Il n’y a rien de plus pénible que le silence des proches face au cancer, soutient Nathalie Letarte, une enseignante de 2e année de l’école du Sacré-coeur en convalescence, qui a été frappée de plein fouet par un diagnostic de cancer du sein. ««Je sais pour toujours qu’une simple lettre, un courriel, un appel, un câlin ou même une présence sans mots peuvent faire la différence.»

Au-delà du malaise, la chaleur des gestes

Survivante du cancer du sein, Nathalie Letarte prend la parole pour dire que les petites attentions de l’entourage peuvent faire toute la différence sur le chemin de la guérison. En ce temps des Fêtes, elle souhaite que ses mots se transforment en cadeaux pour ceux qui traversent une grande épreuve comme celle de la maladie.

« Je souhaite dire à tous ceux qui ressentent un malaise et qui ne savent pas quoi dire, quoi faire, comment réagir face à une personne atteinte d’un cancer, que moi aussi j’étais mal à l’aise avant, mais que maintenant je sais, et ce pour toujours, qu’une simple lettre, un courriel, un appel, un câlin ou même une présence sans mots peuvent faire la différence. Chose certaine, il n’y a rien de plus pénible que le silence », explique l’enseignante de 2e année de l’école du Sacré-Cœur, en convalescence.

La vie de la jeune cinquantenaire a basculé en février dernier, à la veille de la St-Valentin. Elle était à l’école, à 8 h 30, lorsqu’elle a reçu un appel de sa nouvelle médecin de famille, Marylène Dussault, qui avait insisté pour faire des tests plus poussés après avoir remarqué une bosse et une hypersensibilité à un sein lors d’un examen général.

« Le coup de masse dans le front, BANG! Oui, comme dans l’annonce. Ce matin-là, j’étais sur le point d’accueillir mes 32 beaux élèves pour vivre une autre belle journée parmi tant d’autres quand la cloche a sonné pour moi. Méchante cloche. Le coup de fil que je redoutais », se souvient celle qui rencontrait un chirurgien le jour même.

Au cours des mois qui ont suivi, Nathalie a subi une mastectomie partielle et des traitements de chimiothérapie et radiothérapie.

« Je me dis souvent que seule, je n’y serais pas arrivée. Mais heureusement, j’ai pu compter sur le soutien de mon conjoint et de ma fille, ma mère et mes soeurs, mes amis, mes élèves, leurs parents et l’équipe médicale. Ils sont si nombreux que je ne peux tous les nommer. Ils ont su être si attentionnés envers moi et j’ai vécu de beaux moments à travers les plus difficiles », souligne-t-elle.

Lorsque ses cheveux sont tombés, elle s’est rendue avec dix de ses amies chez une coiffeuse pour se faire raser. Sa sœur et sa grande amie, Caroline Mackie, avaient fait une collecte de fonds pour lui acheter une prothèse capillaire. Un collègue, Jean-Jacques Ellyson, a monté une équipe de 80 marcheurs en son honneur pour le Relais pour la vie. On lui a livré de petits plats. Elle a reçu des cartes d’encouragement par la poste.

« Mais combien de mes proches, de mes amis, n’ont su quoi dire, quoi faire dans les premiers jours, les premiers mois? Engourdis par le malaise, par manque de mots, ils sont restés silencieux. Ils ont fui. J’ai eu de la peine, mais aujourd’hui je comprends. Ils avaient mal eux aussi, ils ne voulaient pas déranger. »

L’enseignante est allée vers certaines de ces personnes. Et elle a senti leur soulagement. « J’ai eu un bon soutien après », note-t-elle. Il ne suffisait que de briser la glace.

Lorsqu’elle a appris qu’elle avait le cancer, elle a pleuré sa vie. Deux jours plus tard elle s’est promis de ne pas se cacher. Elle a écrit aux parents de ses élèves. Deux mois plus tard, quand elle a repris espoir de rire et s’amuser de nouveau, elle est allée rencontrer ses élèves, sa deuxième famille.

« Les enfants sautaient et criaient. Ils étaient contents. Et quand on s’est assis, on aurait pu entendre une mouche voler. Je leur ai dit que je menais une bataille et que ça se passait bien. Que je devais garder mes énergies pour prendre la route de la guérison et qu’eux aussi avaient une route à suivre. Celle de la réussite scolaire et du spectacle de fin d’année. Je leur ai dit qu’ils étaient sur la bonne route et que moi aussi j’allais me forcer pour être sur le bon chemin », raconte celle qui mise beaucoup sur les liens qu’elle tisse avec ses élèves et leurs parents pour passer la matière académique.

Chacun a tenu son pari. Les élèves sont maintenant en 3e année. Nathalie a fini ses traitements et les pronostics sont bons.

« On entend souvent qu’on sort grandi des épreuves. Qu’on devient de meilleure personne. Je crois que c’est vrai. »

Au fil des derniers mois, l’enseignante a appris la force d’un réseau et l’importance de manifester sa présence lorsqu’un proche traverse une période de souffrance.

Noël est un excellent prétexte pour briser le silence, laisse-t-elle entendre.