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Catégoriser les produits essentiels crée «un fouillis et une perte de confiance»

Daniel LeBlanc
Daniel LeBlanc
Le Droit
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Au Québec comme en Ontario, ce qui peut paraître comme de «l'illogisme» derrière certaines décisions liées aux produits essentiels n'est pas suffisamment expliqué à la population par les autorités, ce qui crée de la frustration et en pousse plusieurs à défier les règles, pense un expert.

«La première des choses, c'est que si tu veux faire exécuter une norme ou un règlement, il faut qu'il y ait une constance, que ce soit appliqué de façon continue, sinon ça éparpille les possibilités de comportements et les gens (clients et commerçants) font ce qu'ils veulent en fonction de leur propre interprétation. Ça crée un fouillis et une perte de confiance envers les normes qu'on souhaite faire appliquer. [...] Ce qui fait qu'on respecte un règlement, dans la nature humaine, c'est souvent si on sait qu'on va se faire attraper ou non. Il faut qu'il y ait une norme constante», lance le professeur de droit et de gestion à l'Université d'Ottawa, Gilles LeVasseur.

Ce dernier précise qu'au bout du compte, ce sont des comportements humains qu'on veut interdire (limiter les déplacements), davantage que d'interdire l'achat d'un bien en tant que tel. 

Le professeur de droit et de gestion à l'Université d'Ottawa, Gilles LeVasseur

Malgré cela, il croit également que de dresser une liste complète des produits non essentiels aurait été une mauvaise idée. 

«Le problème, quand on commence à faire une énumération, c'est qu'on va en manquer. Il aurait aussi fallu faire plusieurs exceptions. Quand tu commences à jouer là-dedans, tu te perds», lance M. LeVasseur.

Il dit comprendre que les gens considèrent les règles parfois illogiques et aient tendance à dénoter des incongruités, ajoutant que «l'épuisement moral et émotif» en amène certains à les transgresser en connaissance de cause. 

«Les gens ne comprennent pas la logique qu'on puisse faire la queue pour aller à la régie des alcools (LCBO, SAQ) mais pas pour des vêtements de bébé. Dans leur tête, il y a un illogisme et celui-ci ne leur est pas bien décrit. Ils se demandent pourquoi aussi on a laissé les magasins de cannabis ouverts. Le problème avec de telles incongruités, à force d'imposer des règles à un secteur mais pas à un autre, c'est qu'on perd de la crédibilité au sein de la population, ça crée des comportements fautifs. [...] Soit on ferme tout, soit on réglemente les comportements humains», de dire le professeur.

Il ajoute que la situation actuelle (confinement partiel et fermetures) amène aussi certains commerçants, surtout ceux de petite taille ou locaux, à défier les règles. 

«Ils se disent: on vient de tuer toute la business, alors ils ont le choix entre ça ou faire faillite. Ils sont au bout du rouleau et il n'y a pas de solutions adaptées à leurs besoins», affirme Gilles LeVasseur.