Des recherches de l’Université d’Ottawa révèlent que les changements climatiques auront un effet pire qu’escompté sur la population de bourdons en Amérique du Nord.

Changements climatiques : un impact pire que prévu sur les bourdons

MONTRÉAL — Les changements climatiques auront des répercussions pires que prévu sur les populations de bourdons en Amérique du Nord, révèle une récente étude de chercheurs de l’Université d’Ottawa.

On a beaucoup entendu parler des abeilles menacées ces dernières années, mais les bourdons sont aussi de précieux petits pollinisateurs. Plus efficaces même, ils contribuent de façon notable aux récoltes et augmentent la diversité des aliments que nous pouvons consommer.

Mais les changements climatiques attendus au cours des prochaines décennies menacent leurs territoires, qui sont appelés à rétrécir considérablement. Les événements de chaleurs extrêmes tout comme d’importantes précipitations à prévoir vont avoir des conséquences négatives, a expliqué en entrevue téléphonique l’une des coauteures de l’étude, Catherine Sirois-Delisle, étudiante au doctorat en biologie à l’Université d’Ottawa. Les travaux, publiés dans la revue Scientific Reports, ont été réalisés avec Jeremy Kerr, chercheur et professeur à la même université.

Les États-Unis seront particulièrement affectés, ainsi que le sud du Canada, bien que les territoires touchés se retrouvent un peu partout sur le continent, souligne la chercheure. « Ça devient de moins en moins habitable pour certaines espèces de bourdons. »

Par contre, le Québec et l’Ontario pourraient accueillir plusieurs espèces dans le futur. Mais encore faut-il que les bourdons puissent s’y rendre à temps. Selon la chercheure, ils ne se déplacent que d’un kilomètre par année, et au mieux, peut-être de cinq. « Les chances sont vraiment faibles que les espèces puissent les atteindre. »

La situation est préoccupante, car les bourdons — appelés taons dans le langage populaire — ont une méthode unique : la « pollinisation par vibration », qui leur permet de récolter le pollen des fleurs en faisant vibrer les muscles de leurs ailes. « Cela leur permet de récolter le pollen de façon vraiment efficace, et certaines plantes dépendent de ce type de pollinisation », rapporte la chercheure.

« Ils peuvent polliniser sur des kilomètres et des kilomètres. »

Et puis, ils sont des « généralistes », fait valoir Mme Sirois-Delisle, car ils s’occupent de beaucoup d’espèces de plantes et de fleurs, et ils peuvent voler dans des températures plus froides que les autres espèces.

Concrètement, la diminution de leurs habitats va avoir des conséquences sur la diversité des plantes disponibles, ainsi que sur les récoltes, ce qui causera « des pertes économiques assez importantes », relève-t-elle. Ils peinent déjà à survivre à la destruction de leur habitat et aux produits agrochimiques.

Les résultats sont pires que prévu auparavant. « Nous avons découvert que la population de bourdons est appelée à diminuer à une vitesse sans précédent dans l’ensemble de l’Amérique du Nord au cours des 50 prochaines années », affirme Mme Sirois-Delisle.

Comment aider les bourdons ? D’abord, en plantant des fleurs !

Et puis, les citoyens peuvent aussi prendre des photos quand ils voient des bourdons « qui sont ronds et plus poilus que les autres » et les transmettre au site « bumblebeewatch ». Ils fourniront ainsi de précieuses données qui permettront aux scientifiques de savoir à quels endroits se trouvent dorénavant certaines espèces de bourdons.