Marc-André Maxwell est décédé asphyxié par ses sécrétions alors qu’un préposé aux bénéficiaires le surveillait en permanence.

Asphyxié sous surveillance

Marc Maxwell ne devait pas mourir en décembre 2015. Il devait être sorti de l’Hôpital de Gatineau pour le voyage prévu avec son épouse dans les semaines suivantes. Mais l’homme de 50 ans « est passé au travers de tous les niveaux du filet de sécurité du système », un chemin qui s’est avéré fatal.

Près de deux ans après le départ soudain de son mari, Suzanne Raymond-Maxwell peine à se relever en imaginant la scène troublante qui s’est déroulée le matin du 28 décembre 2015. Poignets et chevilles attachés à son lit de l’Hôpital de Gatineau, Marc-André Maxwell — que tous ses proches appelaient simplement Marc — a subi un arrêt cardiaque après avoir été asphyxié par ses propres sécrétions, alors qu’un préposé assurait sa surveillance en tout temps.

Seul baume sur une vive plaie pour ses proches, « il a sauvé quatre vies », laisse tomber sa femme, qui a accepté de se confier au Droit.

« Ils ont tout fait pour protéger et sauvegarder les organes de Marc pour en faire le don à des inconnus alors que Marc aurait dû pouvoir en profiter lui-même pour encore très longtemps », a écrit Mme Raymond-Maxwell dans le récit poignant qu’elle a remis au commissaire aux plaintes du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais.

Mme Raymond-Maxwell ne se doutait pas, en trouvant son mari au sol le matin du 21 décembre, que le drame qui allait lui enlever l’homme de sa vie à tout jamais commençait à s’écrire.

Victime d’une vilaine chute au sous-sol de la résidence familiale de Cantley, là où il s’endormait souvent devant le téléviseur, M. Maxwell a été retrouvé par sa femme « semi-conscient », avec une lacération au front.

Transporté en ambulance à l’Hôpital de Gatineau, le quinquagénaire reprend un peu ses esprits. « Il ne se souvenait pas de ce qui était arrivé », note sa femme. Une crise de convulsions survient à l’urgence, et l’homme aboutit aux soins intensifs, où il obtient d’« excellents soins », souligne Mme Raymond-Maxwell. Des examens révèlent que l’homme est en sevrage d’alcool.

« Oui, mon mari était alcoolique, reconnaît Suzanne Raymond-Maxwell. Un alcoolique, c’est un alcoolique, mais ce n’était pas un alcoolique violent, ce n’était pas un alcoolique [dysfonctionnel]. Il runnait sa business depuis 25 ans. Il avait juste ça, des amis. »

Marc Maxwell buvait entre une et trois bières « pas mal tous les jours », et davantage la fin de semaine. La veille de son transport à l’hôpital, « ça faisait plus de 24 heures qu’il n’avait pas bu, donc son corps demandait de l’alcool », raconte sa femme.

Aux soins intensifs, son état semble s’améliorer. Le jour de Noël, Mme Raymond-Maxwell demande au médecin si son mari sera correct pour leur voyage prévu le 15 janvier. « Il m’a dit ‘inquiétez-vous pas Mme Raymond, ça va lui faire le plus grand bien’. »

Le 26 décembre, il quitte les soins intensifs pour une unité de soins réguliers. « C’est là que ça a dégénéré », déplore la veuve.

M. Maxwell devait être sous surveillance 24 heures sur 24. « Mon mari voulait s’en aller à la maison. Il commençait à s’agiter pour sortir et ils ont commencé à l’attacher. Ils l’ont attaché aussi aux soins intensifs, mais il était attaché alternativement. »

Contentions aux mains et aux pieds, l’homme est « allongé sur le dos, au lieu d’être à 45 degrés comme aux soins intensifs », raconte sa femme. Il a beaucoup de sécrétions, au point où l’un des deux fils du couple « a sauté une coche » afin que quelqu’un intervienne rapidement « parce qu’il trouvait que son père avait beaucoup de sécrétions, qu’il s’étouffait ».

Suzanne Raymond-Maxwell a voulu passer la nuit au chevet de son mari. « Il n’allait vraiment pas bien. [...] Je voulais rester avec lui, ça m’achalait de le voir comme ça. » On lui a dit qu’elle pourrait probablement le lendemain. Mais le lendemain, il était trop tard.

L’appel fatidique est arrivé le matin du 28 décembre. À l’hôpital, le cauchemar commence pour les proches. On leur parle d’arrêt cardiaque. « Je ne comprenais pas, parce qu’il y avait quelqu’un pour le surveiller. […] Je le vois là, et il est... il est comme une guenille, raconte la veuve d’une voix tremblante. Il n’y a plus rien qui bouge. »

Le 28, elle savait « que c’était fini ». « Mais j’ai espéré pareil que ça existe des miracles. [...] Ils nous ont confirmé le 30 que c’était une mort cérébrale, qu’il n’y avait plus rien à faire. »

Le don de son cœur, de ses reins et de son foie aura empêché qu’une autopsie soit réalisée. 

« J’ai été surprise de voir qu’ils n’avaient pas donné ses poumons, et là j’ai vu dans certains documents qu’il était mort par asphyxie, raconte Mme Raymond-Maxwell. Donc là, ça a commencé à allumer des affaires. »

Elle a attendu près d’un an avant de porter plainte. « Chaque fois que j’écrivais un mot, je pleurais », raconte celle qui détient maintenant trois rapports accablants sur le séjour aux conséquences irréversibles qu’a vécu M. Maxwell à l’Hôpital de Gatineau. Elle songe maintenant à intenter une poursuite.

« Je m’en veux d’avoir confié la vie de mon mari à l’Hôpital de Gatineau, écrit la dame dans sa plainte. [...] Peu importe ce que je dis ou ce que je fais, rien ni personne ne pourra me ramener mon mari, mon meilleur ami, l’amour de ma vie. »