Le gouvernement de l’Ontario va limiter le nombre de magasins de vente au détail de cannabis dans la province.

Cannabis: des restrictions qui favoriseraient le marché noir

Limiter le nombre de magasins de vente au détail de cannabis en Ontario aura pour effet de favoriser le marché noir, estiment des observateurs. Ces derniers craignent les effets que pourraient avoir les contraintes imposées par le gouvernement qui « change les règles du jeu constamment ».

Les personnes intéressées à exploiter un magasin avaient jusqu’à mercredi pour participer à la loterie, opérée par la Commission des alcools et des jeux de l’Ontario (CAJO). En tout, 25 licences d’exploitation seront émises, dont cinq dans la région de l’Est qui comprend entre autres la ville d’Ottawa. Le tirage au sort aura lieu vendredi. Les règles de la CAJO ne permettent pas aux gagnants de la loterie de vendre ou donner leur licence.

« Ça va certainement favoriser le marché noir. Si c’est difficile d’acheter du cannabis sur le marché légal, les gens vont utiliser le marché noir. Beaucoup de consommateurs de cannabis ont déjà de bonnes relations avec leur revendeur existant. On peut toujours acheter en ligne, mais il y a des problèmes de confidentialité et on doit craindre les fuites de données », soutient Eugene Oscapella, professeur de criminologie à l’Université d’Ottawa.

De son côté, l’économiste Jean-Pierre Aubry rappelle que ça prend un marché concurrentiel pour mettre un terme au marché noir et que plus l’offre sera contrainte, plus le commerce illégal se développera dans les zones moins bien desservies.

« On peut avoir des conditions de monopole ou d’oligopole parce qu’il y aura peu de firmes au niveau de la province et à cause de l’étalement régional. On peut se retrouver avec des régions qui n’auront pas de magasin ou qui en auront juste un et ça donne un marché considérable à une seule entreprise », ajoute l’économiste d’Orléans.

Six villes, cinq magasins

Pour ouvrir un commerce de vente de cannabis, les gagnants de la loterie devront déposer une demande pour obtenir l’un des 25 premières licences. Ils pourront sélectionner une ville qui a adhéré au modèle et qui compte plus de 50 000 habitants.

Dans la région de l’Est, six villes répondent à ces critères, soit Barrie, Belleville, Kawartha Lakes, Kingston, Ottawa et Peterborough. Parmi celles-ci, seule Ottawa a informé la CAJO qu’elle adhérait au modèle de vente au détail. Les autres ont jusqu’au 22 janvier pour décider.

Puisque cinq magasins pourront ouvrir leurs portes dans toute la région de l’Est, rien ne garantit que la capitale fédérale accueillera un dispensaire le 1er avril prochain.

De plus, en limitant l’ouverture des magasins aux villes de 50 000 habitants et plus, M. Aubry croit qu’on fait preuve de discrimination.

« Les petits marchés sont exclus. C’est une discrimination incroyable. Comme si on disait à un village qu’il ne pouvait pas avoir de dépanneur, illustre-t-il. C’est de la ségrégation en quelque sorte. Ça me préoccupe. »

Les titulaires de licence qui n’auront pas ouvert les portes de leur magasin le 1er avril, comme le prévoit le règlement, s’exposent à une amende de 12 500 $. Une autre amende de 12 500 $ sera imposée si la situation demeure la même en date du 15 avril. Si le magasin n’est toujours pas ouvert avant la fin du mois d’avril, une amende de 25 000 $ s’ajoutera.