La ministre déléguée à la Santé publique et aux Saines habitudes de vie, Lucie Charlebois, et le sous-ministre adjoint à la Direction générale de la santé publique et directeur national de santé publique, Horacio Arruda

Cannabis : « Je n'estime pas qu'il y aura tant de revenus que ça »

Il ne faut pas s'attendre à ce que les coffres de l'État québécois soient beaucoup mieux garnis si la vente de cannabis est confiée à un organisme public, avertit la ministre déléguée à la Santé publique, Lucie Charlebois.
De passage à Gatineau mardi dans le cadre de la dernière séance des consultations régionales sur l'encadrement du cannabis au Québec, la ministre Charlebois a entendu une quinzaine d'organismes au cours de l'après-midi.
Une représentante d'un organisme communautaire des Laurentides baptisé Sentier du nouveau jour, Louise Desrochers, a fait valoir que d'éventuels revenus générés par l'État grâce à la vente de cannabis récréatif devraient être réinvestis pour l'aide auprès des toxicomanes.
Le Réseau québécois des Villes et Villages en santé a aussi demandé à ce que d'éventuels profits découlant d'une vente gérée par l'État soient redistribués, en faisant notamment valoir que la légalisation du cannabis causera un accroissement des coûts pour les municipalités, entre autres en raison de «la gestion des plaintes du voisinage» et d'une hausse des risques d'incendie.
La ministre Charlebois a cependant souligné qu'elle ne s'attend pas à ce que l'État s'enrichisse à outrance s'il devient responsable de la vente de cannabis.
«Je n'estime pas qu'il y aura tant de revenus que ça, mais on verra ça à l'usage, a-elle mentionné. Les prévisions que j'ai en ce moment [c'est que] ça va être coûteux d'établir tout ça, les règles. Et on va avoir à discuter avec le gouvernement fédéral. [...] Est-ce que nous espérons avoir un profit net au début, les premières années ? Je suis obligée de vous dire que non.»
La ministre a par la suite déclaré que «le gouvernement ne compte pas faire de son économie une économie du cannabis».
La chef du Bloc québécois, Martine Ouellet, a pour sa part réitéré que son parti souhaite que la production soit de compétence provinciale, en évoquant l'idée d'une nationalisation. La production de cannabis récréatif représente «le nerf de la guerre» puisqu'il s'agit d'un marché pouvant générer des «profits énormes», a-t-elle dit.
Le directeur général du CIPTO, Yves Séguin, a de son côté demandé à la ministre d'investir «rapidement» afin d'«ajouter une couche» à ce qui se fait déjà en prévention et en sensibilisation. Le CIPTO dit également craindre un «dérapage» si la vente de cannabis est confiée au secteur privé, en raison d'un «risque de mettre la commercialisation avant l'aspect de la santé publique».
D'autres intervenants ont affirmé lors de la consultation qu'un modèle similaire à celui de la Société des alcools du Québec n'est pas souhaitable pour la vente de marijuana. 
La Fédération canadienne de l'entreprise indépendante estime qu'il s'agit de «la pire option» et que la concurrence au sein du secteur privé est un meilleur outil pour contrer la vente illégale.
Le grand patron d'Hydropothicaire, Sébastien St-Louis, affirme quant à lui que son entreprise basée à Gatineau - la seule au Québec actuellement autorisée à produire du cannabis médical - souhaite «travailler avec le gouvernement», et ce peu importe le modèle qui sera choisi pour la vente.
Le gouvernement québécois prévoit déposer un projet de loi-cadre cet automne. Mme Charlebois a souligné, dans son allocution d'ouverture de séance, que sa réflexion «a beaucoup évolué pendant les consultations».
«Ce qui nous guide, c'est toujours la santé publique, la sécurité publique, et contrer le crime organisé», a mentionné la ministre en ajoutant qu'il fallait trouver «l'équilibre là-dedans».