Mégan Mathieu, une élève de 12e année de l’école Le Sommet, à Hawkesbury.
Mégan Mathieu, une élève de 12e année de l’école Le Sommet, à Hawkesbury.

Commémorer les femmes et les filles autochtones disparues ou assassinées, un mot à la fois

Ani-Rose Deschatelets
Ani-Rose Deschatelets
Le Droit
Faire d’un projet d’art scolaire une oeuvre revendicatrice qui dénonce la violence faite aux femmes des Premières Nations, c’est exactement ce qu’a créé Mégan Mathieu, une élève de 12e année de l’école Le Sommet, à Hawkesbury.

L’oeuvre finale, complétée à l’encre de Chine, présente Pocahontas, figure de culture populaire, la chevelure au vent, formée exclusivement de mots. Mais tous ces mots, ce ne sont pas que des mots. Dans sa tignasse, ils représentent les noms des femmes et des filles autochtones disparues ou assassinées (FFADA) en Ontario, et le visage est constitué des lettres du mouvement derrière la tragédie. «J’ai commencé à faire des recherches. J’ai appris beaucoup de choses que je ne savais pas avec mes cours d’histoire, comme les pensionnats autochtones, sur les [FFADA]», indique l’étudiante. «Je trouve ça fou qu’un aussi gros mouvement se passe, et que si peu de personnes [soient au courant]». Le gouvernement fédéral avait présenté en 2019 le rapport de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées. Cette enquête indépendante avait conclu que les Premières Nations avaient été victimes d’un génocide. Mais pour Mégan, il reste beaucoup de travail à faire. «Le Canada est souvent vu comme un pays bien, où il y a beaucoup de diversité, il n’y a pas de racisme. Pourtant, il y a beaucoup de racisme systémique. À mon avis, c’est pourquoi on n’a pas autant de lumière sur ce qui se passe.»

Défaire la culture populaire

Pour son oeuvre, Mégan Mathieu s’est beaucoup inspirée de Mique Michelle, artiste franco-ontarienne métisse d’Ottawa. C’est d’ailleurs elle qui lui a ouvert les yeux sur la véritable histoire derrière le conte romancé de Pocahontas, qui est véritablement une histoire d’enlèvement et un fort symbole de colonisation. «Les enfants quand ils voient ça, ils ne comprennent pas réellement. Ça ne devrait pas être une histoire pour les enfants, Pocahontas», souligne Mégan. «Lorsqu’on connaît le potentiel dommageable des produits culturels, nous avons, comme consommateurs, une responsabilité de faire des ajustements et d’offrir des mises en garde aux plus jeunes», ajoute son enseignante d’arts, Nadine Malo-Lemire.

Mégan croit également que le web a désormais un important rôle à jouer pour faire connaître les enjeux des Premières Nations. «Avec les médias sociaux, on voit plus de choses, on veut plus s’informer et apprendre. Si quelque chose arrive, ça va évoluer rapidement sur internet», précise-t-elle, en donnant l’exemple de Joyce Echaquan.

Joyce Echaquan, Atikamekw de Manawan, est décédée à la fin du mois de septembre à l’hôpital de Joliette alors que des membres du personnel soignant lui proféraient des insultes racistes. Elle avait eu tout juste le temps de lancer une vidéo Facebook en direct avant sa mort, permettant au monde entier d’être témoin du traitement ignoble dont elle était victime.

«Il faut que ça accroche le monde comme ça et je ne pense pas que les gens sont vraiment au courant [des FFADA].» Son enseignante souligne cependant que la désinformation est omniprésente sur les médias sociaux, et que le coeur de la solution réside encore dans les échanges et la discussion. «La présence de l’oeuvre depuis le vendredi passé dans la vitrine de l’entrée à l’école permet cette discussion sur le racisme systémique et les stéréotypes d’inégalité plus ou moins innocents que la culture populaire continue à propager», conclut la professeur.