Bien, mais pas assez

Philippe Orfali
Philippe Orfali
Le Droit
«Ottawa fait bien, mais pas assez bien. C'est une bonne élève qui doit s'améliorer.». C'est le tableau que brosse la Fondation communautaire d'Ottawa (FCO) dans son Bilan de santé annuel de la ville, rendu public mardi.
Ce rapport mesure la qualité de vie des Ottaviens dans 11 grands domaines, du logement à la santé, en passant par l'éducation et la culture.
Dans chaque domaine, on a attribué une note à Ottawa. La capitale fédérale récolte 4 “B” (Très bien) et 7 “C” (Bien), ce qui est comparable aux notes qu'elles a obtenues depuis deux ans.
Aucun échec, donc, mais aucune excellente note non plus. «Ce n'est pas terrible», avoue Barbara McInnes, PDG de la FCO
Inégalités socioéconomiques
Ottawa jouit d'un revenu moyen de 72 600$ avant impôt, un niveau beaucoup plus élevé que la moyenne canadienne de 65 500$. Mais même si Ottawa demeure l'une des villes les plus prospère du pays, «bon nombre de mères monoparentales, d'aînés et de personnes handicapées peinent à joindre les deux bouts», note Judith MacBride-King, présidente du groupe d'experts ayant colligé le bilan.
En 2006, date du dernier recensement, environ un aîné sur huit vivait sous le seuil de la pauvreté à Ottawa-Gatineau. Et près du tiers des familles monoparentales dirigées par des femmes vivaient dans la pauvreté à Ottawa, contre 17% des familles où seul le père est présent, et 7,4% des familles biparentales.
Sécurité
Les accidents mortels sur les routes d'Ottawa ont augmenté de 55% entre 2006 et 2007.
La Police d'Ottawa a toutefois observé une diminution importante des crimes contre les biens, qui comptent pour la moitié de toutes les infractions.
La police est aussi parvenue à réduire le délai moyen de ses interventions, avec une moyenne de 8 minutes 8 secondes d'attente.
Les paramédics ont pour leur part enregistré en 2007 les plus longs délais d'attente en cinq ans.
Dans 90% des cas, le délai d'attente moyen s'établit à plus de 13 m 15 s en zone urbaine et à plus de 20 minutes en zone rurale.
Santé
Ottawa a connu certaines améliorations au niveau des listes d'attente en santé depuis l'an dernier. Ainsi, les délais sont passés de 398 à 58 jours d'attente pour le traitement des cancers des os, des articulations et des muscles.
Cependant, l'attente demeure plus longue qu'ailleurs en Ontario pour les chirurgies de la hanche et de la cataracte. Environ 87% des Ottaviens ont accès à un médecin de famille, contre 90,5% des Ontariens et 85% des Canadiens.
En 2006, on dénombrait 3 000 utilisateurs de drogue injectables à Ottawa. Plus du trois-quarts de ces personnes sont atteintes de l'hépatite C et 20% sont infectés par le VIH.
Éducation
Le tableau est un peu moins sombre en éducation, puisque la population d'Ottawa est fortement scolarisée.
«Le défi, c'est d'assurer des règles du jeu équitables à tous nos jeunes», indique Mme MacBride-King.
Le taux de réussite au Test provincial de compétence linguistique, essentiel à l'obtention du diplôme, atteint 85% dans les écoles francophones, contre 88% chez les anglophones et 83% à l'échelle de la province.
Intégration des immigrants
Près du quart de la population d'Ottawa n'est pas née au pays. Un «trésor à chérir» pour la FCO, qui souhaite que davantage soit fait pour réduire les inégalités entre Canadiens et nouveaux arrivants.
«Avec le même niveau d'éducation, une personne née au Canada recevra 2,5 fois le salaire d'une personne née ailleurs. Il y a énormément de travail à faire», affirme l'une des auteures du bilan, la professeure Caroline Andrew de l'Université d'Ottawa.
Participation civique
À quelques jours des élections, le rapport de la FCO révèle que 73,1% des électeurs d'Ottawa ont voté aux dernières élections fédérales, contre seulement 64,7% des Canadiens.
Les Ottaviens sont également plus généreux que leurs compatriotes. Près du tiers d'entre-eux ont effectués des dons l'an dernier, contre le quart des Canadiens.
«L'objectif de ce rapport est de dégager l'information et de susciter des échanges entre les citoyens et leurs élus. Il s'agit d'un outil efficace afin de résoudre certains problèmes», a dit Mme McInnes, se disant convaincue que le conseil municipal d'Ottawa étudierait ce rapport.
«Lors du dernier budget, de nombreux conseillers avaient notre rapport entre les mains. Ce portrait d'Ottawa est essentiel», dit-elle.