Calendrier scolaire chambardé: pas de consensus chez les parents 

Daniel LeBlanc
Daniel LeBlanc
Le Droit
Sans qu'il y ait une levée de boucliers, les opinions divergent chez les parents de Gatineau face à l'éventualité que le congé scolaire des Fêtes soit prolongé et que le calendrier des écoles s'étire jusqu'aux premières chaleurs de la fin juin ou du début juillet.

Même si aucune décision n'est officiellement prise par Québec, le scénario évoqué par le premier ministre Legault jeudi a sûrement fait jaser dans les chaumières. Certaines personnes en parlaient d'ailleurs entre elles lors de la visite du Droit aux abords d'une école primaire vendredi, quelques minutes avant que la cloche ne retentisse. 

En principe, selon le calendrier actuel, le congé des Fêtes s'entame le 23 décembre en Outaouais. Les élèves retournent en classe le 7 janvier. Quant à la fin de l'année scolaire, elle est prévue le 23 juin.

Luc Hardy estime que le calendrier scolaire, auquel on a déjà annoncé que trois journées pédagogiques s'ajouteraient, devrait demeurer intact.

«Si les deux parents doivent travailler, ce n'est pas toujours évident. Ce n'est pas tout le monde qui travaille au gouvernement, a quatre ou cinq semaines de vacances ou peut se permettre de prendre plusieurs congés. [...] Juste ce mois-ci, il y a trois journées pédagogiques plus une autre le 4 décembre. L'école, c'est important, c'est le seul temps où ils peuvent sortir, voir leurs amis, s'amuser un peu, même s'il y a des restrictions. À Noël, on ne pourra pas faire grand-chose de toute façon, on suit vraiment les consignes, on se concentre sur l'essentiel», dit-il.

Quant à Cinthia Renaud, elle se dit en désaccord avec ce plan à l'étude.

«Je suis découragée, car à notre école ça va super bien cette année. Nous avions peur au début, c'est sûr, mais tout va bien. Il y a zéro cas, alors je ne comprends pas quel est le but de tout ça. Les enfants ont repris ce qu'ils avaient manqué. J'ai peur que ça ne leur tente plus, les enfants, après les vacances. Dans mon cas, je suis présentement en congé (de maternité), alors ce ne serait pas un problème, mais sinon, ce l'aurait été. Je ne sais pas comment les gens vont faire», lance-t-elle, ajoutant qu'il sera difficile d'empêcher les gens de voir leur famille immédiate durant les Fêtes.

Les vacances des Fêtes des élèves québécois seront-elles plus longues que prévu? Pour l'instant, aucune décision officielle n'a été prise.

Au sujet du calendrier scolaire qui pourrait s'allonger, elle rejette l'idée aussi.

«Ils n'ont pas l'air climatisé, il va faire beaucoup trop chaud, ça n'a pas de bon sens. lI y a même des classes dont les fenêtres s'ouvrent à peine», ajoute la maman.

De son côté, même s'il dit comprendre la logique derrière tout cela, Patrice Boulrice ne croit pas que le scénario étudié par le gouvernement soit optimal.

«Je crois que le prolongement du temps des Fêtes est une bonne stratégie au niveau de la diminution de la transmission de la COVID-19. Par contre, les complications qui découlent de cette décision telles que les arrangements travail-famille viennent mettre un bémol dans l'équation. Je ne suis pas certain que ça peut fonctionner pour tous les types d'emplois. De plus, l'été est déjà assez court comme cela.  Bref, la solution la plus simple, mais la plus difficile, est de diminuer le contact avec les autres au maximum et de ne pas prolonger le congé des Fêtes», explique-t-il.


« Je suis découragée, car à notre école ça va super bien cette année. Nous avions peur au début, c'est sûr, mais tout va bien. Il y a zéro cas, alors je ne comprends pas quel est le but de tout ça. »
Cinthia Renaud

Pour Maria Serrano, il est clair qu'il faudra s'ajuster, peu importe quelle décision sera prise au final.

«Je travaille de la maison et mon mari aussi, alors ce serait un peu plus difficile. Pour nous, la famille est à l'extérieur du Canada, donc ça ne change rien (pour les rassemblements durant les vacances), mais pour le reste des gens, ce serait un bon choix. Ça permettrait aussi de ralentir la propagation du virus. Pour ce qui est de reporter les vacances (estivales), ça ne me dérange pas. Parfois, l'été est trop long et les enfants s'ennuient de l'école. On verra ce qui va se passer. C'est davantage dans les écoles secondaires que ça va un peu moins bien, les jeunes sont moins conscients des problématiques. Au primaire, les plus petits respectent bien les règles», soutient-elle.

Monoparentale, Vanessa Richard a un avis partagé sur la question.

«Je suis chanceuse dans un sens, car je travaille de la maison alors j'ai la possibilité d'être ici si jamais c'est ce qui est décidé. Ça n'a aucun impact sur moi. Sauf que je trouve ça intense pour les gens qui doivent aller au bureau, qui se retrouveront à devoir prendre des congés. Ce que je trouve positif, c'est que ce serait un peu une période de quarantaine pour ne pas mettre nos enfants à risque, car même en zone rouge, les gens ne respectent pas nécessairement les règles de toute façon. [...] Quant à repousser les vacances d'été, je ne suis pas d'accord. Les enfants en ont déjà ras-le-bol à la fin juin, avec le soleil, la clarté le soir, les piscines qui sont prêtes, etc», affirme-t-elle.

Mère de deux enfants, Kathleen Caya rappelle qu'au bout du compte, c'est en se serrant davantage les coudes et en posant les bonnes actions qu'on réussira à mettre fin à cette crise. Elle est d'accord en partie avec le scénario évoqué par Québec.

«Nous sommes tous les deux à la maison et on avait déjà pensé à retirer nos enfants de l'école deux semaines avant Noël pour qu'on puisse voir mes parents, qui ont tout de même 72 ans. Ce serait bien pour leur santé mentale, la nôtre aussi. On leur a promis qu'on ne passerait pas Noël chacun de notre côté. C'était notre plan. Maintenant, de l'imposer à tous (un congé plus long), je trouve que ça peut être difficile. Je suis mitigée. Pour certains, ça peut être très pesant», lance la Gatinoise.

Au sujet du prolongement de l'année cet été, elle est d'avis que les enfants «trouveront ça extrêmement difficile».

«Je ne sais même pas où ils vont puiser leur concentration, leur énergie et leur motivation pour continuer. J'ai déjà travaillé en milieu scolaire et rendu au 20 juin, les élèves ne sont plus en mode école. Sincèrement, je pense que les profs non plus. On ressent déjà cette année un stress qui n'est pas plaisant, alors imaginez si on étire ça encore pour dix jours», conclut-elle.