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Malgré la baisse de cas quotidiens de COVID-19, la Dre Guylaine Proulx et ses collègues restent sur leurs gardes.
Malgré la baisse de cas quotidiens de COVID-19, la Dre Guylaine Proulx et ses collègues restent sur leurs gardes.

«C’est tough» aux unités COVID-19 de l’Hôpital de Hull [VIDÉOS]

Justine Mercier
Justine Mercier
Le Droit
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Ça ne paraît pas trop dans les bilans quotidiens, mais plus de 450 personnes atteintes de la COVID-19 ont dû être hospitalisées en Outaouais depuis le début de la pandémie. 

«C’est tough en dedans», laisse tomber la Dre Guylaine Proulx, qui soigne depuis le printemps des patients des unités COVID de l’Hôpital de Hull. Il y a eu des gens dans la quarantaine qui se demandaient « pourquoi moi? ». Il y a eu des décès par FaceTime. Le personnel, déjà épuisé, redoute maintenant qu’un déconfinement se traduise par une troisième vague.

Au front depuis le tout début de la crise sanitaire, la Dre Guylaine Proulx a d’abord eu «une bonne discussion» avec son mari avant de décider d’aller soigner des patients aux prises avec des complications de la COVID-19. Tout le monde à la maison étant en bonne santé, la mère de deux enfants de cinq et six ans a «un petit côté aventurier missionnaire» qui fait en sorte qu’elle a choisi d’y aller, malgré les risques.

Car des risques, il y en a. Elle a vu des collègues être hospitalisés à cause de la COVID-19. «Ça, c’est terrible, dit-elle. […] Le niveau de stresse monte quand c’est un collègue.»

Beaucoup d’hospitalisations

Les données quotidiennes sur l’évolution de la pandémie ont montré un sommet de 50 hospitalisations au sein des unités COVID-19 de l’Hôpital de Hull l’automne dernier. Mais au total, il y en a eu beaucoup plus. Les statistiques de l’Institut national de santé publique du Québec publiées mardi indiquent que 453 hospitalisations COVID ont eu lieu dans la région jusqu’à présent. Et déjà 153 personnes ont succombé au virus en Outaouais.

Les patients chez qui le virus fait des ravages ne sont pas tous des gens âgés ou vulnérables, témoigne la Dre Proulx. Et ils ont souvent très peur de ne pas ressortir de l’unité COVID.

«J’en ai eu dans la quarantaine, des gens qui me disaient “mais pourquoi moi?”, raconte l’omnipraticienne. Et malheureusement, la réponse, c’est “je ne le sais pas”. […] Il n’y a personne, malheureusement, qui est à l’abri. […] J’ai des gens de 93 ans qui sont sortis de l’unité sur leurs deux jambes, et il y en a de 66 qui sont décédés.»

Les patients ont souvent très peur de ne pas ressortir de l’unité COVID.

Chez les patients qui s’en sortent, le rétablissement n’est toutefois pas instantané. Les patients âgés et vulnérables perdent l’appétit et se déshydratent. Ils perdent beaucoup de leurs capacités, tant physiques que cognitives. Certains, dépourvus de leurs repères, sombrent dans un delirium «assez intense».

«Il y en a que j’ai revus un mois et demi plus tard, encore à l’hôpital en réadaptation, à essayer de reprendre des forces et de reprendre le dessus sur tout ce qu’ils avaient perdu pendant leur hospitalisation COVID», raconte la Dre Proulx.

Les incrédules
Il y a aussi des patients qui ne croyaient pas à la gravité du virus avant de se retrouver sur un lit d’hôpital. «Une fois que tu as été intubé deux semaines aux soins intensifs pour la COVID, je pense que tu n’as pas le choix d’y croire après, note la Dre Proulx. Mais c’est ça qui est plate, c’est que c’est après-coup.»

D’autres savaient à quel point le virus peut être vicieux, mais ont tout de même osé prendre un risque qui s’est avéré fatal. Comme une petite rencontre avec les grands-parents qui a mené à une hospitalisation, puis à un décès. «La culpabilité que vivait la famille, ce n’est pas disable», se rappelle la Dre Proulx.

Pour le personnel, rien n’est évident non plus. «Il n’y a rien qui nous a préparés à ça, souligne la médecin. On n’avait jamais, à l’école de médecine, pensé qu’on vivrait une telle pandémie. […] Il n’y a pas eu de cours avant sur comment faire un décès FaceTime.»

Le stress
Consciente que le risque d’être contaminée est bien présent malgré toutes les précautions prises, la Dre Proulx ne lésine pas sur les moyens pour réduire ce risque au maximum.

Après s’être lavé les mains à de multiples reprises à chaque étape lorsqu’elle enlève son équipement de protection utilisé dans une unité COVID, elle se rend directement chez elle et laisse les objets pouvant être contaminés dans un bac dans le garage. Ses vêtements civils s’en vont directement dans la laveuse à l’eau chaude, tandis que la médecin se précipite dans la douche avant de se permettre de faire des câlins aux enfants.

Dans l’entrevue faite quelques jours avant l’annonce des plus récentes mesures de déconfinement, la Dre Proulx a confié que ses collègues et elle restent sur leurs gardes. S’il y a une hausse de cas dans la région, ça se fera sentir deux semaines plus tard à l’hôpital.

Mais au sein du personnel, «la fatigue se fait sentir», souligne-t-elle. «On veut jute dire à la population qu’on est dans le même bateau, […] qu’on le sait c’est quoi, les privations depuis 11 mois, plaide-t-elle. Nous autres non plus, on ne la voit pas notre famille. Nous autres non plus, on ne sort pas. […] On comprend que c’est difficile, mais ce qu’on veut leur dire, c’est “soyez solidaires avec nous”. C’est tough en dedans, c’est vraiment difficile.»