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<em>Le Droit</em> a pu constater que la notion d'articles essentiels semble varier d'un endroit à l'autre.
<em>Le Droit</em> a pu constater que la notion d'articles essentiels semble varier d'un endroit à l'autre.

Casse-tête et géométrie variable pour les articles essentiels

Daniel LeBlanc
Daniel LeBlanc
Le Droit
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Dans un magasin grande surface de Gatineau, il n'est pas interdit d'acheter un caisson de rangement en bois ou encore une affiche «Pas de colporteur», mais impossible de se procurer un gallon de peinture ou une cuisinière. Quelques kilomètres plus loin, on peut se procurer des coussins décoratifs, mais pas des chaussettes pour enfants.

Comme a pu le constater Le Droit lundi, la notion d'articles essentiels, qui défraie les manchettes depuis que Québec a imposé un reconfinement partiel jusqu'au 11 janvier, semble varier d'un endroit à l'autre et laisse place à passablement d'interprétation. 

Quels produits sont essentiels? Lesquels ne le sont pas et sont inaccessibles jusqu'à nouvel ordre? Un simple coup d'oeil dans certains commerces a permis de réaliser que la définition du concept est à géométrie assez variable.

Il faut cependant préciser que le gouvernement n'a pas fourni de liste exhaustive des produits qu'il est possible de se procurer pendant cette mise en pause de la province. On ne fait que mentionner, à titre d'exemple, que les pharmacies sont ouvertes «seulement pour les produits essentiels à la vie courante, les quincailleries «seulement pour les produits requis pour effectuer de l’entretien extérieur, des réparations ou de la construction» ou encore que les commerces de grande surface seulement pour des produits alimentaires, de pharmacie et de quincaillerie, «ce qui exclut notamment les jouets, les vêtements, les livres, les appareils électroniques, les articles de décoration, les articles de cuisine et les électroménagers». 

Premier arrêt: une pharmacie Uniprix, où des rubans jaunes et des feuilles de papier servent d'avertissements par-ci par-là pour indiquer que certains produits sont jugés non essentiels. Dans le lot, on retrouve, entre autres, des livres, des peignoirs de bain, des pantoufles, des rasoirs électriques, des jouets ou encore la section des cartes de souhaits. Le rayon des cosmétiques aussi condamné, tel qu'exigé.

Dans d'autres rayons, c'est moins clair. Des linges à vaisselle aux mitaines de four en passant par des barres d'alimentation à prises multiples ou des feutres pour les pattes de meubles ou de chaises, certains articles sont visiblement disponibles pour l'achat. 

Chez Tigre Géant, on a ceinturé une vaste portion du magasin avec du ruban jaune et apposé des pancartes sur lesquelles on peut lire «Les produits non essentiels ne peuvent être vendus» ou «Accès interdit, nous sommes désolés des inconvénients». 

Sur place, impossible d'acheter des vêtements, des bacs de rangement, des traîneaux à neige ou encore des bottes pour enfants, sauf que rien ne semble empêcher de se procurer certains articles éparpillés au milieu des allées tels que des coussins, des éponges pour le bain, des rouleaux à charpie, des os pour chiens, etc. Un étalage de chocolats pour la Saint-Valentin a également été aménagé. 

À quelques pas des caisses, plusieurs articles dont des trousses pour maquillage sont offerts à la clientèle. Les billets de loterie sont également jugés essentiels. 

Du côté de la bannière Home Depot, la section des électroménagers est condamnée, tout comme celle de la peinture. Un peu plus loin, il est possible de s'acheter un nouveau robinet, un caisson en bois, des chiffres pour les adresses ou encore des affiches «À vendre», «Caméra de surveillance», «Pas de colporteur» ou encore «Défense de fumer». 

Puis, un court arrêt chez le géant Walmart permet de constater que d'innombrables rangées ont été temporairement fermées. Des palettes de bois recouvertes de pellicule plastique ont été installées devant les sections inaccessibles au minimum jusqu'au 11 janvier dans le magasin inhabituellement très calme. Dans d'autres cas, ces palettes servent à présenter des produits essentiels comme des couches pour bébé, des essuie-tout ou encore du sel à déglacer. À d'autres endroits, des caisses de boissons gazeuses sont empilées devant des vêtements pour enfants. 

Dans une même allée, certains produits pour animaux de compagnie sont disponibles, d'autres non. Les barres d'alimentation à prises multiples sont jugées non essentielles chez Walmart, alors qu'elles étaient disponibles chez Uniprix. Un purificateur d'air, des chandelles parfumées et des rouleaux à charpie peuvent être achetés, mais quelques mètres plus loin, certains détergents à lessive sont dissimulés derrière un rideau.

Les commerçants satisfaits

Au Conseil québécois du commerce de détail (CQCD), qui représente quelque 5000 établissements commerciaux, on affirme que la mesure n'a pas causé de problèmes majeurs et a été plutôt bien accueillie même s'il fallait une phase de préparation.

«Il est important de signaler qu'il s'agit ici d'une décision gouvernementale d'interdire la vente de produits considérés comme non essentiels dans les commerces physiques. Les détaillants ne peuvent prendre le risque de recevoir des amendes pour non-respect de cette mesure, surtout qu'ils subissent une pression financière indue en lien avec les différentes fermetures et restrictions. De plus, la fermeture de commerces non essentiels est plus équitable cette fois-ci, car les magasins multicatégories ont bien limité les accès aux produits essentiels uniquement. La plupart de nos membres ont pris des décisions très éclairées à savoir ce qu’était un produit essentiel ou non. Une nuance très importante pour plusieurs de nos détaillants qui, pour le moment, sont assez satisfaits malgré la fermeture des magasins», indique le directeur général Stéphane Drouin.

Lorsque c'est possible, ce dernier invite les consommateurs à se tourner vers l'achat en ligne pour les produits jugés non essentiels.

Du côté de l'Association des détaillants en alimentation du Québec (ADAQ), qui chapeaute plusieurs enseignes dont IGA, Provigo, Metro, Bonichoix, L'Intermarché et Marché Richelieu, le directeur des affaires publiques Stéphane Lacasse estime que la mesure ne s'est pas avérée compliquée pour les membres puisque les épiciers sont épargnés par ces règles. 

«Souvent, dans certaines épiceries où il y a de la coutellerie ou de la vaisselle, c'est intégré à même les allées, ce ne sont pas sections à part. Et on n'aurait pas commencé à fermer non plus la section des assiettes de carton. Ce serait un peu un casse-tête, surtout que ce n'est pas un gros volume. Nous n'avons pas eu de restrictions particulières ou d'échos négatifs. Il peut parfois y avoir certains items non essentiels comme des produits Ricardo ou des mitaines de four dans des bouts d'allées, mais le gouvernement nous a dit que son objectif était plutôt de fermer des sections complètes. L'objectif, c'est de ne pas avoir de rassemblements, entre guillemets», note-t-il.