L'ambassade du Mali au Canada aurait offert une compensation de 2000 $ pour des dommages à une résidence louée évalués à près de 30 000 $.

Cauchemar diplomatique

Moisissures dans la douche et au plafond, planchers de bois franc brûlés, tapis tachés d'huile, armoires de cuisine endommagées, robinets brisés et la liste s'allonge encore.
Un couple d'Ottawa qui croyait bien agir en louant son ancienne résidence du secteur d'Orléans à un ex-diplomate de l'ambassade du Mali au Canada regrette amèrement d'avoir eu une confiance aveugle envers l'homme et sa famille. Durant leur séjour de deux ans et demi, ils ont causé des dommages évalués à près de 30 000 $ dans la maison où quasi aucune pièce n'a été épargnée.
Six mois après leur comparution devant le tribunal de la Cour des petites créances lors de laquelle ils ont obtenu gain de cause, un point final a été mis à l'expérience cauchemardesque de Michel Lécuyer et son épouse, le 5 février dernier, lorsque le couple a reçu un chèque de 16 000 $. 
Toute l'histoire s'amorce de façon rien de plus banale à l'hiver 2013 lorsque ceux-ci décident de mettre leur demeure à vendre après l'avoir remise au goût du jour. Or, quelques mois plus tard, la pancarte est toujours là, le marché immobilier tournant au ralenti, et vient alors l'idée au couple de louer sa résidence. Une annonce est inscrite sur le site Kijiji. L'objectif : trouver des gens fiables.
Deuxième conseiller de l'Ambassade malienne à l'époque, Boubacar Ballo contacte le couple et se montre rapidement intéressé à y emménager avec sa conjointe et ses cinq enfants, affirmant être en sol canadien jusqu'en 2018.
Pour M. Lécuyer, le scénario était parfait, c'était comme gagner le gros lot.
« On avait confiance était donné qu'on faisait affaire avec une ambassade. Jamais on aurait cru avoir des problèmes », affirme-t-il.
Deux ans et demi se sont écoulés, laps de temps pendant lequel le couple a dû se rendre chaque mois à l'ambassade pour encaisser les chèques pour le paiement du bail, chose qui n'était nullement prévue au contrat. Qui plus est, le diplomate malien aurait également refusé catégoriquement de payer l'augmentation annuelle du coût du loyer durant son séjour.
La pointe de l'iceberg
Tout cela n'était que la pointe de l'iceberg pour Michel Lécuyer.
À son arrivée à la maison au lendemain du départ de la famille Ballo, qui a résilié le bail et quitté les lieux le 31 décembre 2015 sous prétexte qu'elle retournait en Afrique, ce fut la stupéfaction la plus totale. Une très mauvaise surprise l'attendait.
Sa demeure d'Orléans était dans un état lamentable, des stores brisés aux lavabos neufs qui ont dû être changés tellement ils étaient sales, en passant par le plancher brûlé par un fer à repasser, des moisissures et des murs ainsi que des tapis encrassés. Un rideau a aussi été volé, sans compter les armoires endommagées et des luminaires brisés. La moitié des dommages évalués à 28 500 $ ont été causés dans la cuisine.
« C'était épouvantable. Ça, c'était notre Jour de l'An en 2016. Imaginez. J'en pleurais », confie l'épouse de M. Lécuyer.
Dès lors, le résident d'Ottawa a passé au peigne fin sa demeure puis a photographié le moindre des dommages, du plus petit au plus grand.
Appelé à venir constater la situation de ses propres yeux après que M. Lécuyer l'ait contacté d'urgence, un représentant de l'Ambassade, Boubacar Gano, a indiqué que pas un sou ne leur serait versé pour les dommages.
« Pour lui, c'était normal qu'ils vivent dans de telles conditions. Je n'aimerais pas voir les autres appartements qu'ils louent. Je lui ai tout simplement dit qu'on se reverrait en Cour, je ne voulais pas m'obstiner », lance-t-il, bouche bée.
L'immunité diplomatique, qui ne s'applique pourtant pas dans des cas de dommages à la propriété, aurait même été invoquée pour justifier la non-responsabilité de M. Ballo.
L'ambassade aurait plus tard offert une compensation de 2000 $, l'équivalent d'un mois de loyer, laquelle a été rejetée du revers de la main par le couple, qui a intenté une poursuite à la Cour des petites créances. Bien préparé avec une documentation étayée et une solide preuve, M. Lécuyer n'a pas mis de temps à convaincre le juge, qui a tranché en sa faveur et condamné l'ambassade à rembourser près de 16 000 $. Les diplomates ont brillé par leur absence en salle de cour.
Le couple ottavien a contacté Affaires extérieures Canada et des démarches ont ensuite été entreprises avec une agence de recouvrement afin de saisir les fonds réclamés à même le compte bancaire canadien de l'ambassade malienne, qui n'a pas contesté le jugement.
Un cauchemar devenu réalité
Les mois suivants ont été chargés, le travailleur autonome consacrant 300 heures de son temps pour rénover la maison, en plus de rémunérer d'autres gens pour certains travaux.
La propriété a finalement été vendue au début de l'été 2016, à son grand soulagement.
Chose certaine, il dit avoir énormément appris à la suite de ce cauchemar devenu réalité.
« Je ne referai plus jamais cela. Nous sommes satisfaits d'avoir gagné, oui, sauf que j'aurais aimé ne jamais avoir à passer à travers une telle mésaventure. On a eu notre leçon, on ne recommencera pas. C'était la première et la dernière fois qu'on louait notre maison », de dire M. Lécuyer.
Sa conjointe digère mal que l'ambassade a cru qu'elle pouvait s'en laver les mains en invoquant l'immunité diplomatique. Selon elle, ils ont aussi pu croire à tort que le couple finirait par se lasser du processus judiciaire et abandonner.
« Notre objectif est de lancer le message aux gens d'être prudents, on ne veut pas qu'une telle expérience arrive à d'autres. Allez voir les autres maisons qu'ils louent avant d'accepter. »
Si M. Lécuyer pouvait s'adresser directement à M. Ballo, il aurait un message à lui lancer, surtout qu'il estime que certains dommages ont été causés délibérément. 
« Vous êtes un diplomate. J'aurais cru que quelqu'un avec un poste comme le vôtre était capable de vivre dans des conditions normales », indique-t-il d'un ton irrité, son épouse et lui rappelant qu'on vit « dans un pays civilisé ». 
Appelée à réagir, l'Ambassade du Mali au Canada a refusé d'émettre des commentaires, l'un de ses représentants se contentant de dire au Droit qu'il avait eu vent de l'affaire. Questionné à savoir s'il cautionnait les gestes, il a simplement indiqué qu'il était délicat de juger la situation.
De son côté, Affaires mondiales Canada a indiqué par courriel qu'il ne se prononçait pas sur des cas particuliers qui concernant des représentants étrangers.