Philippe Couillard

Arrestation de Guy Ouellette: l'Assemblée nationale dans l'expectative

Des parlementaires comme le ministre Gaétan Barrette ont appelé l’Unité permanente anticorruption (UPAC) à en dire davantage sur les raisons de l’arrestation du député Guy Ouellette, ce que Philippe Couillard et le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, se sont bien gardés de faire.

Philippe Couillard s’est dit surpris, sous le «choc» et «attristé» de la situation. Le premier ministre était à l’Assemblée nationale tôt jeudi matin pour rencontrer les membres de son aile parlementaire. Selon son programme initial, il devait plutôt se trouver dans le nord du Québec à ce moment-là.

M. Couillard a indiqué n’avoir pas plus d’informations sur cette arrestation que ce qu’en ont rapporté les médias. La nécessaire séparation des pouvoirs entre le politique et le judiciaire fait qu’il ne peut en avoir davantage — qu’il serait même politiquement dommageable pour lui de connaître des éléments d’enquête.

Par communiqué de presse, l’UPAC a fait savoir qu’elle a procédé à une série de perquisitions ainsi qu’à une arrestation «dans le cadre d’une enquête policière visant notamment de possibles infractions d’abus de confiance et d’entrave à la justice». Elle n’a dévoilé aucun nom, pas même celui de M. Ouellette.

«L’équipe mixte affectée à l’enquête a exécuté six mandats de perquisition et rencontré une dizaine d’individus au courant de la journée du 25 octobre. Les perquisitions, certaines dans la région de Montréal et d’autres dans la région de Québec, se sont déroulées jusqu’à tard.»

«Dans le cadre de la même opération, les policiers ont procédé à une arrestation qui s’est avérée nécessaire, entre autres pour sécuriser des éléments de preuve, ainsi que pour empêcher que les infractions se continuent ou se répètent», peut-on aussi lire dans le communiqué.

Des appuis
Guy Ouellette a été arrêté par l’UPAC mercredi après-midi relativement à une affaire de fuite de documents d’enquête. L’ancien spécialiste des bandes de motards criminels à la Sûreté du Québec a été interrogé et libéré.

Le solidaire Amir Khadir a indiqué jeudi matin que M. Ouellette peut compter sur son appui, qu’il n’a jamais été un ministre à «100 000 $».

Lui et le péquiste Pascal Bérubé ont dit leur étonnement de voir l’UPAC plus empressée, selon eux, de faire la chasse aux éventuelles sources des fuites médiatiques qu’à conclure l’enquête Mâchurer. Celle-ci cible notamment l’ex-premier ministre Jean Charest et l’ex-grand argentier libéral Marc Bibeau.

MM. Khadir, Bérubé, ainsi que le caquiste François Bonnardel, considèrent le député libéral comme un «lanceur d’alerte».

La fuite de documents liée à l’arrestation de M. Ouellette est survenue en avril. Elle concernait l’enquête Mâchurer.

Les partis d’opposition réclament de nouveau que le mode de nomination du directeur de l’UPAC soit changé de manière à ce que le titulaire soit soumis à un vote des deux tiers des membres de l’Assemblée nationale. Ce genre de prérogatives appartient au gouvernement, affirme Philippe Couillard.

De façon générale, les parlementaires ont fait preuve d’une extrême prudence, s’interrogeant sur les raisons de l’arrestation du député de Chomedey. En fait, tous se perdaient et se perdent en conjectures.

Guy Ouellette s’est retiré du caucus libéral jusqu’à ce que le Directeur des poursuites criminelles et pénales se prononce sur les suites à donner à son arrestation. Autrement dit, jusqu’à ce que l’on sache si des accusations seront portées ou non contre lui.

«Il importe de souligner qu’aucune accusation n’a été déposée à ce stade-ci de l’enquête. Les actions d’hier ne constituent qu’une étape de l’enquête qui se poursuit», dit l’UPAC.

Le patron de l’UPAC, Robert Lafrenière, et Guy Ouellette, qui présidait la Commission des institutions de l’Assemblée nationale, ont souvent paru à couteaux tirés. C’était encore manifeste la semaine dernière lorsque M. Lafrenière est venu témoigner à la commission parlementaire étudiant un projet de loi concernant l’UPAC — commission que présidait M. Ouellette.

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Norme anticorruption

La Coalition avenir Québec a demandé au gouvernement de suspendre temporairement le processus d’adoption du projet de loi visant à faire de l’Unité permanente anticorruption un corps de police en bonne et due forme.

Si Philippe Couillard a paru entrouvrir la porte à une discussion à ce sujet, le ministre Martin Coiteux a fait savoir qu’il n’en était pas question.

Par ailleurs, Guy Ouellette a récemment travaillé sur un projet visant à implanter une norme anticorruption dans les entités de l’État québécois.

«Notre collègue s’est retiré du caucus, mais le ministre qui est responsable des marchés publics, Robert Poëti, va continuer la démarche», a assuré Philippe Couillard. Chez les experts, la norme en question est connue sous le nom d’ISO 37 001

Ce que le gouvernement cherche à faire, a expliqué M. Poëti, «c’est de trouver une façon de la mettre en place le plus rapidement possible dans divers organismes et certains ministères».