Selon le président de l'Aéroport d'Ottawa, Mark Laroche (en mortaise), Air Transat n'a jamais demandé d'aide pour ses passagers retenus dans ses deux appareils, le 31 juillet.

Cafouillage d'Air Transat: les passagers n'y croient toujours pas

Les passagers d'Air Transat prisonniers du cafouillage sur le tarmac de l'aéroport d'Ottawa, le 31 juillet dernier, en ont toujours gros sur le coeur. « Torture », « situation infernale », « traités comme du bétail ». Les sept voyageurs qui se sont exprimés lors de l'audience publique de l'Office des Transports du Canada (OTC), mercredi, ont multiplié les exemples pour faire comprendre aux autorités comment la situation était surréelle pendant leur attente au sol.
Les vols d'Air Transat no 157 de Bruxelles et no 507 de Rome ont été retardés à cause de la météo à Toronto et à Montréal. Les deux appareils ont été cloués au sol pendant quatre et six heures.
Les passagers ont souffert de malaises lors de longues heures d'attente, sans pouvoir descendre ni recevoir de rafraîchissements.
En tout, vingt appareils, dont un Airbus A330 avec 336 passagers à bord, ont dû se ravitailler à Ottawa.
Une passagère, Marie-Hélène Tremblay, a raconté sa soirée infernale à bord du vol provenant de Rome. Voyageant avec son conjoint et son bébé de 13 mois, la mère a dit avoir manqué de nourriture pour son enfant.
C'était le comble pour la famille de Mme Tremblay, qui s'était fait voler tous ses bagages juste avant de quitter Rome.
La famille voyageait en classe affaires. Selon elle, sa classe a été mieux traitée que la classe économique, où tout manquait, même l'eau, l'air frais, le papier hygiénique et autres produits de base.
L'air conditionné ne fonctionnait pas, et le capitaine ne cessait de dire que le décollage était imminent.
Des passagers ont demandé à sortir prendre l'air, alors que le personnel répondait que c'était impossible.
« On s'est rendu compte que des gens semblaient malades à l'arrière de l'avion. Des portes ont été ouvertes, nous avons vu du personnel sortir et des services d'urgence voulaient monter à bord. On nous disait, aux passagers, que ce n'était pas possible de sortir. Puis, j'ai vu des employés sortir pour prendre des égoportraits avec l'avion derrière eux. Tous les passagers étaient découragés et eux trouvaient la situation un peu cocasse. »
Selon Mme Tremblay, le personnel était très courtois, « sauf un, baveux ».
Deux autres passagers, Alan et Patricia Abraham, ont raconté qu'un passager a été malade dans l'avion.
« Il a vomi sur une autre personne. Une employée a tenté de le nettoyer. Imaginez l'odeur après plus de quatre heures. »
Les Abraham se sont dits insultés par les dires et le comportement d'un agent de bord, qui répondait de façon cavalière à leur question à savoir s'il était possible de sortir et de prendre un autobus vers Montréal.
Seules quelques croustilles et de la « malbouffe » étaient disponibles, en quantité insuffisante, à bord.
Dans l'autre avion, Brice de Shietere arrivait de Bruxelles. Parti visiter sa famille dans son pays d'origine, le voyageur revenait chez lui, à Ottawa. « On devait atterrir à Montréal, mais j'ai demandé à l'équipage si je pouvais descendre, car je pouvais me débrouiller en me rendant chez moi à Ottawa. C'était toujours non. »
Brice de Shietere a raconté que ses « filles capotaient ben raide ».
Vers 20 h, la tension a grimpé, a témoigné M. de Shietere. Selon un autre passager, qui a appelé le 911 pour recevoir de l'aide des services d'urgence d'Ottawa, il fallait calmer le jeu.
Marc Jetté a appelé le 911.
Maryanne Zéhil  a dit que « nous avons été traités comme du bétail ».
Ce passager, Marc Jetté, a été félicité par les autres passagers. « Mes filles capotaient 'ben raide'. Tout le monde commençait à capoter. » La situation aurait pu dégénérer, selon M. de Shietere.
Maryanne Zéhil a dit que ses semblables ont « été traités comme du bétail ».
L'Aéroport d'Ottawa refuse de prendre le blâme
Le président de l'Aéroport international d'Ottawa, Mark Laroche, a réitéré qu'Air Transat n'a jamais demandé d'aide pour ses passagers cloîtrés dans deux de ses appareils pendant quatre et six heures, le 31 juillet dernier.
Le dirigeant de l'aéroport a précisé, lors de l'audience publique de l'office des Transports du Canada (OTC), mercredi, que cette soirée de juillet était exceptionnelle. Une vingtaine d'aéronefs ont dû atterrir à Ottawa plutôt qu'à Montréal ou Toronto, où la météo rendait la navigation dangereuse.
Le président de l'Aéroport d'Ottawa, Mark Laroche
« Le terminal d'Ottawa n'est pas conçu pour recevoir un si vaste nombre de vols détournés », a précisé M. Laroche.
Selon le président, l'arrivée imprévue d'un Airbus A330, un énorme appareil, a pris la place de quatre avions sur le tarmac. Il s'agit d'un facteur ayant contribué aux retards lors des ravitaillements. Certains appareils ont pu décoller après seulement une heure, mais pour d'autres, l'attente a été de quatre à six fois plus longue.
« À tout moment, l'appareil est sous le contrôle exclusif du commandant et les ordres doivent être respectés, a rappelé le président de l'aéroport. Nous notons des situations où Air Transat croyait être sous le contrôle de notre administration. C'est faux. »
L'aéroport aurait été prêt à fournir au moins de l'eau aux passagers, ce qui, selon le dirigeant de l'aéroport, n'a pas été demandé par l'équipage.
M. Laroche a avoué que l'aéroport n'aurait pas pu accueillir à l'intérieur tous les passagers de la vingtaine d'appareils détournée à Ottawa.
« À 17h, nous avions 10 aéronefs détournés chez nous. On estimait avoir comblé toutes les places. Nous avons dit aux autres aéroports que nous étions à pleine capacité et nous avons continué à recevoir d'autres avions. »
Selon M. Laroche, les transporteurs sont responsables du service de traiteur pour la nourriture et les produits de base. « Nous pouvons en offrir en situation d'urgence, mais ce sont des cas d'exception. »
Les représentants d'Air Transat prendront la parole jeudi, lors de la deuxième et dernière journée d'audience.