La propriétaire de Delilah [in the Parc] doit rectifier le tir d'ici le 10 mars.

Bataille linguistique sur Facebook

La propriétaire d'une boutique de vêtements de Chelsea est dans la mire de l'Office québécois de la langue française (OQLF).
Le 18 février dernier, Eva Cooper a reçu une lettre de l'agence gouvernementale l'avisant qu'elle faisait fausse route avec ses commentaires majoritairement anglophones sur la page Facebook de son commerce Delilah [in the Parc]. L'OQLF a reçu une plainte et a donc exigé qu'elle rectifie le tir d'ici le 10 mars, faute de quoi elle pourrait être exposée à des représailles juridiques.
«Je suis restée estomaquée. Je n'aurai jamais cru que la loi s'applique à Facebook», répète Mme Cooper aux médias de la région.
L'entrepreneuse, qui exploite des commerces depuis 2005 au Québec, dit avoir toujours respecté la Loi 101. «D'ailleurs, nous offrons un service bilingue.»
Mme Cooper informe qu'elle n'utilise pas son site Facebook pour faire la vente de produits, mais plutôt pour faire la promotion de sa boutique et offrir un meilleur service à la clientèle.
Peu importe, répond l'OQLF. «Les catalogues, les brochures, les dépliants, les annuaires commerciaux et toute autre publication de même nature doivent être rédigés en français», peut-on lire dans la Charte de la langue française.
«L'article 52 ne fait pas référence nommément à Facebook, mais c'est là que le "tout autre publication" entre en jeu, précise Jean-Pierre Le Blanc, responsable des relations avec les médias de l'agence. S'il y a une utilisation commerciale, que l'on vend où l'on effectue de la promotion, la loi s'applique.»
Mme Cooper conteste cette «zone grise». «Je ne suis pas certaine que j'aie brisé la loi», croit-elle en faisant allusion à la portée de l'OQLF sur le Web.
«Le fait d'avoir un commerce basé au Québec implique que toute publicité doit s'effectuer en français», rétorque M. LeBlanc.
Pluie d'appuis
A priori, la commerçante semble pouvoir compter sur l'appui de sa députée provinciale. «L'article vise des documents publicitaires. Est-ce qu'une page Facebook est vraiment un document publicitaire?» remet en question la libérale Stéphanie Vallée. «Il aurait lieu de clarifier la loi. C'est une zone grise. On devrait accompagner les commerçants au lieu de leur taper sur les doigts.»
Pendant ce temps, des centaines de messages de soutien se multiplient, tant par des anglophones que des francophones sur le site Facebook du Delilah [in the Parc].
«L'Office (québécois) de la langue française n'a pas d'affaire à se mettre le nez sur votre page Facebook. Peut-être qu'il est mieux d'exiger de Loto Québec de placer des machines à sous "bilingues" au casino de Montréal. Elles sont programmées seulement en anglais. Bon courage», a écrit Rachid Alaoui.
«Je suis francophone et je vous soutiens. Vous devriez avoir le choix de communiquer comme vous le voulez», ajoute Dominic Tremblay.
«À titre de Canadienne française vivant au Québec, je suis officiellement gênée d'être Québécoise. C'est ridicule. Je me battrais jusqu'au bout. Assez c'est assez!» déplore Danielle Lemire
En fin d'après-midi vendredi, plus de 8000 personnes «aimaient» la page du commerce, comparativement à 600 en début de semaine.
Mme Cooper analyse toujours ses options pour la suite des choses. Elle a même contacté le créateur de Facebook, Mark Zuckerberg, pour l'aider.