L’étude du budget 2021 de la Ville de Gatineau a révélé que le chantier du réaménagement du boulevard Saint-Joseph est maintenant évalué à 135 millions $.
L’étude du budget 2021 de la Ville de Gatineau a révélé que le chantier du réaménagement du boulevard Saint-Joseph est maintenant évalué à 135 millions $.

Budget 2021: Gatineau s’ajuste à l’explosion des coûts de construction

Mathieu Bélanger
Mathieu Bélanger
Le Droit
En adoptant le budget 2021, mardi soir, le conseil municipal de la Ville de Gatineau endossera du même coup un réaménagement majeur de 159 millions $ dans la planification financière des projets d’infrastructures. L’exercice était surtout devenu nécessaire en raison de l’augmentation des coûts dans le marché de la construction.

L’étude du budget 2021 de la Ville de Gatineau a révélé que le chantier du réaménagement du boulevard Saint-Joseph est maintenant évalué à 135 millions $, une augmentation de 63 millions $ par rapport à ce qui avait été prévu en 2018. La hausse des coûts de construction est responsable de 43 % de cette facture supplémentaire que devra acquitter la Ville, soit 26,7 millions $.

«Quand on a présenté le projet, on n’avait pas tout le portrait, tous les plans, l’avancement du projet ne nous permettait d’avoir tous les détails, explique Jean Audet, directeur du service des infrastructures de la Ville de Gatineau en entrevue avec Le Droit. Nous avons maintenant toute la connaissance du projet, des conditions du site et avec l’avancement du chantier, nos chiffres sont plus précis aujourd’hui et ça nous permet de déterminer la vraie valeur de ce projet.»

La Ville fait cependant aussi face à des enjeux techniques qui n’avaient pas été prévus initialement dans le projet de Saint-Joseph. «Des surprises», résume le président du comité exécutif, Cédric Tessier. «Il y en a pour 9 millions $, dit-il. On intervient dans un secteur où on n’avait pas creusé depuis près d’un siècle, c’est donc normal qu’on doive faire face à des choses qu’on n’avait pas prévues.»

La conduite souterraine de la rue Amherst en est un exemple, explique M. Audet. Dans le cadre du chantier du boulevard Saint-Joseph, la Ville refait toute «l’ossature du réseau» afin de notamment séparer le pluvial et le sanitaire. La conduite de la rue Amherst occupe un rôle important dans le réseau souterrain du secteur. «On croyait qu’elle était bonne pour encore plusieurs années, mais elle ne l’est plus, on doit la changer, explique le directeur du service des infrastructures. Ce n’était pas dans le budget.»

L’adaptation des infrastructures aux impacts des changements climatiques fait aussi gonfler la facture de Saint-Joseph de 6 millions $. «On a décidé de grossir nos conduites pluviales, on sera mieux équipé pour l’avenir», ajoute M. Audet. Le coût des expropriations nécessaire notamment pour l’aménagement d’une rue complète représente un montant global de 750 000 $. La Ville évalue aussi de l’indexation du coût de la vie aura un impact de 10,2 millions $ sur la facture finale.

L’adaptation des infrastructures aux impacts des changements climatiques fait aussi gonfler la facture de Saint-Joseph de 6 millions $

Dans le cas du chantier de la rue Notre-Dame qui passe de 24 millions $ en 2018 à 44 millions $ aujourd’hui, la hausse des coûts de construction est responsable du tiers de l’augmentation, soit 6,5 millions $. L’indexation normale des coûts est pour sa part évaluée à 2,6 millions $.

«On corrige les erreurs du maire»

La tendance des prix à la hausse dans le secteur de la construction n’a pas un impact uniquement sur les grands chantiers. L’ajout de cette donnée dans la planification budgétaire des travaux d’infrastructure de la Ville de Gatineau a nécessité un réaménagement complet du plan d’investissement pour le maintien des infrastructures. Le conseil doit d’ailleurs adopter ce plan ce mardi, en même temps que le budget 2021 de la Ville de Gatineau.


« Il faut cependant bien comprendre ce qu’on s’apprête à faire. On va financer les erreurs de planification du passé. »
La conseillère Louise Boudrias

Le financement de centaines de projets a dû être réévalué, si bien qu’un montant de 39,4 millions $ a dû être dégagé pour ajuster la facture des projets d’infrastructures prévus en 2020 et dans les années antérieures. Un autre ajustement de 35,8 millions $ a été nécessaire pour les travaux planifiés entre 2021 et 2025. En y ajoutant les projets du boulevard Saint-Joseph et de la rue Notre-Dame, c’est d’un ajustement total de 159 millions $ dont il est question.

La conseillère Louise Boudrias annonce, sans grande surprise, qu’elle votera contre le budget 2021. Elle est toutefois d’accord avec ce réaménagement budgétaire pour les projets d’infrastructures. «Mais parce qu’on n’avait pas le choix, précise-t-elle. On n’allait tout de même pas arrêter les travaux sur Saint-Joseph et Notre-Dame. Il faut cependant bien comprendre ce qu’on s’apprête à faire. On va financer les erreurs de planification du passé. Le maire Maxime Pedneaud-Jobin est maire depuis 2013. On corrige à coups de dizaines de millions de dollars les erreurs de planification de son administration au fil des dernières années, on n’a plus le choix de le faire.»

Meilleure planification

Le président du comité exécutif, Cédric Tessier, est plutôt d’avis que la Ville vient de se donner un outil lui permettant de mieux planifier le financement de ses travaux à l’avenir. «Il fallait donner un grand coup pour régler la situation cette année, dit-il. Normalement, on faisait les ajustements une année à la fois, mais dans la réalité on ne faisait que repousser le vrai problème à l’année suivante. Là, on est lucide dans notre approche. On ne planifie plus uniquement les projets, mais aussi les coûts prévus à l’année de leur réalisation, pas uniquement en dollars d’aujourd’hui. Avec ce qu’on propose, notre planification sera meilleure. L’année de financement du projet sera rapprochée de son année de réalisation.»

M. Tessier explique que certains travaux dont la réalisation était prévue au courant des années 2021 à 2025 devront être remis en 2026 ou 2027, mais il assure qu’il s’agira essentiellement de cas particuliers pour lesquels aucune planification n’avait encore été commencée. Tous les projets pour lesquels la Ville a déjà commencé ses travaux de planification ne subiront aucun impact de ce réaménagement budgétaire.