Le début de semaine risque d’être pénible: attention réduite, concentration défaillante, enfants turbulents, émotions moins bien régulées et adolescents qui somnolent en classe ne seraient qu’un aperçu de ce qui nous attend après avoir perdu une heure de sommeil en fin de semaine.
Le début de semaine risque d’être pénible: attention réduite, concentration défaillante, enfants turbulents, émotions moins bien régulées et adolescents qui somnolent en classe ne seraient qu’un aperçu de ce qui nous attend après avoir perdu une heure de sommeil en fin de semaine.

Changement d'heure: avancer l’horloge d’une heure n’a rien de banal

Jean-Benoit Legault
La Presse canadienne
MONTRÉAL - Le début de semaine risque d’être pénible: attention réduite, concentration défaillante, enfants turbulents, émotions moins bien régulées et adolescents qui somnolent en classe ne seraient qu’un aperçu ce qui nous attend après avoir perdu une heure de sommeil en fin de semaine.

«Il y a des études scientifiques qui ont montré que 30 minutes de privation de sommeil. ça vient déjà enlever une partie de notre capacité à prendre des décisions correctement, alors imaginez si on parle d’une heure», a lancé la professeure Célyne H. Bastien, de l’École de psychologie de l’Université Laval.

D’autant plus que la majorité des gens manquent déjà cruellement de sommeil, un déficit que le bond des aiguilles ne fera qu’accentuer.

«On est déjà privés de sommeil, a renchéri le professeur Roger Godbout, le directeur du Laboratoire et de la Clinique du sommeil de l’Hôpital en santé mentale Rivière-des-Prairies. Les Canadiens dorment environ 50 à 55 minutes de moins que ce qu’on devrait faire. Et ça c’est en moyenne: il y a des gens à qui il manque deux heures. Alors on rajoute une heure de dette par-dessus ça, surtout ceux qui sont sensibles vont montrer des problèmes.»

On ne devrait donc pas se surprendre qu’une étude américaine publiée en janvier témoigne d’une augmentation de 6 % des accidents de la route aux États-Unis pendant la semaine qui suit le changement d’heure du printemps.

Les chercheurs de l’Université du Colorado à Boulder ont analysé plus de 730 000 accidents survenus aux États-Unis entre 1996 et 2017. Même en tenant compte de facteurs comme l’année, la saison et le jour de la semaine, écrivaient-ils dans Current Biology, le nombre d’accidents mortels était en hausse après l’entrée en vigueur de l’heure avancée.

La plupart des accidents mortels supplémentaires survenaient le matin. Pendant les 22 années qu’a duré l’étude, ce sont 627 personnes qui ont perdu la vie lors d’accidents associés au changement d’heure. Les chercheurs croient toutefois que ce nombre sous-estime l’ampleur réelle du problème.

Les deux chercheurs québécois préviennent que l’impact sera particulièrement important pour les gens dont l’horaire est plus rigide.

«Les tout-petits, les enfants, ne voudront pas se coucher une heure plus de bonne heure, ils sont encore actifs et ils ne sont pas prêts à se coucher tout de suite, puis il va bien falloir les lever le lendemain matin pour aller à la garderie et ça va être difficile, a ainsi dit M. Godbout. Les personnes dans des institutions, les personnes âgées qui sont dans des foyers ou des résidences, tout à coup l’heure du repas va changer d’une heure abruptement et c’est pas évident s’adapter à ça, ça cause des problèmes.»

Mme Bastien croit quant à elle que les enseignants devront redoubler d’ardeur et d’originalité pour capter l’attention de leurs étudiants, puisque les adolescents ont d’emblée plus de difficulté que les adultes à accumuler la «pression de sommeil» dont ils ont besoin pour s’endormir le soir.

«Imaginez-vous pour eux cette perte de sommeil-là, a-t-elle dit. Ils ont de la difficulté à s’endormir le soir et en plus de ça on vient couper une heure! Lundi matin ils vont dormir sur leurs bureaux. Pour certains ça prend une semaine et plus pour s’en remettre.»