Le conseiller Mathieu Fleury s'entretient avec un citoyen, à la sortie d'un supermarché participant à la collecte de denrées de Noël.

Avoir faim à Vanier

C’est samedi qu’avait lieu la 33e Collecte annuelle d’aliments de Noël d’Ottawa.

Partout dans la ville, des autobus d’OC Transpo et de larges bacs à la sortie des supermarchés participants accueillaient des dons alimentaires non périssables, mais aussi de l’argent sonnant. 

C’est que la période de Noël frappe de plein fouet la communauté de Vanier, déjà meurtrie par un tissu social fragilisé sur le plan économique. 

Selon l’Étude des quartiers d’Ottawa, un groupe d’étude situé au Centre de recherche sur les services éducatifs et communautaires (CRSEC) de l’Université d’Ottawa, plus du tiers des jeunes de moins de 18 ans de Vanier Sud vit au sein de ménages à faibles revenus. Le quart des adultes de ce quartier vit en situation critique sur le plan financier à longueur d’année.

En ce samedi matin nuageux et frisquet, Le Droit entame une tournée des lieux avec le conseiller municipal du quartier Rideau-Vanier, Mathieu Fleury. Nous sommes au Loblaw de l’avenue McArthur de Vanier. Ici, des bénévoles accueillent à la sortie, les clients qui abandonneront dans des bacs une partie de leur épicerie du samedi. On comptait en remplir des dizaines d’ici la fermeture du supermarché. Les victuailles se dirigeront ensuite vers la banque alimentaire d’Ottawa qui redistribuera le tout dans ses quatre centres locaux d’Ottawa, Nepean, Stittsville et Kanata. 

10% de la population de Vanier 

Mathieu Fleury confirme la chose: près de mille résidants de Vanier s’approvisionnent chaque mois à la banque alimentaire Partage Vanier, un des points de service de la banque alimentaire d’Ottawa. Une statistique troublante pour une population de seulement un peu plus de 10 000 habitants. Des mille personnes s’alimentant à la banque chaque mois, le quart d’entre elles sont des personnes âgées et un autre quart est constitué d’enfants du quartier; une autre donnée sociodémographique fort révélatrice.

«Quand on parle aux gens, on se rend compte que ce que nous on consommerait en deux, trois jours, eux ils essaient d’étirer ça sur une semaine. Les besoins sont plus grands que ce qu’on peut offrir», raconte Mathieu Fleury.

Quant aux dons d’argent, chaque dollar donné permet à la banque alimentaire d’Ottawa d’acheter, grâce à son pouvoir d’achat en gros, l’équivalent d’environ cinq dollars de denrées alimentaires. Cette campagne de dons alimentaires est la plus importante du genre de l’année à Ottawa, dans le cadre d’une activité caritative d’une  journée. 

«Mais le couteau à deux tranchants c’est que l’on donne beaucoup dans le temps des fêtes, mais les besoins s’échelonnent sur douze mois», dit Mathieu Fleury. 

Dans Vanier Sud toujours, le cinquième des ménages y vit avec moins de 20 000$ de revenus annuels après impôts. 


Le samedi 2 décembre, pendant neuf heures, des autobus d’OC Transpo se sont donc stationnés non loin des établissements Loblaw, Real Canadian Superstore, Your Independent Grocer et No Frills participants pour faire le plein de denrées et d’argent. Des bénévoles assistaient aux opérations, sourire aux lèvres. Cette journée-là, une fois par année, les sacs d’épicerie remplacent les passagers, et les autobus, aujourd’hui véritables cavernes d’Ali Baba, retrouveront le lendemain, leur vocation de transporteurs publics anonymes.