Le chef du SPVG, Mario Harel, a fait face à un barrage médiatique, vendredi, à la suite de l'arrestation d'un journaliste.

Arrestation d’un journaliste: «On a fait notre travail»

Malgré un barrage de questions de près d’une heure, il est toujours impossible de préciser les faits qui ont poussé le Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG) à arrêter, mardi, un journaliste de Radio-Canada dans un dossier de plainte pour harcèlement criminel alors que ce dernier agissait dans le cadre de ses fonctions.

Le directeur du SPVG, Mario Harel, a cependant confirmé qu’il y avait suffisamment d’éléments de preuve au dossier pour qu’il ait été soumis, vendredi matin, au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP). Il revient maintenant à la Couronne de déterminer si la preuve est suffisante pour déposer des accusations formelles contre le journaliste Antoine Trépanier. Le chef Harel n’a donné aucun détail concernant ce que le journaliste aurait pu faire pour passer des pratiques normales et reconnues de son métier à du harcèlement criminel. 

« L’officier responsable [qui a reçu la plainte] a cru qu’avec la situation qu’il avait devant lui, qu’il y avait un doute raisonnable qu’une infraction avait été commise et il a agi en conséquence, a expliqué le directeur du SPVG. On a fait notre travail là-dedans. Nous comprenons qu’il s’agit d’un journaliste et que c’est sensible. Nous respectons le travail des journalistes, on ne veut pas les empêcher de faire leur travail, mais en même temps, on fait souvent face à des victimes, à des personnes qui dénoncent avec une déclaration écrite. Il n’est pas rare que lorsqu’on prend une plainte, qu’on décide d’intervenir auprès du suspect pour que cesse l’infraction, ou pour sécuriser la victime. L’officier responsable au moment de prendre la plainte doit évaluer si une infraction a été commise et s’il doit agir sur-le-champ pour faire cesser l’infraction. »

La plainte

Yvonne Dubé, directrice générale des Grands Frères et Grandes Sœurs de l’Outaouais (GFGSO), a déposé une plainte pour harcèlement criminel, en fin de journée, mardi, contre le journaliste Antoine Trépanier, qui travaillait depuis plusieurs semaines sur un reportage ayant révélé que la plaignante a pratiqué le droit sans autorisation de septembre 2011 à mars 2012. 

L’organisme GFGSO précise que Mme Dubé n’a pas divulgué ces informations au moment de son embauche en 2015. Mme Dubé a nié avoir représenté des clients comme avocate, malgré des documents prouvant le contraire. 

Antoine Trépanier a été libéré, tard mardi soir, avec promesse de comparaître et avec l’engagement de ne plus entrer en contact avec la plaignante. 

Selon la direction de Radio-Canada, le journaliste cherchait à obtenir une entrevue devant la caméra avec Mme Dubé. Il aurait fait trois appels et envoyé un courriel à cette dernière. 

Radio-Canada affirme sans détour que son journaliste a fait son travail en respectant toutes les règles qui encadrent la profession ainsi que le code d’éthique de la société d’État. 

La police savait

Le chef Harel a confirmé que l’officier en devoir savait que M. Trépanier était journaliste lorsque ce dernier a été interpellé et invité à se rendre au poste de police pour son arrestation. Il a ajouté que la version des faits du journaliste et le contexte dans lequel il tentait de contacter la plaignante n’ont pas été recueillis avant de procéder à son arrestation. La procédure dans un tel cas n’aurait de toute façon pas permis à un policier d’agir de la sorte, a laissé entendre Mario Harel. « Lorsqu’un policier rencontre une personne qui est suspectée d’avoir commis une infraction criminelle, la première chose qu’il doit faire c’est l’identifier, la mettre en état d’arrestation pour ensuite pouvoir lui donner une mise en garde et lui rappeler son droit de garder le silence, a-t-il expliqué. La personne sera arrêtée un certain temps pour qu’on puisse remplir nos obligations légales. La personne sera ensuite libre de nous donner sa version des faits, mais nous devons nous assurer que cette version ne soit pas reçue de façon illégale. » Il n’a pas été possible de savoir si la preuve colligée par le SPVG contenait la version des faits du journaliste.

Le chef du SPVG a assuré que ses officiers ne croient pas aveuglément les plaignants. Il a rappelé qu’un plaignant qui donnerait une fausse information aux policiers est susceptible de faire l’objet d’une accusation criminelle pour entrave au travail des policiers. 

UNE PREMIÈRE POUR LE CHEF HAREL

En 35 ans de carrière, le directeur du Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG) et président de l’Association canadienne des chefs de polices, Mario Harel, n’avait jamais été confronté à l’arrestation d’un journaliste pour des actions commises dans le cadre de ses fonctions. 

« C’est une situation exceptionnelle, c’est une première pour moi […] et je comprends, je suis très sensible à tout le débat qu’on vient de créer avec l’arrestation de ce journaliste, a affirmé le chef Harel en conférence de presse. Le SPVG comprend bien l’importance de la liberté de presse et du droit du public à une information de qualité, exacte, rigoureuse et complète. En aucun cas et dans aucune circonstance, le SPVG n’a eu l’intention de brimer un journaliste dans l’exercice de ses fonctions et de restreindre sa liberté de presse. »

Une fois sa profession de foi faite envers l’importance d’une presse libre de pouvoir faire son travail sans entrave, Mario Harel a rappelé que le Code criminel ne fait pas de distinction entre un journaliste, une vedette, un policier ou un criminel qui dépose une plainte ou qui fait l’objet d’allégation. 

« Il y a plein de gens qui travaillent de façon très professionnelle, a souligné le chef du SPVG, dans toutes sortes de domaines, et qui font leur travail avec insistance, pas juste les journalistes, et nous, on doit évaluer au cas par cas quand ça devient potentiellement une infraction criminelle. »

La direction de Radio-Canada assure que son journaliste a fait son travail convenablement en respectant les règles d’éthique de la profession et de la société d’État.

LA RÉACTION D'ANTOINE TRÉPANIER

Le journaliste Antoine Trépanier qui est au coeur de cette histoire a réagi sur sa page facebook, vendredi soir. En voici la transcription.

Les amis,

Merci. Vraiment, c’est ce que je me dois de vous dire, amis, collègues et citoyens d’un bout à l’autre du pays. La dernière semaine a été particulière à bien des égards.

Le journalisme, c’est une vocation. On se lève le matin en ayant pour but ultime de servir l’intérêt public avec des reportages bien ficelés. Mais, de se faire arrêter après une longue journée de travail, c’est frustrant. Je ne commenterai pas tout de suite cette affaire. Par sagesse, tiens.

Effectivement, ma version, personne au Service de police de la Ville de Gatineau ne me l’a demandée. Jamais. Et je veux la donner. J’ai toujours été disposé à la donner. Ça viendra.

Entretemps, vos messages, vos encouragements et vos bons mots m’ont vraiment gardé debout.

Dans tout cela, je tiens à souligner le soutien indéfectible de la direction de Radio-Canada, le service juridique, le syndicat, et particulièrement mes alliés des derniers jours: Catherine Lanthier, Émilie Beaulieu, Martin Gauthier, Yvan Cloutier, Me Gilles Ouimet et surtout, surtout: Judy.

Je vous reviens dans les plus brefs délais, les amis.

Au plaisir,