Pour le groupe de SOS Vanier, le combat n’est pas terminé malgré la décision du conseil municipal d’Ottawa en faveur de la construction du refuge de l’Armée du Salut.

Armée du Salut à Vanier: le conseil municipal dit oui

La tension était palpable à l’hôtel de ville d’Ottawa mercredi, alors que le conseil municipal a donné son feu vert au changement de zonage qui permettra à l’Armée du Salut d’ériger un refuge de 350 lits sur le site du 333, chemin de Montréal, dans le secteur Vanier.

Après deux heures et demie de discussions, les élus ont voté à 16 contre 7 en faveur de la résolution soumise par le comité d’urbanisme la semaine dernière au terme de trois jours de délibération lors desquels 170 citoyens s’étaient exprimés sur le projet, la majorité s’y opposant farouchement.

Sans surprise, l’un des plus fervents opposants à ce controversé projet, le conseiller du quartier Rideau-Vanier, Mathieu Fleury, a voté contre la proposition. Ce dernier a réussi à rallier six autres collègues à sa cause, soit Diane Deans, Catherine McKenney, Tobi Nussbaum, Jeff Leiper, David Chernushenko et Riley Brockington.

La réunion s’est déroulée dans le calme malgré quelques huées et des applaudissements, mais un citoyen s’est insurgé et a crié « Vendu » aux élus francophones ou francophiles qui ont voté pour le projet, soit Stephen Blais, Bob Monette et Jean Cloutier.

Visiblement amer, le conseiller Fleury estime que c’est « triste » et rien de moins qu’une « tragédie » que le conseil ait voté d’une manière aussi simple sur un enjeu si complexe. 

« Malheureusement, les vraies choses commencent. Il va y avoir un appel de la décision et il y aura d’autres délais. Alors si l’Armée du Salut est prête, je serai à la table pour discuter et trouver des solutions. Si ce n’est pas le cas, je veux réaffirmer à ma communauté que je ne pense pas qu’un tel édifice sera un jour construit dans le quartier », a-t-il lancé, ne se gênant pas pour faire un parallèle avec la bataille de SOS Montfort, qui avait porté ses fruits.

Le maire Jim Watson, qui avait fait savoir dès la médiatisation du dossier cet été qu’il était en faveur du projet de déménagement du refuge de la rue George, dans le Marché By, vers Vanier, est d’avis que le conseil a fait le bon choix dans les circonstances.

« Ç’a été un débat très difficile pour tous les élus et la communauté, mais au bout du compte, à la fin de la journée, c’est nécessaire de prendre une décision. […] Il y a clairement un besoin pour de nouvelles installations, car ce que nous avons à l’heure actuelle n’est pas très fonctionnel pour les hommes qui ont besoin d’aide. La réalité est que de tels projets créent la division. Je ne crois pas que beaucoup de citoyens veulent d’un refuge dans leur quartier, ça je l’ai compris, mais il doit aller quelque part et on doit baser nos décisions sur les principes d’urbanisme », a-t-il indiqué. 

Pour le mouvement SOS Vanier, la déception était palpable à la suite du vote du conseil municipal, mais la bataille n’est certes pas finie. Un recours judiciaire devant la Commission des affaires municipales de l’Ontario est envisagé.

« Ils ont peut-être obtenu le droit de construire un refuge, mais ils n’ont pas encore la possibilité de l’exploiter. Je pense que la communauté s’est réveillée, elle s’est dit que c’était assez. C’est la goutte qui a fait déborder le vase », s’est exclamé mercredi le porte-parole du regroupement, Philippe Denault.

Pour lui et plusieurs autres, le constat est clair : l’Armée du Salut a failli à la tâche dans ses calculs et doit refaire ses devoirs, et ce même si elle a obtenu l’autorisation de la Ville d’aller de l’avant.

« On va devoir continuer le combat, on aimerait mieux construire les choses que de chercher à les combattre, mais la Ville ne nous donne pas le choix. On fait face à une espèce de mur par rapport à des problèmes qui ont été exprimés de façon très convaincante par les citoyens et des experts », ajoutant avoir constaté plusieurs incohérences dans les discussions autour de la table du conseil mercredi.

L’Armée du Salut estime que la construction de l’immeuble de plus de 100 000 pieds carrés pourrait débuter dans deux ans pour s’achever en 2021 ou 2022.