Baleines noires: des mesures de protection à raffiner

GASPÉ — Il y a un an, Ottawa lançait tout un pavé dans la... mer en limitant la vitesse des navires dans le golfe. Une première mesure de protection des baleines noires qui a été suivie de nombreuses autres, dont la fermeture de secteurs de pêche. Si les baleines noires ont été épargnées jusqu’ici en 2018, les effets se chiffrent en millions de dollars pour les industries de la pêche, du transport maritime et des croisières. Le Soleil fait le bilan.

Aucune baleine n’a été retrouvée morte cette année dans le golfe, malgré deux empêtrements dans des engins de pêche. Il y avait eu 10 carcasses à la même date en 2017, et un bilan de 12 en eaux canadiennes en fin d’année. Certaines ont succombé à des collisions avec les navires, d’autres, à des empêtrements. Des morts naturelles ont pu faire partie du bilan.

Les baleines noires sont pourtant presque aussi nombreuses que l’an dernier dans le golfe. Un total de 111 individus avaient été observés avant le 10 juillet, comparativement à 120 à pareille date l’été dernier. Elles se concentrent au large de la péninsule acadienne et au sud-est de la Gaspésie. «C’est tentant de se féliciter, de dire que les mesures de protection ont produit ces résultats. Mais quand on joue avec des petits nombres, il y a des soubresauts difficiles à expliquer […]. Et le livre ‘‘comment cohabiter avec les baleines’’ n’est pas écrit encore», affirme Robert Michaud, directeur scientifique du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins. 

Les baleines délaissent le plateau néo-écossais et la baie de Fundy, note le chercheur. «Depuis cinq ans, une partie significative des baleines noires de l’Atlantique nord vient dans le golfe […] Ce changement est là pour durer.

«L’an dernier, on a réagi en pompiers. Avec de plus en plus de données, on va raffiner nos mesures et faire des essais et erreurs», dit M. Michaud, qui voit deux choses à améliorer à l’avenir. «Il faut installer des groupes de travail pour évaluer les meilleures solutions et les résultats. C’est comme ça qu’on a eu l’adhésion [des marins] dans le parc marin du Saguenay-Saint-Laurent. Ça va diminuer les tensions. Et il faut mettre beaucoup d’énergie dans les développements technologiques, pour rendre la mer moins dangereuse pour les baleines», estime M. Michaud.

Le point de vue de la biologiste indépendante Lyne Morissette est assez similaire.

«Le ministère des Pêches et des Océans (MPO) se félicite, à l’effet que toutes les mesures de protection ont eu les résultats qu’on voit cette année, une absence de mortalité. Scientifiquement, on ne peut pas dire ça. Les chiffres ne couvrent pas une assez longue période. Assez exceptionnellement, on a réussi à éviter la mort de baleines noires cette année. Tant mieux, parce que tout le monde souhaite leur protection. Mais le MPO y va un peu fort. Ce n’est pas si simple. Il faudra analyser la situation sur une plus longue période. On ne peut dire mission accomplie», note Mme Morissette.

Homardiers en colère

Les pêcheurs commerciaux de crabe et de homard ont déploré l’imposition dans le golfe Saint-Laurent d’une zone statique de protection le 28 avril, soit deux semaines avant l’apparition des premières baleines, si on tient compte de leur présence récente dans nos eaux.

De plus, la pêche au crabe a ouvert tardivement dans le sud du golfe, contrairement à un engagement pris par l’ex-ministre Dominic LeBlanc. Enfin, l’imposition de secteurs dynamiques de fermeture, à raison de deux semaines suivant l’apparition d’une seule baleine, et l’étendue de ces fermetures à des secteurs côtiers où pas un seul pêcheur contemporain n’a historiquement observé de baleine noire, a mis les homardiers gaspésiens en colère.

Il reste 450 baleines noires de l’Atlantique Nord dans le monde. Leur lenteur de mouvement explique en bonne partie leur nombre assez bas, parce qu’elles étaient des proies faciles pour les baleiniers quand leur chasse était permise, et parce qu’elles réagissent lentement quand un navire est dans leurs parages.

Aucun nouveau-né de baleine noire n’a été observé cette année. L’intervalle moyen entre deux grossesses est passé à 10 ans en 2017; c’était entre 3 et 7 ans les neuf années précédentes.

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AMENDES POUR TROIS NAVIRES EN 2018

Jusqu’ici en 2018, trois navires ont reçu une amende de 6000 $ pour avoir dépassé la limite de 10 nœuds. L’an dernier, 16 exploitants de navire avaient dû payer cette somme. Parmi les contrevenants en 2017, il y avait eu deux navires de croisière internationale, le Crown Princess et le Pearl Mist, ainsi qu’un navire de la Garde côtière, le Sir William Alexander.