Une tortue mouchetée photographiée alors qu’elle traversait tranquillement une route de campagne.

Au chevet des tortues menacées

Six des huit espèces de tortues sont menacées ou vulnérables au Québec. C’est pourquoi Conservation de la nature Canada a mis en place le projet « Carapace » dans le but de répertorier les « points chauds » où les tortues sont les plus vulnérables mais aussi dans l’objectif de sensibilier la population à la présence et à l’importance des tortues dans l’écosystème.

Les tortues sont une espèce dont la reproduction est particulièrement difficile. « Le taux de survie des œufs est très faible : on parle d’environ deux œufs sur 100 qui deviendront des tortues adultes », explique Caroline Gagné, directrice de programme pour Conservation de la nature Canada.

De plus, la maturité sexuelle arrive plutôt tard. « Ça peut prendre de 20 à 25 ans avant que la femelle puisse pondre des œufs », ajoute Mme Gagné.

Ces deux caractéristiques en font une espèce peu commune du côté de la reproduction. « Lorsqu’une tortue adulte meurt, l’impact peut être important sur la population de son milieu », ajoute-t-elle.

La tortue est une espèce animale qui a peu attiré l’attention de l’homme pendant longtemps. Or il y a quelques années, on a commencé à observer le déclin de sa population. C’est là qu’est né le projet Carapace, un projet formé d’une équipe d’experts qui se consacrent à la recherche sur ces reptiles chez Conservation de la nature Canada.

Le rôle des tortues a son importance dans l’écosystème, même s’il est encore peu connu et plutôt mécompris.

« Chaque espèce a un rôle de prédateur. Les tortues mangent des larves, des insectes, des poissons morts. Elles ont un rôle de nettoyeur dans un cours d’eau. Elles sont aussi la proie d’autres animaux. On ne comprend pas tout, mais ce qu’il faut savoir, c’est que la tortue fait partie d’un écosystème extrêmement complexe qu’on ne comprend pas totalement. Personne ne peut dire quel serait l’impact sur l’écosystème si les tortues disparaissaient. L’exemple que je donne souvent pour comparer est le suivant : imaginez l’écosystème comme un avion duquel on enlève des écrous et des boulons ici et là. Éventuellement, pensez-vous que cet avion sera encore en état de voler? » explique Caroline Gagné.

Pour la ponte, les femelles cherchent principalement des sites au sol sablonneux, terreux ou graveleux pour y déposer leurs œufs. Les voies d’accotement des routes non pavées attirent souvent les femelles pour la ponte même si ces milieux sont dangereux pour elles.

Pourquoi les tortues québécoises (et canadiennes du reste) sont-elles des espèces menacées ou vulnérables?

Les tortues sont menacées par l’homme en raison de son action sur les milieux humides, qui rendent les habitats plus difficiles à trouver pour les tortues ainsi que par la mortalité routière. Les femelles ont en effet tendance à se déplacer beaucoup en période de gestation, à la recherche d’un bon endroit où pondre ses œufs, principalement lors du mois de juin.

« Pour la ponte, les femelles cherchent principalement des sites au sol sablonneux, terreux ou graveleux pour y déposer leurs œufs. Les voies d’accotement des routes non pavées attirent souvent les femelles pour la ponte. Toutefois, ces endroits ne sont pas sécuritaires ni pour les œufs ni pour les femelles : les nids peuvent être compactés par les voitures, les œufs détruits et les femelles écrasées », explique Mme Gagné.

En Estrie, trois endroits ont été répertoriés comme des « points chauds » pour le passage de tortues sur les routes, soit la rue du Rocher dans la MRC de Brome-Missisquoi, le boulevard David-Bouchard à Granby et le chemin Meunier dans la MRC de Memphrémagog. Depuis la mise en place du projet Carapace, 228 tortues ont été signalées dans la grande région estrienne entre 2016 et 2018, soit 2 en 2016, 86 en 2017 et 140 en 2018. Pour l’ensemble du Québec, plus de 3700 tortues ont été signalées dans la même période.

Lorsque des zones de traverses de tortues sont observées, il est recommandé d’en faire le signalement sur le site www.carapace.ca. Selon les initiatives citoyennes, il est possible de contacter sa municipalité ou le ministère du Transport du Québec si la traverse se trouve sur une route provinciale afin d’installer un panneau pour aviser les automobilistes de ralentir dans les zones les plus sensibles.

Une tortue a été photographiée sur une route non loin d’un milieu aquatique.