Venue à Québec pour faire la fête au bar Le Dagobert, une étudiante de Sherbrooke intoxiquée s'est finalement retrouvée en mauvaise compagnie et agressée sexuellement à Sainte-Foy.

Beaucoup trop ivre pour consentir

Mélissa* titube, vomit (quatre fois) et marche sur Grande-Allée sans manteau par un froid glacial. Mad Giovanni Turpin a quand même tenté de convaincre le tribunal qu’elle était juste «un peu pompette» et apte à consentir à avoir des relations sexuelles. Il a échoué.

Le 4 février 2012, Mélissa, une étudiante de l’Université de Sherbrooke âgée de 19 ans attend le party bus à Beloeil, en Montérégie. Destination; le bar Le Dagobert de Québec.

La jeune femme a préparé des cocktails à base de vodka pour elle et ses amis. Les jeunes adultes vont boire à profusion tout au long du trajet.

En arrivant sur Grande-Allée, Mélissa est déjà complètement ivre. Elle affirme d’ailleurs n’avoir aucun souvenir de ce qui s’est passé entre sa descente de l’autobus et son réveil le lendemain matin.

Incapable de marcher, Mélissa s’effondre sur une banquette dans l’entrée du Dagobert et vomit.

Un portier décide de l’expulser. Il la prend dans ses bras et la reconduit sur le trottoir. La jeune femme se retrouve dehors vêtue seulement d’une jupe et d’une camisole.

Sur le moment, ses amies se font bloquer la sortie du bar. Lorqu’elles finissent par sortir, leur amie a disparu. Elles lui enverront 19 messages textes, mais n’auront pour réponse que trois séries de lettres, de chiffres et de symboles incompréhensibles.

Mélissa a croisé le chemin de Mad Giovanni Turpin, 28 ans, informaticien originaire de l’île de la Réunion.

L’homme fait monter la fêtarde à bord de sa voiture pour qu’elle puisse se réchauffer, dira-t-il au procès. La jeune femme vomit deux fois avant leur départ. Un passant a été témoin de toute la scène.

Turpin amène Mélissa à son appartement de Sainte-Foy, simplement pour qu’elle puisse boire de l’eau et se rafraîchir, dit-il.

L’homme affirme qu’après une brève pause à l’appartement, la jeune femme est prête à repartir fêter dans le Vieux-Québec. Elle s’endort toutefois en chemin.

Il la ramène chez lui où elle sera à nouveau prise de vomissements.

Mad Giovanni Turpin a raconté que par la suite, c’est Mélissa qui s’est mise à l’embrasser langoureusement pour le remercier de son aide.

Mélissa est entreprenante, affirme Turpin, et ils auront deux relations sexuelles, dont une sans condom.

Au procès, Mélissa a témoigné de sa panique de se réveiller dans le lit d’un inconnu, avec aucun souvenir et une gueule de bois carabinée.

Aveuglement volontaire

Elle a tenté en vain de joindre ses parents avec le cellulaire de Turpin, dont elle ignore toujours le nom. La jeune femme se fait ensuite reconduire au terminus d’autobus et file vers Longueuil, en larmes. Sa sœur la conduira à l’hôpital pour faire une trousse médico-légale.

Ses parents étaient déjà arrivés à Québec, au petit matin, à la recherche de leur fille.

La juge Christine Gosselin de la Cour du Québec n’a rien cru des explications «invraisemblables» de l’accusé. Mad Giovanni Turpin tente clairement, dit la juge, de minimiser l’état d’intoxication extrême de la plaignante.

«Le tribunal est convaincu que la plaignante était dans un état d’intoxication qui ne lui permettait pas de réaliser qu’elle avait le choix de refuser de participer à des contacts sexuels avec l’accusé, affirme la juge Gosselin. Elle était donc dans l’incapacité de formuler un consentement.»

L’accusé a fait preuve d’aveuglement volontaire et s’est rendu coupable d’agression sexuelle, tranche la juge Gosselin.

La juge a ordonné l’incarcération immédiate de l’homme qui n’a plus de statut légal au Canada. Il connaîtra sa peine plus tard cet automne.

*Nom fictif

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Le Dagobert blâmé

Dans son jugement étoffé, la juge Christine Gosselin de la Cour du Québec a réservé un paragraphe pour déplorer le travail des portiers du bar Le Dagobert, qui ont, dit-elle, rendu la jeune femme encore plus vulnérable en l’expulsant.

«Alors qu’il fait froid, qu’elle ne porte pas de manteau et qu’elle est incapable de se tenir debout, la plaignante est expulsée de façon intempestive par un portier qui la sépare de son groupe d’amis, rappelle la juge. Cette expulsion, faite manu militari par l’établissement, l’a été sans aucun égard pour la sécurité de la plaignante.»