Q

Quand quelqu’un vous dit que la paire de chaussures qu’il porte lui fait mal, il faut accepter de mettre les chaussures de l’autre, pour le savoir, pour comprendre, ouvrir ses oreilles et son cœur et accepter les difficultés de l’autre. Mets-toi à son niveau d’abord, avant de le juger. »

Michael Coteau, député de Don Valley-Est
« N’ayez pas peur de sortir de vos limites naturelles pour faire une différence. Quand nous embauchons quelqu’un, par exemple, nous embauchons à partir de nos propres cercles, nos propres réseaux.

Le député de Don Valley-Est, Michael Coteau

N’ayez pas peur d’en sortir, d’explorer de nouvelles communautés, qui peuvent avoir des défis socio-économiques, mais créez des liens, des ponts entre les communautés. Tentez de trouver des moyens de connecter et de créer plus d’opportunités. Vous faites partie de la solution, peu importe votre race. Quand votre voisin noir se porte bien, vous vous portez bien en tant qu’individu.

Quand le jeune noir de 15 ans réussit bien à l’école, c’est vous qui allez en tirer les bénéfices, lorsque vous irez à la retraite, et que plus d’impôts pourront aller dans le système de la santé. Mieux nous sommes en tant qu’individus, mieux nous serons en tant que communauté. Nous ne sommes pas aussi séparés que nous le pensons. »

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COVID-19: Les minorités visibles sont-elles plus à risque?

Les personnes de couleur sont-elles plus à risque de contracter la COVID-19 ? Impossible de le savoir. En Ontario, les données ne prodiguent pas les détails à propos de la race des personnes infectées par le virus. Mais les experts s’entendent sur l’importance de la collecte de ce type de données.

Les partis d’opposition de l’Ontario demandent au gouvernement Ford de faire la collecte de données liées à la COVID-19 basées sur la race depuis le début de la pandémie.

Le premier ministre Doug Ford a déclaré, à la fin avril, qu’il « ne croit pas » aux données basées sur la race. 

Mais « les faits sont les faits, juge la porte-parole anti-racisme du Nouveau parti démocratique (NPD) de l’Ontario, Laura Mae Lindo. Peu importe si le premier ministre choisit de les croire, oui ou non. »

Ce type de données a fait ses preuves, ailleurs dans le monde. Grâce à la collecte de données basées sur la race faite aux États-Unis, par exemple, il a été possible de prouver que les Afro-Américains et les peuples autochtones sont parmi les plus durement touchés.

L'Ontario ne fait pas la collecte de données basées sur la race lorsqu'un de ses résidents passe un test de dépistage de la COVID-19.

Cette semaine, la cheffe du NPD de l’Ontario, Andrea Horwath, a sommé le gouvernement Ford d’émettre un décret d’urgence afin de commencer immédiatement la collecte de données basées sur la race. 

Le député libéral Michael Coteau a pour sa part envoyé une lettre au gouvernement Ford, il y a trois semaines, pour lui demander la même chose. 

Selon lui, ces données aideraient à comprendre encore mieux le problème du racisme systémique dans les différentes sphères de la société. « C’est carrément de l’ignorance de croire que le racisme systémique n’existe pas en Ontario. [...] Au Canada, nous avons aussi eu des événements tragiques qui ont pris place, des événements qui continueraient d’être représentés à travers les données, si on pouvait commencer à les collecter. Espérance de vie, situation économique, niveaux d’éducation, protection de l’enfance, le système de justice... Le racisme systémique est enraciné dans tous ces éléments de notre vie. »

Des changements possibles

La province a finalement permis cette semaine à certains bureaux de santé régionaux d’en faire la collecte. La santé publique de Toronto, par exemple, a commencé le processus de développement de son propre système pour amasser de nouveaux ensembles de données sur la COVID-19, y compris des données basées sur la race.

Le gouvernement Ford a aussi mis sur pied une nouvelle plateforme de données sur la pandémie de COVID-19. Pas de détails, toutefois, quant à la collecte de données basées sur la race.

Quand on demande au professeur en communication de l’Université d’Ottawa, Boulou Ebanda De B’Beri, quels seraient les effets d’une telle collecte, il répond avec une autre question : « C’est quoi l’effet de savoir que les femmes gagnent moins que les hommes, quand elles font le même travail ? »

« On va traiter cela comme une injustice et on va essayer de changer les choses. » 

Les experts s’entendent pour dire que le fait de savoir où sont les « points chauds » de la COVID-19 quant à la race permettrait notamment au gouvernement de mieux cibler et diversifier les ressources. 

Alors pourquoi ne fait-on pas déjà la collecte de données basée sur la race, et ce, depuis le début de la crise du coronavirus ? 

« Parce que les données basées sur la race nous font honte. [...] Surtout comme société canadienne qui se dit ouverte, multiculturelle, on n’aime pas se faire dire qu’on a été injuste », juge le professeur Ebanda de B’Beri. 

Par ailleurs, la législation ontarienne ne permet pas à la province de cibler les différentes minorités quant aux données amassées par la santé publique.