Avec la nouvelle réglementation imposée aux villes par Québec, Gatineau ne peut plus identifier un chien potentiellement dangereux en fonction de sa race.
Avec la nouvelle réglementation imposée aux villes par Québec, Gatineau ne peut plus identifier un chien potentiellement dangereux en fonction de sa race.

Chiens dangereux: Québec moins mordant que Gatineau

Mathieu Bélanger
Mathieu Bélanger
Le Droit
La nouvelle réglementation imposée aux municipalités depuis décembre par le gouvernement du Québec concernant les chiens potentiellement dangereux ne fait visiblement pas l’affaire des élus Gatinois. Ces derniers ont vivement dénoncé, mardi, ce qu’ils considèrent comme étant un « recul » qui aura pour effet de carrément nuire à la sécurité des citoyens.

Dans sa réglementation, la Ville de Gatineau avait identifié quelques races de chiens bien précises considérées comme potentiellement dangereuses. Il s’agit des chiens de type pitbull, le staffordshire bull-terrier, le américain staffordshire bull-terrier et toutes les races croisées qui possèdent les caractéristiques physiques de ces races.

Les propriétaires gatinois de ces chiens devaient se soumettre à une série de restrictions. Les chiens devaient, entre autres, porter une muselière en public, être attachés à une laisse de 1,5 m, suivre un cours de dressage et être stérilisés. Depuis l’adoption par Québec du nouvel encadrement réglementaire, la Ville de Gatineau n’a plus le droit d’identifier un chien potentiellement dangereux en fonction de sa race. Pour qu’un chien soit considéré comme dangereux, la Ville devra en avoir fait la preuve, en obtenant notamment un rapport vétérinaire. La Ville devra aussi procéder à un examen des circonstances dans lesquelles le chien aura eu un comportement problématique.

La présidente de la commission Gatineau, ville en santé, Renée Amyot, est convaincue qu’en raison des exigences de Québec, les Gatinois sont aujourd’hui moins en sécurité. « Dorénavant, pour faire la preuve qu’un chien est potentiellement dangereux, il devra déjà avoir eu un comportement agressif envers un autre chien, un adulte ou un enfant, dit-elle. Ça nous force à agir après coup. Le bassin de chien potentiellement dangereux à Gatineau vient de rétrécir de façon importante. Le règlement de Québec me déçoit parce qu’il nous retire des moyens de protéger nos enfants. »

Le président du conseil municipal, Daniel Champagne, accuse pour sa part Québec de se déresponsabiliser dans ce dossier. « Ces chiens dangereux deviennent comme des animaux sauvages, a-t-il lancé. Ils deviennent comme des lions ou des tigres. Ils peuvent déchiqueter un enfant. S’il y a un champion qui n’est pas assez intelligent pour comprendre que son chien est potentiellement dangereux, il va se foutre de notre réglementation, c’est évident. »

Mme Amyot a rappelé qu’il y a environ 110 000 morsures de chiens par année, au Québec, dont 64 % des victimes sont des enfants.

La SPCA à la rescousse

En plus de devoir assouplir sa réglementation municipale pour se conformer aux exigences de Québec, la Ville de Gatineau reconnaît avoir de la difficulté à appliquer ses règlements, notamment en raison d’un manque de personnel et de la difficulté d’être à temps sur les lieux lorsqu’il y a une plainte.

À ce sujet, la conseillère Louise Boudrias a proposé que la Ville entame des négociations avec la Société protectrice canadienne des animaux (SPCA) afin qu’elle puisse venir en aide à la municipalité pour faire respecter sa réglementation. « La SPCA le fait déjà quand nos services sont fermés, note-t-elle. Elle a déjà de l’expertise et du personnel à temps plein. Il y aurait une façon de réorganiser nos façons de faire pour nous assurer que nos mesures réglementaires puissent être respectées. »

L’actuel protocole d’entente entre la Ville et la SPCA vient à échéance à la fin de l’année. Le maire Maxime Pedneaud-Jobin a affirmé que la porte était ouverte à des négociations en ce sens avec la SPCA.