Le secteur de la 9e chute d’Albanel fait partie des joyeux du Lac-Saint-Jean à découvrir.

Ces lieux qu'on aime: des chutes, des plages et des bleuets

En été, le Lac-Saint-Jean, c’est un grand territoire d’eau, de plages et de bleuets qui poussent au coeur de la grande forêt boréale. Avec son relief plat, il faut toutefois parcourir avec minutie cet immense territoire pour repérer tous les petits bijoux qui s’y trouvent. Et le secteur de la 9e Chute, à Albanel, fait partie de ces joyaux à découvrir.

Une grande plage de sable blanc s’étire le long de la rivière Mistassini. D’un côté, la rive est jonchée de grosses pierres arrondies par l’érosion des glaciers et de l’eau qui l’ont sculptée au fil du temps, formant des glissades naturelles où vont s’amuser les enfants. De l’autre, un petit ruisseau coule de la forêt, formant de petites rivières et des bassins dans le sable, façonnant au passage des motifs de différentes teintes dans le sable. Un endroit idéal pour jouer au castor, en faisant de multiples barrages pour rediriger l’eau. Un plaisir qui peut durer des heures. On retrouve aussi quelques tas de bois calciné comme vestiges de soirées passées sur le bord d’un feu de camp dans un paysage paradisiaque de la forêt boréale.

Ça m’a pris 10 ans avant de découvrir le site de la 9e Chute d’Albanel, que j’ai visité pour la première fois l’an dernier. J’avais entendu dire que l’endroit valait le détour, sans plus, mais en arrivant sur les lieux, j’ai été estomaqué par la beauté du paysage et par l’ambiance sereine qui y règne. Ma grande fille qui m’accompagnait a même lancé : « Je ne pensais pas que ça serait si beau. »

Devant nous se dressait toute la puissance de la grande rivière Mistassini, qui coule sur près de 300 kilomètres avant de rejoindre le lac Saint-Jean, avec la présence de trois longues séries de cascades tumultueuses et bruyantes, soit les 8e, 9e et 10e Chutes. Ces chutes sont un contraste marquant avec la centaine de kilomètres d’eau calme situés en aval, où l’on peut canoter en toute sécurité.

Après une longue baignade ponctuée de glissades, nous partons découvrir l’île au Portage Belley, où deux kilomètres de sentiers ont été aménagés, en plus des six autres kilomètres de sentiers dans le secteur, et nous découvrons une flore exceptionnelle à une telle latitude, au 49e parallèle, avec la présence d’ormes et de frênes noirs, qui profitent d’un microclimat créé par la rivière. En parcourant la forêt, puis en sautant de roche en roche, nous découvrons plusieurs petites plages, plus charmantes les unes que les autres, qui donnent l’impression d’être seuls au monde.

Le secteur de la 9e Chute d’Albanel fait partie des joyaux du Lac-Saint-Jean à découvrir.

15 kilomètres à vélo

Pour accéder à ce petit joyau, il faut parcourir 15 kilomètres à vélo à partir du chalet d’accueil de l’Association des sportifs d’Albanel sur une piste cyclable en poussière de pierre. Ce sentier de 45 kilomètres, dénommé Au fil des rivières, a été construit en partenariat par les villes d’Albanel et de Girardville, qui permet de relier les deux villages par la forêt sur une distance de 28 kilomètres, en passant par la 9e Chute. Pour revenir au point de départ, les cyclistes peuvent par la suite emprunter les routes régionales sur 17 kilomètres supplémentaires, et cette boucle fait partie des trois tracés du réseau cyclable associé à la Véloroute des Bleuets.

En filant à travers les tourbières, les forêts de pins gris et d’épinettes noires, on roule au rythme de la grande forêt boréale. Au mois d’août, les bleuets sont mûrs à point et certains pans du sous-bois forestier tournent au bleu tellement le petit fruit, qui a fait la renommée de la région, pullule. Pas le choix de s’arrêter, à plusieurs reprises, pour se goinfrer avec les enfants. Au retour en vélo, nous avons même eu la chance de voir un orignal femelle se pavaner sur la piste cyclable, avant de replonger dans son royaume.

Cette piste cyclable forestière est le sentier idéal pour s’évader, en marge de la civilisation, mais on n’y retrouve que très peu d’infrastructures, mis à part quelques sites pour pique-niquer ainsi qu’un refuge près de la 9e Chute pour se mettre à l’abri en cas d’intempéries. Il faut donc prévoir des provisions suffisantes d’eau et de nourriture, surtout lors des chaudes journées d’été, pour éviter de se retrouver à sec lors de cette balade.

Pour ceux qui manquent de temps pour accéder à la 9e Chute en vélo, il est aussi possible d’y accéder en voiture, en quatre-roues ou en motocross, en empruntant le 1er Rang, à Albanel.

Le site et le sentier de vélo sont si exceptionnels que le Parc régional des Grandes-Rivières du lac Saint-Jean les a inclus dans son concept de parc éclaté lors de sa création, en 2014. Deux sites de camping sauvage ont d’ailleurs été aménagés sur les lieux pour permettre de profiter pleinement de ce petit paradis boréal. Un circuit offert en baladodiffusion permet aussi de découvrir l’histoire de la rivière Mistassini, qui a longtemps été un chemin privilégié pour accéder au grand lac Mistassini à l’époque de la traite des fourrures.

Le site de la 9e Chute est l’un des plus prisés du Parc régional des Grandes-Rivières, selon son directeur général, Dominique Gobeil. Au cours des prochaines années, le parc souhaite miser sur cette popularité pour développer le site en construisant une passerelle qui permettra d’enjamber la rivière pour rejoindre l’autre rive, à Saint-Eugène-d’Argentenay, où se trouve un autre site du parc.

Ce projet, évalué à quelques centaines de milliers de dollars, devrait être la prochaine phase de développement qui permettra à terme de créer le secteur des quatre chutes, soutient Dominique Gobeil, car un autre projet vise à relier le secteur de la 9e, au nouveau secteur de l’Énergie, aménagé en aval, à la hauteur de la 11e Chute – où un barrage au fil de l’eau a été construit.

Un sentier de longue randonnée, de 25 kilomètres, relierait alors les quatre chutes de la rivière Mistassini, formant un attrait de développement majeur pour le parc régional.

Le site, qui gagne à être connu, n’a donc pas fini d’en mettre plein la vue aux visiteurs qui font le détour par le nord du Lac-Saint-Jean.