Le docteur Panagiotis Glavas, du CHU Sainte-Justine, donne un aperçu de la complexité de l’intervention chirurgicale qui devrait permettre au jeune Charlie de recommencer à marcher.
Le docteur Panagiotis Glavas, du CHU Sainte-Justine, donne un aperçu de la complexité de l’intervention chirurgicale qui devrait permettre au jeune Charlie de recommencer à marcher.

Chu Saint-Justine: une chirurgie novatrice permet à un jeune de marcher

Jean-Benoit Legault
La Presse canadienne
MONTRÉAL — Une intervention de pointe, et vraisemblablement sans précédent en chirurgie orthopédique pédiatrique, devrait permettre à un jeune patient du CHU Sainte-Justine de recommencer à marcher.

Lors de la chirurgie réalisée en mai 2019, le Dr Panagiotis Glavas et son équipe, en collaboration avec une entreprise spécialisée en solutions orthopédiques, ont utilisé un guide de coupe imprimé en trois dimensions pour contourner un grave problème de déviation de l’os des tibias.

Les membres inférieurs de leur patient, Charlie, avaient dû être amputés au milieu du tibia en janvier 2005, alors qu’il n’avait que 18 mois, des suites d’une infection à la bactérie mangeuse de chair. L’intervention a sauvé la vie de l’enfant, mais la bactérie avait eu le temps d’infecter d’autres cellules, notamment celles qui sont responsables de la croissance de certains os.

Les os des jambes amputées du petit ont ensuite grandi de travers, avec un angle anormal qui rendait la fixation de prothèse difficile et très douloureuse. Charlie était de plus en plus confiné à son fauteuil roulant et avait pratiquement abandonné tout espoir de pouvoir remarcher un jour.

«Il y avait une déformation tridimensionnelle au niveau de ce qui reste de sa jambe et qu’on n’arrivait pas à reconstruire et à réaligner avec des méthodes traditionnelles, a expliqué en entrevue le Dr Glavas. Donc on a fait appel à toute la technologie qu’on peut avoir maintenant.»

Les chirurgiens ont ainsi eu recours à une imprimante en trois dimensions pour créer un guide de coupe — un implant fixé directement au tibia pendant la chirurgie — pour reproduire avec précision et exactitude la correction déterminée lors d’une simulation préopératoire.

«On remonte la pente»

On avait également imprimé une plaque en titane qui allait relier les deux portions du tibia gauche, puisqu’aucune plaque préfabriquée n’aurait pu s’ajuster à l’anatomie particulière de Charlie.

«Pour espérer lui redonner cette capacité de marcher avec une prothèse, il fallait qu’on fasse quelque chose pour réaligner son membre inférieur, a précisé le Dr Glavas. Compte tenu qu’on n’avait pas réussi avec les méthodes conventionnelles, on s’est tournés vers cette nouvelle technologie.» Dans la foulée du succès de la première intervention, la jambe droite de Charlie sera opérée le 21 janvier. Cette technique offre aussi de toutes nouvelles possibilités aux chirurgiens.

«Je commence à l’utiliser un petit peu plus maintenant, compte tenu qu’on a une précision, pour la correction des déformations angulaires, a dit le Dr Glavas. Je pense que ça va devenir de plus en plus courant pour faire des implants sur mesure, surtout en mode pédiatrique parce que les enfants viennent dans tous les formats. Ça va nous aider à faire du sur-mesure pour les enfants.»

«Je le connais depuis au moins sept ou huit ans, a ajouté le médecin au sujet de Charlie. Et depuis sept ou huit ans, je pense qu’on a vu les hauts et les bas, et là on remonte la pente.»