Barack Obama a été chaleureusement applaudi lorsqu’il est monté sur scène, vendredi soir, au Centre Canadian Tire d’Ottawa.

Barack Obama accueilli comme une «rock star» à Ottawa

Il n’a pas mentionné le nom de Donald Trump, mais il ne s’est pas pour autant empêché de révéler le fond de sa pensée.

De passage à Ottawa, vendredi soir, l’ancien président américain Barack Obama a soutenu que le monde est un endroit sombre depuis son départ de la Maison-Blanche, mais que sa trajectoire peut être corrigée grâce à un récit de tolérance qui viendrait contrecarrer le discours « primal » du populisme.

« J’ai quitté mon poste avec un optimisme prudent », a-t-il avoué, faisant fuser les rires dans la foule d’environ 11 400 personnes.

« Je sais pourquoi vous riez tous. »

M. Obama s’est contenté de cette insinuation pour commenter l’œuvre de son successeur à la Maison-Blanche.

Vêtu d’une chemise blanche à col ouvert et d’un costume gris foncé, le politicien a répondu pendant environ une heure aux questions de Tobias Lutke, fondateur et chef de la direction de la plateforme de commerce électronique Shopify, établie à Ottawa.

Ce dernier l’a questionné sur l’optimisme prudent qui l’habitait au terme de son mandat à la tête des États-Unis. Bien qu’il ne s’agissait pas d’une véritable entrevue journalistique, M. Obama a répondu comme il avait l’habitude de le faire dans un tel contexte : avec une tirade essayistique sinistre ponctuée d’espoir.

« Je pense que la trajectoire à long terme de l’humanité va dans une direction positive, a-t-il avancé. Mais il y a des périodes sombres avant la Renaissance. »

« Il y a la Seconde Guerre mondiale et 60 millions de morts avant qu’il y ait l’après-guerre qui stabilise les sociétés », a-t-il poursuivi.

Le monde n’a jamais été en meilleure santé, aussi riche, aussi éduqué, aussi tolérant et moins violent qu’en ce moment, a-t-il fait valoir.

Mais nous vivons à une époque de bouleversements sociopolitiques, où la technologie nous gave d’informations et où personne ne peut s’entendre sur ce qui constitue la vérité, de sorte qu’un débat cohérent puisse s’ensuivre, a-t-il souligné.

« Il est indiscutable que les choses se sont améliorées. Mais dans cette marche du progrès, nous avons eu l’Holocauste, Jim Crow et les Killing Fields. Nous ne pouvons donc pas être complaisants. »

Une « histoire ancienne » et « tribale » qui a refait surface à maintes reprises est maintenant de retour, a-t-il signalé.

« C’est l’histoire d’un combat à somme nulle entre les gens. Et un homme fort apparaît pour nous protéger contre eux », a-t-il expliqué.

« Ce genre de politique a gagné du terrain, cette histoire a connu beaucoup de succès à travers le monde... elle n’est pas propre à un pays en particulier. »

Cette histoire doit selon lui être combattue « avec de meilleures histoires », pour leur part « inclusives » et « fondées sur des faits scientifiques et non la peur ».

C’est ainsi que cet orateur hors pair a bouclé la soirée, devant un public qui l’avait accueilli avec une ovation digne d’une vedette du rock.

« J’ai un peu une histoire d’amour avec le Canada », avait-il admis en montant sur la scène du Centre Canadian Tire.

Il s’est souvenu avec tendresse de son premier voyage au Canada, en 2009, peu de temps après son assermentation, et de ses discussions initiales avec le premier ministre conservateur de l’époque, Stephen Harper, afin de lutter contre la récession.

En 2016, lorsqu’il était toujours président, M. Obama s’était adressé au Parlement canadien et avait reçu une longue ovation à la Chambre des communes.

L’événement de vendredi soir, organisé par le groupe de réflexion 2020, survenait au lendemain de la visite de l’actuel vice-président américain, Mike Pence, au nom de Donald Trump — qui est décidément moins populaire que son prédécesseur en sol canadien.

M. Trump n’a toujours pas visité Ottawa, mais sa présence au sommet du G7 dans la région de Charlevoix avait amené les relations canado-américaines à un nouveau creux.

En quittant le Canada, M. Trump avait qualifié le premier ministre Justin Trudeau de « très malhonnête et faible ».

Depuis son départ de la présidence, en janvier 2017, Barack Obama est devenu un nom incontournable sur le circuit des conférences payantes. 

Il avait d’ailleurs participé à un événement similaire à Calgary en mars dernier.

À Ottawa, le coût des billets passait de 75 $ à plusieurs centaines de dollars.